Chapitre 2

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Le soleil dominait Naples de toute sa splendeur. J’avais rencontré Gustavo il y a une semaine déjà. Aujourd’hui était un jour important. Je faisais mes premiers pas dans le journal le plus prestigieux de Naples, le Mattino.

J’avais été chaudement recommandée par Vicky et mon entretien s’était formidablement bien passé.

Vincenzo Larozzo, le rédacteur en chef était déjà dans son bureau quand j’arrivai.

— Ah, rentrez Anita, je vous attendais.

Il se leva et me fit signe de rentrer puis ferma la porte derrière moi.

— Bonjour, fis-je un grand sourire au bord des lèvres.

— J’ai déjà préparé votre bureau, nous étions impatients que vous rejoigniez notre journal. Deuxième porte à droite en prenant le couloir.

Vincenzo était un homme de petite corpulence et trapu.

— Vous avez sûrement un admirateur, un livreur est passé ce matin pour vous.

Je souris.

— Qui est-ce ?

— Je n’en ai aucune idée.

Il rit de bon cœur.

— Installez-vous. J’ai une réunion bientôt. Nous nous verrons après.

Au moment de quitter son bureau, Vicky débarqua, un dossier sous la main.

— L’article que tu m’as demandé, Vincenzo.

Elle lui tendit un dossier et se retourna vers moi.

— Voilà le travail que je dois faire depuis deux semaines. Un vrai tortionnaire le patron.

— Vicky, rétorqua-t-il, tu vas faire fuir notre nouvelle employée.

— Il en faut plus pour la faire fuir je crois.

Vicky s’installa et je partis les laissant tous les deux discuter de l’article de Vicky.

Je trouvai mon bureau sans problème, c’était marqué sur la porte entrouverte.

“ Anita Rinaldi — journaliste”

Un sentiment de fierté m’envahit. Il y avait un bureau au centre de la pièce. Il y avait un grand ordinateur et un téléphone posés sur la table. Une chaise de bureau dominait une grande baie vitrée, et en face, deux chaises. Je posai mes affaires sur le flanc du meuble.

Je pris le temps d’analyser la pièce. À côté de la porte, un canapé était adossé au mur et faisait face à une table basse. Celle-ci n’était pas vide : un bouquet de roses trônait dans un vase en verre. Je m’approchai.

Cinq roses, d’un rouge assez sombre, entouraient une unique rose blanche en leur centre. Je me penchai légèrement pour en humer le parfum. L’odeur était douce, délicate, presque apaisante.

J’adorais les roses rouges.

Une petite carte était glissée au milieu du bouquet.

Mon cœur s’accéléra. Qui pouvait bien me l’avoir envoyé ?

Je l’ouvris fébrilement. L'écriture était élégante, et je la reconnus tout de suite.

“Dans un monde d’ombre et de danger, votre lumière est la seule chose qui ne se contrôle pas.

G. V. “

Mon cœur se serra, G. V. Oui, c'était lui, Gustavo Varda. Je compris qu’il ne me laisserait pas tomber et qu’il cherchait encore à me séduire.

Que me voulait-il ? Pourquoi ces roses ? Une part de moi voulait refuser son cadeau … et une autre …

Je secouai la tête pour chasser ces questions.

Je m’installai à mon bureau, laissant pivoter la chaise pour la tourner vers la baie vitrée. J’avais une vue imprenable sur Naples. Le soleil était d’une splendeur exquise. Quelqu’un frappa à ma porte. Je tournai la chaise dans le sens inverse et vis le visage de Vicky dans l’embrasure de la porte.

— Tu as trouvé ton bureau ? demanda-t-elle. Je l’ai préparé avec soin pour ton arrivée.

— Oui, il est formidable, fis-je en l’invitant à rentrer.

Elle aperçut immédiatement le bouquet de fleurs.

— Oh, tu as déjà un fan, dit-elle en riant.

— Arrête, ce n’est rien.

— Je n’ai pas eu le droit à un bouquet de roses à mon arrivée ici.

Cela faisait un an qu’elle travaillait ici, elle adorait son travail, même si Vincenzo était exigeant.

— C’est qui ? demanda-t-elle curieuse.

— Une connaissance, rien de plus, murmurai-je en évitant son regard.

Elle vit mon malaise et n’insista pas.

— J’ai fini ma réunion avec Vincenzo. Il demande à te voir.

— Pas de soucis, on se verra plus tard.

Elle se leva et partit jetant un dernier regard sur le bouquet.

Je me levai et retournai dans le couloir. Je toquai à la porte de Vincenzo.

