Ava

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A présent, je vais vous raconter mon histoire à moi, Ava. Voilà. J'ai 8 ans d'écart avec mon frère. Aujourd'hui j'en ai 18, j'ai un petit ami, Stéphane, qui en a 20, et qui fait tout pour me redonner confiance en moi. Mon frère, Benjamin, lui en a 26 dans quelque jour et se marie dans 2 mois avec Lena, une fille de bonne famille versaillaise. Il est même papa d'une petite Maé[1] âgé de bientôt 5 ans qu'il a eu avec son ex petite amie, Anne. Ma mère, Marie, travaille depuis que je suis petite, étant donné que Rolland, mon père, ne peut pas travailler à cause de son handicap. En effet, en 1989, il est tombé d'un toit, à une hauteur de 10m selon mes parents, et 8m selon Ouest-France à l'époque. Il est également maniaco-dépressif et ne tempère jamais ses réactions. Après son accident, il a dû réapprendre à vivre, mais malheureusement aujourd'hui, son accident et son caractère en ont fait quelqu'un d'ultra macho et orgueilleux, assez égoïste et qui est persuadé d'avoir raison sur tout. Pour lui, il est le seul handicapé à souffrir, le seul être humain à connaître la douleur, la vraie. Lui c'est homme tu vois, un vrai. Depuis que je suis enfant, je m'intrigue pour ce handicap, cet intrus que je ne connais pas, qui n'est pas soignable et qui est surtout invisible en ce qui concerne le côté mentale … quand il est à l'extérieure. Les gens ne tolèrent pas sa différence et certains se servent de sa crédulité pour lui nuire, comme son frère. Il ne voit plus ses frères et très rarement sa mère. Il voit surtout ses tantes, seul famille semblant lui rester réellement en dehors de nous. Avec le temps, mon père s'est « lâché », est devenu de plus en plus ingérable : aucune logique et aucun raisonnement, ce qui l'a mené à prendre une voiture alors qu'il avait pris ses médicaments ou à dépenser 800€ de matériel de bricolage alors qu'on avait déjà du mal à joindre les deux bouts. Jusque-là ça allait, je « m'habituais ». Puis en 2009, alors que j'étais préadolescente, un soir de fin mai, j'apprends le décès de mon grand-père maternel, Alan. J'étais effondré. Mon grand-père souffrait de différente maladie et était dans un fauteuil sans pouvoir se débrouiller tout seul depuis mes plus lointain souvenirs, mais il semblait encore pouvoir comprendre ce qui se passait autour de lui. Il me comprenait lui, et il représentait beaucoup pour moi … Moins de deux semaines après, Andrew, mon grand-père paternel devait aller à l'hôpital pour être opérer d'une « simple valve cardiaque ». Il devait rester à l'hôpital quelques jours et devait rentrer après. Malheureusement, quand les médecins ont voulu l'opérer, il était déjà trop tard, il n'y avait plus qu'à constater les dégâts sur ses poumons de ces décennies à fumer … Il est mort dans la nuit, sans que ma grand-mère paternel, Jeanne, puisse lui dire aurevoir. Jeanne était déjà dépressive, et aujourd'hui elle vit toute seule chez elle, à part quelques visites de temps en temps de Pierre et Marcus, les frères de mon père. Avec mon frère, depuis que je suis petite, c'était plutôt « normal » comme relation : chamaillerie mais il me protégeait quand j'en avais besoin. Puis à partir de ces évènements, notre relation fraternelle a plus ou moins viré au cauchemar : lui était alors âgé de 19 ans à peine, et moi de 11 ans. Lui il enchaînait les petites copines, il en ramenait une différente quasiment tous les mois à part deux trois dont je me souviens vraiment bien … Puis un jour, il s'est mis en couple avec une fille plus jeune que lui de 2 ans de mémoire. Elle était fille de PDG et de bonne famille et étudiait alors au lycée privé La Providence. Elle s'appelait Anne. Oui, Anne. J'allais alors rencontrer celle qui serait mon cauchemar