Célébrité municipale

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Je suis né le 21 décembre 1977. Ça vous parle ? Oui oui, c’est ça ! Je suis le jumeau de notre fringant Président.

Dans mon village où je connais tout le monde et inversement vu que j’en suis le maire, on a trouvé ça un moment très réjouissant. Je veux dire il y a 8 ans. Aujourd’hui me semble-t-il beaucoup moins.

Chaque fois que je dois inaugurer les chrysanthèmes ou couper un quelconque ruban, il se trouve toujours quelque plaisantin, courageusement caché derrière ses concitoyens, pour balancer la petite blague du jour, plus ou moins acerbe, susceptible de me déstabiliser.

Donc, depuis que « jumellement », ma cote de popularité descend les pentes de nos coteaux, je préfère choisir avec discernement les cérémonies et leurs indispensables discours soporifiques ; inutile de tenter le diable.

Le déjeuner des seniors est l’occasion de fin d’année à ne pas rater. Les quelques centenaires et nonagénaires qui vivent sur la commune, n’expriment plus que le souhait facile à exaucer de se taper la cloche encore une fois, en espérant une mention spéciale pour le dessert.

Justement, ce dimanche, la salle des fêtes a sorti le décor des grands jours. Le sapin a été dressé à l’entrée, nippé des mêmes guirlandes défraîchies qui sévissent depuis cinquante ans. La banderole « accueil à nos anciens » n’en peut plus, mais fera encore une fois son office.

En signe de conformisme, j’ai sorti de la naphtaline le seul costume trois pièces avec gilet que je possède. J’imagine assez peu le risque que cette assistance chenue me cherche noise. J’ai prévu aussi l’accordéon et une accorte goualeuse d’environ 85 printemps, pour l’ambiance sonore que des voix chevrotantes pourront accompagner.

Tout est prêt pour ce moment tant attendu ; la fête peut battre son plein. J’embrasse du regard avec affection cette assemblée qui m’a connu en culottes courtes. Quand l’énorme gâteau à trois étages arrive, je constate, stupéfait, qu’il est couvert de 48 bougies allumées. Et là, je percute que le symbole va me tomber dessus.

Avec ou sans déambulateur, le tapage est énorme. Qui prend ses couverts pour sonner sa porcelaine, qui brandit une bouteille en vociférant, qui frappe son seul pied disponible sur la ferraille de son fauteuil.

Alors Antonin se lève péniblement de sa chaise et trottinant jusqu’à l’estrade, me remet une grande enveloppe bleue. Un cadeau pour moi ? Je n’en reviens pas. Je la prends avec émotion dans une accolade très protocolaire.

« Revendications diverses du club du 4eme âge. ». Bon anniversaire Monsieur le Maire !

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