Je laime

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Arthur avait passé la journée à tourner en rond dans son studio, comme si chaque pas pouvait repousser l’inévitable. Le soir tombait, et avec lui cette sensation d’étau qui se resserre. Il avait décidé que ce serait aujourd’hui. Pas demain. Pas « quand ce sera le bon moment ». Aujourd’hui.

Il prit son manteau, descendit les trois étages, et marcha jusqu’à l’appartement de ses parents. Tout lui semblait plus bruyant que d’habitude : les voitures, les pas sur le trottoir, même son propre souffle. Comme si le monde entier retenait son attention pour l’empêcher d’aller au bout.

Sa mère ouvrit la porte avant même qu’il ne frappe. — Oh, Arthur, tu tombes bien, j’allais préparer du thé.

Il entra. L’odeur familière du jasmin lui donna presque envie de faire demi‑tour. Il s’assit, les mains tremblantes, le cœur battant trop vite pour un simple dimanche soir.

— Maman… j’ai quelque chose à te dire.

Elle leva les yeux, un peu surprise par le sérieux de son ton. — Je t’écoute.

Il sentit sa gorge se serrer. Les mots, pourtant répétés mille fois dans sa tête, refusaient de sortir. Il pensa à toutes les années passées à se cacher, à se surveiller, à s’inventer des histoires pour éviter les questions. Il pensa aussi à la fatigue. À l’envie d’être enfin lui-même.

Alors il inspira profondément.

— Je suis gay.

Un silence. Pas long. Mais assez pour qu’il sente son estomac se nouer.

Sa mère posa la tasse qu’elle tenait. Elle le regarda, vraiment. Pas comme on regarde un enfant qui raconte sa journée, mais comme on regarde quelqu’un qui vient de déposer un morceau de son âme sur la table.

— D’accord, dit-elle simplement.

Il cligna des yeux. — D’accord… comment ça, d’accord ?

Elle sourit, un sourire un peu fragile, un peu maladroit. — D’accord… ça veut dire que je t’aime. Et que ça ne change rien à ça. Elle marqua une pause. — Ça veut aussi dire que j’ai peur de dire quelque chose de travers, alors je préfère commencer par ce que je suis sûre de ne pas rater.

Arthur sentit quelque chose se fissurer en lui. Une tension vieille de plusieurs années se relâcha d’un coup, comme un barrage qui cède. Il se mit à pleurer, sans retenue, sans honte.

Sa mère se leva, contourna la table, et le prit dans ses bras. — Tu aurais pu me le dire plus tôt, tu sais. — J’avais peur. — Je sais. Mais je suis là.

Et dans cette étreinte, Arthur comprit que le coming-out n’était pas seulement une annonce. C’était un passage. Un pont fragile entre ce qu’on a été et ce qu’on devient. Et parfois, de l’autre côté, il y a quelqu’un qui vous attend.

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