Chapitre 21 – La vie en rose
Un simple point sur l’horizon.
Au début, Natalie crut à une illusion — une poussière de lumière née du soleil couchant, un mirage comme la mer en produit souvent, lorsque la chaleur et la fatigue brouillent les contours du réel. Cette lueur dansante, presque irréelle, suffisait déjà à éveiller en elle une palpitation d’espoir. C’était si petit, si fragile, mais dans cette immensité sans visage, le moindre signe prenait valeur de miracle. Elle se prit à croire que ce point, minuscule et mouvant, pouvait être un bateau.
Et il grossissait. Lentement, obstinément.
La ligne pâle fendait l’eau comme un présage. Une voile blanchâtre, une coque en bois — voilà tout ce qu’il lui fallait pour que sa foi, depuis longtemps exsangue, se rallume d’un seul coup. Son cœur se mit à battre d’une manière désordonnée, presque douloureuse. Chaque battement semblait réveiller un souvenir enfoui, réécrire un fragment d’histoire qu’elle croyait perdue.
Toutes voiles dehors, La Vie en rose approchait du centre Olympus comme une flèche tirée par la main du destin — droite, aveugle, irrésistible. C’était comme si le monde, après tant d’immobilité, décidait soudain de se souvenir d’elle.
Mais le bateau refusa de ralentir. Il se jeta sur le rivage dans un fracas brutal, s’échouant sur un banc de sable, éventré, haletant d’écume et de bois brisé. Le choc fut si vif que Natalie recula d’un pas, le souffle coupé. Et, là, à la proue, un homme se dressa.
Nicolas.
Il semblait surgir d’un autre temps. Son visage portait cette lumière étrange des revenants : à la fois lointain et familier, fatigué et radieux. Son regard, bleu lavé par les vents, contenait à la fois la grâce et la lassitude de ceux qui reviennent d’un long exil. Et ce sourire, calme, presque irréel, acheva de la désarmer. Natalie sentit ses jambes fléchir.
Elle voulut courir, mais son corps refusa. Quelque chose, en elle, l’enchaînait sur place. Ce n’était pas de la peur, pas tout à fait. Plutôt une terreur d’un genre inédit : celle de se noyer de bonheur. Elle craignait que la plénitude, si elle s’y abandonnait, la brise net — qu’un trop-plein de réel la détruise après tant de rêve.
Devant elle, La Vie en rose gémissait, éventrée, comme un animal blessé rendu à la mer après un combat trop long, mais avec l’assurance de la mission accomplie. Nicolas, lui, semblait ne rien voir de cette ruine. Tout en lui vibrait d’une seule direction : elle. Il s’extrayait de l’eau lentement, chaque pas pesant, solennel, comme dans un rêve où le temps se dilate. Ses vêtements plaqués contre sa peau accentuaient sa beauté tranquille.
Natalie, elle, l’attendait, immobile, les bras ouverts. Non par confiance, mais parce qu’elle ne savait plus comment faire autrement. Elle était à la fois statue et prière. Dans le couchant, sa silhouette se découpait, irréelle, gardienne du rivage, témoin d’un amour si ancien qu’il avait fini par ressembler à un mythe.
Alors elle entendit les mots — clairs, exaltés, brûlants, comme venus d’un autre temps :
— Tu es toujours aussi belle. Je t’aime ! Tu m’as tellement manqué.
Ces paroles la transpercèrent, comme une flèche d’émotion qui fend l’air après un trop long silence. Le son de sa voix fit éclater quelque chose en elle — une digue invisible qui retenait depuis trop longtemps la marée de ses sentiments. Ses yeux se remplirent aussitôt de larmes, mais ce n’était pas un simple chagrin. Non, c’était une joie violente, presque douloureuse, la joie irrépressible de celui qui croit retrouver ce qu’il avait perdu à jamais.
