10. Hulk à l'entrainement

10 minutes de lecture

Mathias

Je soupire de contentement en enfilant mon treillis dans le grand vestiaire réservé aux membres de la sécurité au Palais. Julia nous a fourni du matériel d’une couleur un peu différente de celle réservée aux Silvaniens, proche de nos anciens vêtements, et ça me fait sourire. Elle pourrait avoir définitivement abandonné le treillis mais, égale à elle-même, elle garde un pied dans le passé. Et moi… moi aussi, pour la partie agréable tout du moins, si l’on considère que faire la guerre l’est.

— Je vous attends dehors.

Je récupère ma veste et souris en la voyant floquée à mon nom. Manque le “Lieutenant”, mais je m’en satisfais, ça me fait plaisir et j’ai hâte de suer comme un dingue.

— Merde, c’est toi qui mènes l’entraînement ? ris-je en tombant sur Julia une fois dehors.

— C'est quand même moi la Cheffe, ici. Et je veux voir si vous n'êtes pas trop rouillés !

— Crois-moi, on est toujours en forme. J’ai fait installer une salle de sport au bureau et les rues de Paris nous voient courir tous les jours !

— De ce que je vois, pour la musculation, ça a l'air bon, mais pour l'endurance, je me demande si tu vas tenir le choc.

— Crois-moi, je n’ai absolument aucun problème d’endurance. Je te proposerais bien de te montrer de quoi il retourne, mais je doute que Tutur soit d’accord, ris-je.

— Eh bien, puisque tu as l'air bien en verve, montre l'exemple à tout le monde. Enchaîne vingt pompes et vingt abdos. Juste pour lancer l'échauffement et montrer l'exemple aux autres courageux présents.

Je lève les yeux au ciel et ricane en m’allongeant. Vingt pompes et vingt abdos. Elle me prend pour un lycéen puceau ou quoi ? Vingt pompes, sur une main, et vingt abdos sans broncher plus tard, je me plante devant elle en souriant comme un gosse.

— Sympas les exercices chez vous, tu t’es ramollie, Vidal. La maternité te rend toute douce, dis-donc ! Ou bien c’est ton humanitaire qui a réussi à dompter la lionne ?

Je ris plus fort lorsqu’elle m’envoie un coup de poing dans l’épaule et masque ma grimace. Elle a encore de la poigne, quand même. Comment elle fait pour être toute douce avec Sophia ?

— J'avais peur que tu te sois encroûté, Mat. Tu devrais me remercier de ma sollicitude et te préparer pour la suite au lieu de fanfaronner !

— Je vais y penser, promis ! Hé, Ju… Désolé pour hier, soupiré-je. Je veux pas qu’il y ait de problème entre nous, mais j’ai pas vraiment apprécié que tu doutes de mon professionnalisme, surtout devant mes hommes…

— C'est rien, va, j'ai bien compris. Par contre, évite de continuer à te chamailler avec Ysée, la Ministre de la Culture. Je te rappelle que c'est avec elle qu'on va préparer le grand concert…

— J’y peux rien, c’est elle qui est insupportable, elle passe son temps à mordre, même quand je suis gentil ! Et puis, tu peux causer, ricané-je. Rappelle-moi ce que tu faisais avec Zrinkak au début de votre collaboration ? Au moins, si c’est contre moi qu’elle est énervée, tu auras la paix.

— Je crois qu'elle va me mordre aussi quand elle verra ce que je prévois pour la sécurité !

— Cool ! J’ai hâte de voir ça ! Elle m’a l’air particulièrement insupportable. Comme si avoir une belle gueule et un cul du feu de Dieu lui donnait tous les droits. Ou alors, elle se croit supérieure parce que Madame est Ministre ?

— Je ne sais pas, mais là, tu parles trop, regarde, tout le monde attend la suite. Au boulot, Lieutenant ! Il faut se donner un peu de mal si on veut que l’entraînement soit utile !

Elle est rigolote, elle, ce n’est pas moi qui dirige l’entraînement en question non plus. Je la suis donc pour rejoindre les autres et l’écoute avec attention. Je suis surpris de l’entendre parler en silvanien avant de se tourner vers nous pour traduire, mais à bien y réfléchir, ce n’est pas plus étonnant que ça. Bientôt trois ans qu’elle bosse avec la Présidente, forcément, Arthur n’a pas dû lui donner que des cours de langue en version coquine !