pendant 4 ans. La première fois que je l'ai vu, j'ai eu un mauvais présentiment, et aussi naïve que peut l'être une enfant de 11 ans, j'en ai parler à mon frère. Ce jour-là, il m'a collé une baffe. J'étais atterré, tremblotante, je ne comprenais rien à ce qui venait de se passer. Il était tout le temps fourré avec elle, et il n'avait plus de temps pour sa petite sœur, alors qu'à ce moment-là j'étais très mal, en pleine dépression, et que j'avais besoin de lui. Je l'ai vraiment vécu comme un abandon … Mais je me suis dit que je n'avais pas le droit de penser ça car il était majeur maintenant et qu'il avait envie de construire sa vie, ce qui était normal … Puis il la ramena de plus en plus souvent, a -t-elle point qu'elle me confondait avec sa boniche celle-là ! Avec mon expérience passé à la cité à Dinan qui m'avait déjà rendu agressive et sur la défensive, Anne ne faisait que remettre de l'huile sur le feu : elle passait son temps à me faire des mauvais coups, comme une petite peste. Je me souviens même d'un jour où elle faisait le « ménage » (enfin ce qu'elle appelait ainsi), et où je venais de rentrer car il s'était mis à pleuvoir. Ce jour-là, l'autre porte extérieure était fermée et j'ai été contrainte de rentrer par la salle alors qu'elle venait de nettoyer. Je me suis alors excusé, mais même pas le temps de lui expliquer qu'elle m'a déjà crié dessus, et m'a obligé à faire tout le ménage qu'elle était censée faire. A partir de là, ça a été définitivement la guerre entre nous deux. Puis un soir, alors qu'ils habitaient quasiment à plein temps à la maison, ils ont pris mes parents à part et leur ont avoué que Anne était enceinte du haut de ces 17 ans, et qu'ils gardaient le bébé. Les parents de Anne l'ont mise à la porte et elle est venue habiter chez nous pendant 10 mois. Elle était nourrie, logée, blanchis et ne payait rien. Mon frère vivait tranquillement au frais de mes parents, n'avait pas d'emploi et n'en cherchait pas … Les deux tourtereaux faisaient dangereusement augmenter les factures et nous mettait à mal financièrement. En parallèle, Marie, ma mère, aimait de moins en moins son boulot et en souffrait : elle devait même prendre des anti-dépresseurs. Mon père quant à lui continuait ses bêtises. En cet année 2010, ma grand-mère maternelle, Fabienne, s'était installée chez nous après la mort de mon grand-père. Le souci, c'est qu'elle s'est révélée sous son vrai jour : une femme dominante, ayant toujours eu l'habitude de tout dirigé. Gentille, mais dominatrice. Et à ce moment-là, j'avais assez de Anne et Benjamin qui passaient leur nerf sur moi. Il a déchaîné sa violence contre moi à plus d'une reprise. Une fois, il m'a tapé dessus pour m'enregistrer, tout ça pour que je dise que « je manipulais mes parents, que c'était que des abrutis et que j'en faisais ce que je voulais ». En juin 2011, une magnifique petite fille était née : Maé, ma nièce. J'étais si heureuse ! J'allais la voir à la maternité et j'étais si fière d'être tata … Mais je ne me doutais pas que ce serait une des seules fois où je la verrais en 2 ans et demi. Je l'ai eu en garde une après-midi une quand elle avait quelques mois, et se fut tout. Après pendant 2 ans et demi, l'enfer devenait de plus en plus insupportable. Anne avait tout fait pour séparer ma famille de mon frère, et semer le K.O. Elle avait même réussi à nous monter les uns contre les autres. Benjamin n'avait même plus d'amis à part ceux d'Anne et devenait de plus en plus colérique, impulsif, violent. Il s'enfermait dans une certaine solitude, entre chez lui désormais, et son nouveau travail que le père d'Anne lui avait « trouvé » étant PDG dans la boîte en question. On les avait aidés à déménager, bonnes poires que nous étions, et une fois le déménagement effectué, Benjamin