Natalie pleurait de bonheur, un bonheur fragile, incandescent, irréel. Chaque mot semblait la caresser et la blesser à la fois. « Je t’aime » — ces trois syllabes vibraient en elle comme un écho de vie après une longue nuit de solitude. Elle ne savait plus si elle rêvait ou si le monde s’était enfin décidé à lui rendre grâce. Ses mains tremblaient, son souffle se brisait sur le nom de Nicolas qu’elle n’osait pas prononcer.
Dans sa poitrine, deux forces contraires se livraient bataille : la lucidité — glaciale, raisonnable, qui lui chuchotait que tout cela n’était qu’un souvenir animé par son désir — et la ferveur — brûlante, enfantine, qui refusait de douter, qui voulait croire que le miracle se produisait enfin. Elle oscillait entre ces deux pôles comme une flamme vacillante dans le vent, incapable de choisir entre la vérité et le rêve.
Et pourtant, au fond d’elle, quelque chose savait. Elle sentait que cette voix, si proche, si aimée, n’était peut-être que le fruit de son esprit en manque. Mais elle s’y abandonnait quand même, comme on se jette dans la mer sans savoir nager. Pleurer devenait alors une façon de respirer, d’exister, de revivre ne serait-ce qu’un instant cette passion qui, autrefois, la consumait entière.
Les larmes coulaient sans fin, salées comme la mer devant elle, et chaque goutte semblait dire : « Tu es revenu. Même si ce n’est qu’en moi. »
C’était son invention, son exorcisme. Le scénario qu’elle rejouait chaque nuit, pour survivre. Elle l’avait poli, répété, jusqu’à en user les contours. Comme une prière qui finit par se confondre avec le souffle, elle ne pouvait plus la distinguer du réel.
Depuis des mois, son rituel était le même.
À chaque fois qu’elle était sur la plage, elle fermait les yeux et imaginait ce retour. La mer devenait son théâtre, son esprit la scène unique où rejouer l’espoir perdu. Ce rituel circulaire, d’abord consolateur, lui avait donné l’impression de maîtriser la douleur. De transformer l’absence en quelque chose de noble, de soutenable.
Mais peu à peu, la boucle s’était resserrée.
Les mots revenaient toujours identiques. Les gestes se répétaient avec une précision maladive. À force d’y croire, elle avait fini par ne plus distinguer le souvenir du rêve, le rêve de la réalité. La visualisation, d’abord apaisante, s’était muée en poison. Ce qu’elle croyait tenir à distance l’avalait lentement, sans bruit.
Chaque nuit, la même scène : le sable, la course, la voix, la mer. Et chaque nuit, son esprit se noyait un peu plus dans cette marée intérieure. L’amour avait cessé d’être une attente — il était devenu une religion. Et Natalie, la dernière prêtresse d’un culte dont elle était la seule fidèle et victime.
Puis, juste à ses pieds, quelque chose attira son attention.
La mer s’était retirée, laissant sur la grève une méduse échouée. Une petite masse translucide, palpitante encore, ourlée de reflets violets. Un cœur mis à nu. Natalie s’approcha, fascinée. Ce qu’elle vit n’était pas seulement une créature : c’était une énigme.
Ce corps mou, gorgé d’eau et de lumière, vibrait à peine. Et pourtant, elle eut la sensation qu’il respirait à sa place. Elle se sentit attirée, presque hypnotisée. Une intuition sauvage s’imposa — cette chose inerte, échouée, c’était elle.
Sans ossature, sans direction, livrée au flux, ballotée entre deux mondes.
Tout remonta d’un coup : la solitude, le manque, la folie tranquille des nuits d’attente. La méduse devenait miroir, métaphore, avertissement. Elle symbolisait la frontière brisée entre le rêve et la matière. Et à cet instant, Natalie comprit qu’elle avait cessé d’attendre un homme.
Elle attendait un signe.
Peut-être même, elle attendait sa propre disparition.
Combien de pénélope, avant elle, s’étaient perdues ainsi ?
Combien de femmes avaient attendu un père, un amant, un enfant disparu, jusqu’à se dissoudre dans l’attente elle-même ? Toutes avaient fini, d’une façon ou d’une autre, par se pétrifier. Non par punition, mais par fidélité. Le chagrin, à force d’immobilité, les avait changées en pierre.