Julia nous entraîne dans un footing qui dure une éternité, et je ris en voyant la plupart des gars au bord de l’implosion lorsqu’elle nous fait finalement nous arrêter sur un pan d’herbe parfaitement entretenu afin de reprendre nos souffles et de nous étirer. Des bouteilles d’eau sont à disposition dans un coin et je me désaltère en observant un peu tout ce petit monde. Florent crache ses poumons à mes côtés, moi… J’ai chaud, c’est clair. Mon tee-shirt est trempé, il me colle à la peau et ce n’est pas très agréable, mais j’apprécie de me dépenser après ces derniers jours. Entre l’organisation de notre départ, l’avion, les réunions ici et ces soirées plan-plan organisées par Miss Coincée, d’après ce que j’ai compris, je commençais à bouillonner de l’intérieur, à ressentir ce besoin d’adrénaline qui me manque depuis que j’ai quitté l’armée, et que je ne parviens à canaliser qu’à force d’activités physiques où je me dépasse et m’épuise.

Les gars ont à peine le temps de récupérer que Ju nous embarque dans un genre d’entraînement bien chiant destiné à en faire baver aux recrues à l’armée. Séries de pompes, d’abdos, gainage. Je me souviens de ses confidences sur le plaisir qu’elle prenait à martyriser les petits nouveaux lorsqu’elle gérait leur entraînement, et je me demande si elle ne cherche pas à ce que nous soyons impressionnés par le physique de ses hommes, où si elle cherche à ce que ces derniers comprennent que nous sommes dans la même équipe et qu’ils peuvent nous faire confiance. Ou alors, elle kiffe toujours autant martyriser tout ce qui a des couilles ? Parce que la vérité est là : sur la douzaine de soldats qu’elle entraîne ce matin, il n’y a que deux femmes en plus d’elle. Je pourrais la charrier sur la parité, mais je préfère mater la marchandise qui est sous mes yeux. Si le treillis n’est pas fait pour être sexy et mouler ce qui doit l’être, personnellement, une nana glissée dans ces fringues m’attire comme une mouche. Bon, soyons honnête, un joli cul, des seins bombés, un regard intense, des lèvres pleines et un sourire un peu coquin, ça me va bien, même sans treillis, mais… Ouais, je peux ressembler à ces gonzesses attirées par l’uniforme, parfois. Et la petite nana qui fait ses abdos avec une facilité presque déconcertante, elle me plaît bien. Sauf que je ne doute pas que Julia me coupera les couilles si je dérape. No zob in job, qu’elle dit… La blague, quand on sait comment elle a rencontré Zrinkak.

Après nous avoir bien crevés avec tout ça, Julia opte pour des corps à corps dans l’objectif de maîtriser et désarmer. Si j’avais bon espoir de me retrouver collé-serré avec la jolie blonde, elle me case avec une barraque qui fait au moins deux mètres et qui a la musculature d’un catcheur dopé. Il est lent comme un escargot, ça aide, mais je me retrouve au sol deux ou trois fois malgré tout. Disons que le “combat” est plutôt équilibré, sauf qu’il m’énerve à réussir à prendre le dessus et que c’est une mauvaise chose pour lui. Lorsqu’il se retrouve finalement au sol une cinquième fois, je ne me gêne pas pour appuyer plus que nécessaire mon genou sur sa nuque pour l’immobiliser. J’ai mal au cul après ma dernière chute, alors l’entendre geindre et taper au sol comme un sportif qui abandonne me fait jubiler. Julia lève les yeux au ciel en me voyant faire, moi je souris comme un con.

Évidemment, grâce à la bonne emmerdeuse qu’elle est, je me retrouve au milieu du groupe pour finalement me retrouver face aux nanas. L’idée étant de pouvoir désarmer un homme quand on fait moins d’un mètre soixante-dix. La blonde est toute petite et je me demande bien ce qu’elle fout dans l’équipe de Ju. Et quand je me prends une béquille bien placée, je comprends que l’ancienne Lieutenant s’est bien foutue de ma tronche. Les filles sont déjà entraînées et habituées à faire ces exercices. Le catcheur ricane et je me promets de lui péter le nez si nous refaisons ce genre d’entraînement ensemble à l’avenir. Alors, je passe un quart d’heure, vingt minutes peut-être, à me laisser plus ou moins faire pour que ces dames puissent se sentir fortes et capables. Ma cible, qui ne l’est pas vraiment puisque “No zob in job”, papillonne des yeux, me gratifie de moues séductrices, se colle un peu trop à moi lorsque c’est son tour, et je me demande si l’objectif est de m’endormir pour mieux me la mettre à l’envers ou, au contraire, de réveiller tout ce qui peut l’être pour un petit coup vite fait bien fait dans un recoin du Palais.

Irrémédiablement, me retrouver sous les ordres de Julia me ramène au passé. L’armée, toutes ces années ensemble, nos dernières missions, et surtout celle ici. Et c’est un peu comme si cette heure d’entraînement n’avait servi à rien… Je suis sur les dents, la solitude me plombe le moral, l’abandon… Putain, même deux ans plus tard, c’est douloureux. Ça me saoule.