nous a balancé qu'il ne voulait pas nous voir pendant 1 mois au moins. Le souci c'est que lors du déménagement ils avaient oublié deux trois affaires … Et gentiment ma mère et moi les lui avons rapportés, en se faisant jeter comme des moins que rien, sans un bonjour ni un aurevoir ni quoi que ce soit à part pour moi un « Tu déposes ça et tu te barres, je ne veux pas te voir. ». Après ça, ils ont coupé les ponts avec nous pendant un petit moment et ma famille était effondrée. Plus rien n'allait redevenir comme avant, mais ça je ne l'ai réalisé que bien plus tard. Après cet épisode, mon frère avait même balancé à ma mère qu'elle ne savait pas éduquer un enfant, qu'elle n'avait qu'à regarder le résultat, un fils père à 20 ans et une fille décérébrée d'après lui. Il finira par être sous anti-dépresseurs lui aussi, tout comme Anne. En 2011, il m'enverra même à la gendarmerie pour une histoire d'une photo de Maé que j'aurais fait tourner sur internet, alors que c'était un mec complètement tarré, un dangereux (qui malheureusement à l'époque était entre un ami et un petit ami... un léger syndrome de Stockholm ?) qui l'avait diffusé, Lucas. Ce dernier m'avait déjà fait beaucoup de mal dans le passé et continuait à faire des ravages jusqu'à ce que je rencontre Adrien, un de ses meilleurs ami qui à l'époque était comme moi, en avait marre des pseudos tentatives de suicides de Lucas. Puis on est devenu meilleurs amis et frères et sœurs de cœur. Il m'était vital à ce moment-là. Un an et demi après s'être rencontré via Facebook, on décidait de se voir en organisant une semaine en été de camping pendant 4 jours et 3 jours chez lui, dans son appartement. Pendant cette semaine, on n’a pas tardé à se mettre ensemble, puis une fois chez lui, il a essayé de m'embrasser, j'ai refusé. Je refusais qu'un garçon me touche, ne serait-ce que pour me prendre la main … (tout ça à cause de Lucas). Quand j'étais chez lui, Morgane, ma cousine, m'a appelé, m'a empêché de parler, m'a accusé de choses dont je n'ai compris que la moitié, et m'a raccroché au nez en me disant qu'elle ne voulait plus jamais me voir ni me parler. J'étais effondré. Le lendemain, Adrien me plaquait. J'étais coincée avec lui à Montauban de Bretagne … Avec mon portable j'avais alors joint Bastien, un ancien copain à Benjamin, qui devait être le parrain de Maé. Il est venu me chercher et à remonter les bretelles à Adrien, qui était tout penaud. Il m'a ramené chez moi, et est rester dormir pour s'assurer ça irait. Le lendemain, Bastien partait et moi j'étais malheureuse comme les pierres. Pendant 8 mois, Adrien comme moi avons fait une dépression sévère chacun de notre côté, avec des tentatives de suicides pour l'un, et des tentatives de fugues pour l'autre. Au bout de 8 mois, on s'est engueulé. Pendant 10 jours, on ne s'est pas adressé la parole. Puis au bout de 10 jours, avec le recul, on est redevenu frère et sœur de cœur, et on en a déduit que notre relation était une erreur de jeunesse. A ce moment, on était encore amoureux l'un de l'autre. Pour l'oublier, je m'étais mise en couple avec Félix pendant qu'on était en pleine dépression. On est resté ensemble pendant un mois, où le peu qu'on s'est vu il m'a fait subir des attouchements. Je n'étais alors plus qu’une enveloppe corporelle. J'étais vide de toute émotion, de toute vie. J'étais un vrai zombie. Là des gens comme Nicolas, un gars sur Facebook, m'ont plus ou moins manipulé et on a eu des relations de courte durée ensemble. Quand ça allait mieux avec Adrien, alors qu'on était encore amoureux l'un de l'autre, je me suis mise en couple avec Lilian, un mec que je connaissais via des potes. On est resté 10 jours ensemble, et là, une pote, Laeticia, a fait en sorte de nous séparer, pour mieux me le