Et soudain, un nom jaillit dans son esprit, éclatant comme une révélation qu’on n’attendait plus : Méduse.
La gorgone. Celle qui, d’un seul regard, pétrifiait ses ennemis.
Natalie resta un instant immobile, comme frappée de stupeur. Ce nom, qu’elle croyait appartenir aux contes anciens, vibrait soudain d’une présence presque tangible. Ce n’était plus un mythe, mais un miroir tendu à son propre esprit. Elle comprit — ou plutôt, elle pressentit — que ce que Kayak cherchait à lui faire toucher à travers ses séances n’était pas une simple analogie symbolique. C’était une méthode, une exploration, une traversée de l’ombre.
Méduse, dans sa terreur sacrée, devenait une clé.
Peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblèrent dans son esprit. Les visions qu’elle avait eues pendant les exercices de Kayak, les images mentales qu’il lui demandait de convoquer — les spirales, les miroirs, les reflets — tout cela prenait sens. Il n’avait jamais parlé de Méduse ouvertement, mais il l’avait guidée vers elle, pas à pas, par détours et silences. À travers ses exercices, Kayak avait créé son adepte, successeuse de Penta : Natalie. Elle était devenue la praticienne inconsciente de l’exercice circulaire, ce mouvement de pensée où l’on revient toujours à soi, non pour s’enfermer, mais pour se transfigurer, avant de se détruire.
Dans cette boucle hypnotique qu’il avait instaurée — regarder, se voir, se comprendre, puis recommencer —, Natalie apprenait à affronter sa propre image. Et elle commençait à saisir ce que Kayak voulait dire lorsqu’il évoquait le pouvoir de l’œil, de la conscience tournée vers elle-même : « Celui qui se regarde trop finit par devenir statue. Celui qui apprend à voir sans se figer devient lumière. »
La figure de Méduse, alors, se métamorphosa dans son esprit. Elle n’était plus la tueuse, la damnée, le monstre que l’on doit abattre, mais la femme sacrifiée pour avoir trop aimé, trop regardé, trop compris. Son regard ne tuait pas — il révélait. Ceux qui se changeaient en pierre, ce n’étaient pas ses victimes, mais ceux qui refusaient de se voir tels qu’ils étaient.
Et Natalie, frémissante, comprit que c’était cela, le véritable enseignement de Kayak : un chemin circulaire entre la psychiatrie et la mythologie, entre la science du mental et la démesure du sacré.
Elle sentit une chaleur étrange l’envahir, un mélange d’effroi et d’exaltation. Comme si elle venait de franchir une porte invisible.
Kayak n’avait jamais voulu qu’elle guérisse au sens ordinaire. Il voulait qu’elle voit. Qu’elle devienne, à son tour, le témoin de ce pouvoir ancien : celui qui pétrifie ou illumine selon la pureté du regard.
Et dans ce frémissement intérieur, Natalie sut qu’elle n’était plus seulement la patiente de Kayak — mais son héritière.
L’adepte de son cercle.
La nouvelle Méduse, mais pas le monstre qu’on redoute dans les contes. Plutôt la prêtresse, trahie par Athéna qui refusa d’abord de lui venir en aide quand Poséidon la viola, puis donna son bouclier à Thésée, afin qu’il puisse la décapiter dans son sommeil.
Méduse n’était pas née monstrueuse.
On l’avait rendue ainsi.
Natalie sentit le parallèle se former en elle avec la clarté d’une révélation. Elle aussi avait été belle, aimante, croyante. Elle aussi avait été trahie. L’amour l’avait dépouillée, lentement, jusqu’à ne laisser que la pulsation nue de l’obsession.
Et si, pensa-t-elle, la malédiction de Méduse n’était pas une punition ?
Si c’était une délivrance ?
Transformer les hommes en statues, n’était-ce pas une manière de les sauver de leur inconstance, de les figer dans l’instant avant qu’ils ne trahissent ? Les immobiliser, pour les préserver ?