Son visage s’illumina quand il me vit.

— Ah Anita, entrez et fermez la porte.

— Vous avez demandé à me voir ?

Je rentrai et ferma la porte derrière moi. Puis m’assis face à lui.

— J’ai une première mission à vous confier.

Il posa une photo sur le bureau, face à moi.

— Connaissez-vous ce bâtiment ?

Je regardai attentivement la photo.

— Le teatro Regio di Napoli je crois.

— Exactement. L’inauguration à lieu jeudi à 18h, j’aimerais que vous soyez sur place et que vous couvriez l’événement pour notre journal.

Je hochai la tête, prenant mentalement note de l’importance de la mission.

— Vous trouverez un appareil photo dans votre bureau. Cela fait dorénavant partie de vos outils de travail.

— Très bien, répondis-je. Je devrai donc préparer un article avant l’inauguration ?

— Exactement. Présentez le théâtre, son histoire, sa rénovation … et donnez à nos lecteurs l’envie de découvrir ce lieu. Mais gardez l’œil ouvert : certains détails, même insignifiants, pourraient devenir importants. Je veux que votre article soit bouclé jeudi soir au plus tard à 21h30. Je compte sur vous.

Je sentais déjà la pression monter mais cela faisait partie du métier.

Je retournai à mon bureau, pris mon calepin et commença à noter toutes les informations essentielles à récolter sur le théâtre.

Date de construction originale

Événements historiques marquants

Styles architecturaux et décorations

Célébrités et mécènes associés

Où pourrais-je trouver ces informations ? Les archives du journal, Internet, prendre contact avec les responsables, me rendre sur place.

Alors … les archives du journal.

J’envoyai donc un message à Vincenzo via la messagerie interne pour lui demander les accès. Il ne tarda pas à me répondre. Super.

Je me connectai et commençai mes recherches. Les archives étaient très basiques : il y avait des dossiers, des thèmes et une barre de recherche. Je tapai fébrilement “Teatro Regio di Napoli”. Seulement trois résultats. C’était étrange, si peu de résultats.

Je cliquai sur le premier lien. Je tombai sur un article daté du 22 septembre 1939. Un incendie a ravagé le bâtiment le 20 septembre 1939. Une autre information était notée. Le 2 février 1752, année de la construction.

Je cliquai sur le second lien. Un autre article expliquait les ravages subis durant la seconde guerre mondiale. Cet article datait du 2 février 1943.

Le troisième article, en date du 2 novembre 2010, expliquait qu’il y a eu de généreux donateurs et qu’il y avait assez de fonds pour lancer la restauration.

Je pris des notes de toutes les informations récoltées. Cependant, quelques mystères demeuraient. Comment s’étaient passés les travaux ? Qui étaient les mécènes ? C’était intéressant d’avoir des noms … mais comment les obtenir ?

Aucun des articles ne donnait de nom. Je me rendis donc sur le site internet du théâtre. Un nom : celui de l’intendant du théâtre et son numéro de téléphone.

Je composai le numéro, et quelqu’un décrocha rapidement.

— Monsieur Vasquez ?

— Oui, bonjour.

— Bonjour, Anita Rinaldi. Je suis journaliste au Mattino, le célèbre quotidien de Naples. Je suis chargée de couvrir l’inauguration de votre théâtre, qui a lieu jeudi.

— Ah madame Rinaldi, je suis heureux de savoir que votre journal couvre l’événement.

Je pris une grande inspiration, essayant de masquer ma curiosité.
— Je souhaiterais obtenir quelques informations sur l’histoire du théâtre, sur les travaux de restauration… et sur les mécènes impliqués.

Un léger silence s’installa au bout du fil.
— Pour ce qui concerne l’histoire du théâtre vous trouverez toutes les informations sur notre site. Les travaux ont été découpés en plusieurs périodes. Cette bâtisse est immense et il a fallu des années d’études de chercheurs spécialisés pour tenter de reproduire à l’original. Ces données sont confidentielles. Et en ce qui concerne les mécènes, je ne peux pas vous divulguer de noms. Ils seront néanmoins présents lors de l’inauguration.

Je notai chaque mot avec soin, le stylo grattant le papier. Les archives m’avaient donné les grandes lignes, et maintenant même l’intendant me renvoyait à des informations publiques, tout en me fermant l’accès aux détails qui m’intéressaient vraiment.

— Très bien, Monsieur Vasquez, dis-je finalement, essayant de masquer ma déception. Merci pour votre temps.

Le clic de la ligne raccrochée résonna dans mon bureau comme un rappel silencieux : l’enquête ne faisait que commencer.

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