piquer. Elle lui a soutiré de l'argent, et l'a quitté en revenant vers moi pour me dire qu'elle m'aimait et que c'est pour cette raison qu'elle avait fait en sorte que Lilian et moi nous nous séparions. Je l'ai envoyé bouler, et j'ai coupé les ponts. Elle a continué de me harceler après et ça à manquer de mal finir. L'été qui a suivis je suis devenue amie avec un pote de Lilian, Fabien. Et puis je suis tombée « amoureuse » de Samuel, une relation à distance que moi je voulais, mais lui hésitait et il a fini par me rejeter et couper toute liaison alors qu'il était un de mes meilleurs amis. J'étais mal. Très mal. J'ai passé un été dans ma chambre à pleurer. Puis fin septembre début octobre, alors que j'étais devenu « connu » sur Facebook pour tenir des pages d'humour noir réputées, je me suis mise en couple avec un autre Facebooker. Via lui, j'ai rencontré un de mes meilleurs ami actuel : Jonathan. Puis j'ai fini par quitter ce Cédric, me rendant compte que c'était une erreur. Pour me changer les idées, la mère d'un pote et le pote en question m'ont invité à la soirée d'Halloween en avance du grand-frère. J'y suis allé. Ce jour-là à tout changé dans ma vie. Tout. J'y ai rencontré un jeune homme alors âgé de 17 ans nommé Stéphane. Il était très grand, à l'œil comme ça j'aurais dit 2 mètres (et je n'en étais pas loin …). Ce fut le coup de foudre. On s'est reparlé quelques jours après, et un mois après, on était en couple. Depuis, on est toujours ensemble malgré les hauts et les bas. Il m'a permis de reprendre plus ou moins confiance en moi. Il a toujours été là pour moi depuis qu'on s'est rencontré malgré mes moments de délire, mes moments de déprime ou de colère. Une partie de sa famille ne m'aime pas, mais on essaye de passer outre ça. Pendant tout cela, les persécutions de mon frère ont continué : elles étaient surtout mentales. Tu sais, le genre de violence vicieuse qui ne se voit pas de l'extérieur, que t'as tendance à cacher parce que t'en as honte, que tu te penses fragile. Il est toujours comme ça avec moi. Mes parents peinent à me croire sur ce qu'il m'a fait, et mes déboires avec Lucas ou Félix je n'ai jamais pu leur en parler. Il me dise que cette rivalité avec mon frère passera avec le temps. Mais bien sûr … Alors pourquoi j'en garde des séquelles si profondes ? Pendant les dernières vacances, Stéphane a tout appris de mon passé, ou en tout cas une bonne partie que jusque-là j'avais caché à tout le monde. Quand je l'ai rencontré, j'étais même presque mythomane tellement j'avais l'habitude de mentir pour me protéger. Il ne comprenait pas jusque-là mon comportement et aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il en pense : suis-je une folle ? Une fragile ? Juste une fille qui a besoin de soutiens et d'aide ? A lui de juger. Mais aujourd'hui, il est trop tard pour les excuses. Trop tard pour me demander ce que j'ai subis. Trop tard pour rattraper le temps perdu. Je ne pardonnerais jamais ce que Benjamin a fait. Ni Rolland. Ni Marie, car elle a commis une des plus grandes erreurs de sa vie : s'appuyer sur moi alors que j'étais fragile car elle était elle-même fragile à ce moment-là. J'ai été son plus grand soutient, à mon détriment. Aujourd'hui je veux que cela cesse. Je ne veux plus vivre pour les autres mais pour moi. Je crois que les gens n'ont pas conscience de ce qu'est réellement le fait de vivre pour les autres. C'est presque une maladie, une maladie mortelle pour certain. Aujourd'hui je culpabilise car j'ai raconté certaine chose grave dans mon passé que je dois finir par répéter à d'autres sous peine de me mettre ceux à qui je l'ai dit avant à dos … et de mentir à nouveau. Je me sens mal dans ce cercle vicieux. »

[1]Nom d'emprunt

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