Cette pensée la traversa comme une étincelle, la fit trembler, mais elle ne la repoussa pas. Elle la goûta, lentement, avec une forme d’horreur fascinée.
Le vent s’éleva, la mer s’assombrit. La lune perça les nuages, éclatante, souveraine. Son reflet se posa sur le sable humide, dessinant autour de la méduse une auréole laiteuse. Natalie sentit que le monde retenait son souffle.
— Tu es belle…, murmura-t-elle à la créature. Toi aussi, on t’a exilée.
Elle sentit une larme glisser sur sa joue. Cette goute salée était à la fois chagrin et reconnaissance. Oui, Méduse était son double — beauté, solitude, pouvoir, malédiction. Elle séduisait sans le vouloir. Et son regard, à défaut d’être aimé, pétrifiait.
Natalie frissonna.
Elle comprit alors que son propre amour avait cette même puissance destructrice — non pas de tuer, mais de figer, d’emprisonner. Elle aimait jusqu’à étouffer, jusqu’à dissoudre tout ce qu’elle touchait dans le sel de la mémoire.
Une idée folle s’imposa, d’abord comme une tentation, puis comme une révélation :
Et si elle offrait les hommes à la mer ? Non par vengeance, mais par amour. Pour qu’ils demeurent purs, figés, à l’abri du mensonge. Les livrer à la lune, à Charon, comme des statues offertes à l’éternité.
Son cœur battait à tout rompre. Une voix en elle — rationnelle, fragile — lui criait que cette pensée était insensée. Mais une autre, plus profonde, plus ancienne, murmurait que c’était le seul moyen d’atteindre la paix et poursuivre l’attente.
Alors, dans le miroitement argenté des méduses passants sur la crête des vagues, elle crut voir des têtes coupées — Nicolas, Kayak, Anna ou Elisabeth.
Avait-elle rêvé ? Ou la mer lui rendait-elle déjà ses victimes ?
Elle recula d’un pas et le vent fit voler ses cheveux contre son visage, lui donnant l’allure d’une prophétesse égarée, aux boucles serpentines.
— C’est donc cela…, murmura-t-elle, comme si une vérité ancienne venait enfin de se frayer un chemin dans sa conscience.
Le pouvoir de Méduse n’était pas de tuer, non… c’était d’aimer trop fort. Trop fort pour les hommes, trop fort pour les dieux, trop fort pour ce monde fragile qui ne supporte pas l’intensité pure. Son regard ne pétrifiait pas les êtres — il révélait simplement ceux qui ne pouvaient pas soutenir la brûlure de son amour.
Elle resta un instant immobile, envahie par une sorte de vertige lucide. Ce renversement de sens, cette idée que la terreur de Méduse venait de sa capacité à ressentir trop, à vouloir trop embrasser la vie, la frappait en plein cœur.
— Même Athéna…, reprit-elle à voix basse, presque avec tristesse, toute déesse de la sagesse qu’elle était, portait en elle une part d’ombre. Une faille.
Elle se rendait compte à présent que la peur d’Athéna n’était pas celle d’une déesse invulnérable, mais d’une femme en proie à une émotion qu’elle ne pouvait ni comprendre ni maîtriser.
— Oui, Athéna avait peur de Méduse, poursuivit-elle, la voix tremblante. Peur de ce qu’elle représentait — une féminité absolue, indomptable, souveraine jusque dans sa douleur.
Et cette peur, elle l’a déguisée en justice. Elle a fait de Thésée un instrument, un pion docile, un bras qui frappe à sa place. Elle l’a envoyé détruire ce qu’elle ne pouvait affronter en elle-même.
Elle inspira profondément, la gorge serrée.
— Et après l’avoir fait tuer, elle n’a pas détruit la tête de Méduse… non. Elle l’a fixée sur son bouclier. Pour s’en protéger, disaient-ils. Mais peut-être, en vérité, pour la garder près d’elle. Pour posséder ce pouvoir qu’elle avait renié. Pour contempler, chaque fois qu’elle se battait, ce qu’elle avait perdu.