— Ils sont quand même un peu mous, tes gars, soufflé-je à Julia. Enfin, à part Hulk, là, les autres m’ont l’air… Un peu fragiles. Même Flo a réussi à coucher le rouquin, et pourtant, les années à bosser sur la communication n’ont pas vraiment musclé la bête !

— Hulk ? pouffe-t-elle. Stefan est notre meilleur élément !

— Vu comment je l’ai couché, désolé, mais je crois bien que c’est moi, ton meilleur élément, Lieutenant Sexy.

Oui, je me vante, je sais. Mais… Ça n’a jamais tué personne de se faire mousser !

— Par contre, ton héros Marvel a la trouille dès que tu approches. Tu l’as menacé de quoi pour qu’il marche au pas comme ça ? Toujours en train de les terroriser ? Tu sais que ça ne fonctionnera pas avec moi, rassure-moi ?

— Il a surtout la trouille de te blesser car il sait que je tiens à toi ! Mais puisque tu sembles si sûr de toi, je te propose un petit combat de boxe avec lui. Et on voit qui est le plus costaud… Ou le plus malin. Prêt à relever le défi ou tu es déjà trop fatigué, mon Chou ?

Je jette un coup d’œil à Hulk et souris. Au mieux, je gagne et je suis content, je pourrai me la péter… Au pire, je prends une dérouillée et la douleur m’assommera un bon coup et me permettra d’oublier les autres. Pourquoi pas ?

— Allez. Même pas peur, lancé-je en allant fouiller dans le bac de matériel pour piocher des gants.

J’espère juste qu’il ne va pas me défigurer. Je suis grand et bien bâti, mais lui est une montagne, franchement. Mon avantage, c’est que je suis plus rapide que lui et que j’adore les défis. Hulk va être plus lent, mais vu la taille de ses biceps, il va falloir que je sois futé et que je parvienne à éviter les coups au maximum. Un uppercut bien placé et je vais me retrouver à l’infirmerie.

— Ju ? Elle est canon l’infirmière ici ? Que je sache si j’ai vraiment envie de gagner ou pas !

— Pas sûre que sa barbe te plaise, Mat. Mais tu as peut-être évolué dans tes goûts ! Il est mignon, sinon, oui !

Je soupire, dépité, et me mets en position. Franchement, il a l’air sympa, Stefan, en fait. Mais j’aime trop gagner pour être cool. Alors je le pousse à bouger, je me déplace encore et encore pour le fatiguer. Je maintiens ma garde, esquive ses tentatives timides dans un premier temps, essaie de trouver la faille. Et je m’y engouffre quand je vois une opportunité. Manque de chance, en plus d’être gentil, le gars est intelligent, Il a feinté et je me prends une bonne droite qui me déstabilise une seconde. J’avais raison pour les biceps, putain.

Je ne sais pas trop combien de temps nous luttons comme ça, mais les coups finissent par pleuvoir de part et d’autre, et même si Julia nous demande d’arrêter le combat, Hulk comme moi avons apparemment la même envie d’en découdre pour vraiment savoir qui a la plus grosse. Il est fatigué, je le vois, mais je commence à plier aussi. Je feinte, je l’évite et frappe, encore et encore, mais pas de cordes pour le retenir, pas de coin dans lequel l’acculer… Ce match de boxe n’était sans doute pas une bonne idée et Ju semble s’en rendre compte.

J’ai envie de crier victoire quand Hulk se retrouve à genoux au sol, et je suis à deux doigts de le mettre K.O quand notre boss s’interpose et me fusille du regard. Je lève les mains pour temporiser sa colère, mais on parle de Julia, là, pas d’une nana lambda, ça ne suffit pas du tout à l’apaiser et nous avons tous les deux droit à une bonne engueulade. Comme deux gamins grillés par leur mère. C’en serait presque comique, mais elle a raison, on n’est pas là pour s’affaiblir et blesser l’autre ne nous apportera rien. On n’y peut rien, c’est la testostérone et elle ne peut pas comprendre, mais nous ne bronchons pas. De toute façon, je n’entends même plus la fin de ses remontrances. Je viens de repérer Miss Coincée, postée sur le chemin, à quelques mètres de là, en train de nous observer. Elle affiche une mine blasée, mais ses yeux sont plus expressifs que son joli minois, même si je peine à décrypter ce regard… J’hésite entre le désir et l’exaspération. Sans doute un mélange des deux, et ça, au pieu, ça fait un carton. La question qui se pose, c’est de savoir si ce regard m’est destiné à moi ou à Hulk ? Vu comme elle détourne le regard quand elle constate que je l’observe, j’ai peut-être ma réponse. Voilà qui me semble encore plus intéressant…

Annotations

Vous aimez lire XiscaLB ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0