Ses doigts se crispèrent légèrement. Dans son esprit, les figures mythologiques se confondaient avec des visages réels — ceux de femmes blessées, aimantes, humiliées, transformées par la peur des autres.
Elle comprenait, à cet instant précis, que Méduse n’était pas un monstre, mais une métaphore du regard interdit, de l’amour trop vrai, trop vaste pour être contenu.
Et cette révélation l’ébranla jusqu’au fond de l’âme.
Car au fond, peut-être qu’elle aussi, comme Méduse, avait aimé trop fort. Peut-être qu’elle aussi avait vu, dans les yeux de l’autre, non pas la mort, mais sa propre démesure.
Natalie leva les yeux vers la lune. Son visage était transfiguré — à la fois extatique et terrifié. Un sourire se dessina, fin, presque tendre.
— Si c’est le prix de l’amour, je l’accepte.
La vague suivante monta jusqu’à ses genoux. L’eau glaciale la mordit, mais elle ne bougea pas. Ses yeux, pleins d’un éclat nouveau, se fixèrent sur la méduse.
Alors, lentement, elle tendit la main vers la créature, comme pour effleurer un miroir.
Et, pendant un instant suspendu, le monde sembla se taire.
La nuit retint son souffle.
Loreto, en tant que gardien, observait la scène de loin, immobile dans l’ombre, le souffle suspendu. Il sentait qu’il se passait quelque chose d’important, même s’il n’en saisissait pas toutes les nuances. Son regard allait de Natalie à la mer, du ciel aux reflets changeants sur l’eau, comme s’il cherchait un signe, un repère. Une inquiétude sourde le tenaillait — un instinct presque animal, celui du veilleur qui pressent la tempête avant qu’elle n’éclate.
Il hésita. Devait-il intervenir ? Devait-il ramener Natalie à la villa, la protéger d’elle-même, comme il en avait reçu l’ordre implicite ? Ses doigts tremblaient légèrement sur la rambarde, pris entre le devoir et la crainte. Mais quelque chose, dans l’attitude de la jeune femme, le retint. Il y avait dans sa posture une intensité presque sacrée, une tension qu’il ne voulait pas rompre.
Il avait bien fait.
Car s’il s’était approché, si, ne serait-ce qu’un instant, il avait tenté de l’arracher à son état, Natalie l’aurait repoussé — ou pire. Dans cet état d’élévation fiévreuse où elle se trouvait, toute intrusion aurait été vécue comme une profanation. Elle l’aurait attaqué et si elle avait pu le maitriser, la jeune femme l’aurait ensuite entraîné vers l’eau pour qu’il se noie. Son corps, tel une méduse aurait flotté longtemps, inerte, avant que la mer ne le reprenne. En quelques heures, la peau aurait blanchi par le sel et le froid, prenant la teinte du marbre — immaculée, froide, parfaite.
Cette pensée, pourtant, ne traversa pas la conscience de Loreto. Mais quelque chose en lui, plus profond, le sentit. Une angoisse primitive lui serra la poitrine, comme s’il avait frôlé une frontière interdite. Alors il détourna les yeux, fit quelques pas en arrière, et s’éloigna, le cœur battant, incapable de dire pourquoi il tremblait encore.
Il ne savait pas qu’en s’abstenant, il venait de sauver sa vie et de préserver, pour un instant encore, l’équilibre fragile entre le monde des vivants et celui, plus obscur, où Natalie s’enfonçait peu à peu.
De toute évidence, l’exercice circulaire représentait un poignard à double tranchant. Des capacités supérieures, mais des effets secondaires aussi dangereux qu’obsédant. Pour Penta, ce fut un œil halluciné, pour Anna une frénésie de sexe, Nicolas la passion des affaires et Elisabeth une exaltation de ses sens encore intacts. Aucun n’avait évolué vers le meurtre obsessionnel, Natalie, à cause de l’épreuve de cette nuit se voyait inaugurer la chose. Elle se sentait prête à transformer symboliquement des hommes en statue, à moins que l’épreuve du puits, qui avait façonné son enfance ne l’en empêche.

Annotations
Versions