45. La poussière de fée rend fou

12 minutes de lecture

Ysée

Alors que je sirote mon café, je sursaute quand j’entends quelqu'un entrer dans la cuisine et je me retourne vivement pour faire face à Florent qui s'excuse de me déranger. Son regard se pose sur ma nuisette et je suis amusée de le voir rougir jusqu'aux oreilles.

— Bonjour Florent, un problème ?

— Aucun problème, Ysée… Je… Je viens me prendre un thé avant d’aller dormir quelques heures.

— Tu as pu parler à ta famille hier soir ? J'espère que tu n'as pas utilisé tout le crédit pour faire le coquin avec ta femme !

— J’ai eu ma femme et ma fille, oui. Ce n’était pas vraiment le moment pour plus, en revanche. De toute façon, même si elle était rassurée de m’entendre, elle était surtout en colère.

— Ah, mon pauvre. Tu as besoin d'un peu de réconfort ? le provoqué-je en baissant la voix. Il faut que je sois très gentille pour que tu me prêtes la carte ou tu me la passes sans contrepartie ?

— C’est Mathias qui a le portable. Et… Pas la peine de jouer à ça avec moi, Ysée, ça ne m’intéresse pas. Peut-être qu’avec Snow, ça fonctionne, mais je ne suis pas lui, et tu devrais faire attention à ne pas te brûler les ailes, avec lui. C’est… quelqu’un de bien, mais… les femmes ne sont que des conquêtes pour lui.

— Je sais, Florent, je voulais juste te titiller un peu, expliqué-je en souriant. Je vais attendre Mathias alors. J'aimerais moi aussi avoir des nouvelles de ma famille.

— Quelqu’un a parlé de moi ? intervient Snow en entrant dans la cuisine en s’étirant.

— Florent me disait que c'est à toi que je dois faire du charme si je veux récupérer le téléphone.

Je m’approche de lui, papillonne des yeux et me trémousse devant lui, faisant ainsi flotter ma nuisette. Puis, je me penche vers lui en tendant la main et fais une petite moue suppliante.

— Épuisante même au réveil, Madame la Ministre, soupire Mathias en me tendant le téléphone, non sans scanner mon corps de ses beaux yeux.

— Et encore, je ne vous laisse que regarder. Imaginez si vous pouviez toucher ! lancé-je en me dirigeant vers la terrasse où je m'appuie contre la balustrade.

J'ai conscience que ma nuisette remonte légèrement sur mes fesses et que je leur offre une jolie vue sur mes jambes nues, mais j'adore provoquer ces deux beaux gosses qui résistent à mes charmes. J'espère que ça les frustre bien et qu'ils s'en veulent un peu d'être fidèles ou trop sérieux, même si quelque part, c’est tout à leur honneur, surtout en ce qui concerne Florent. Je compose le numéro de mes parents et c'est ma mère qui me répond.

— Bonjour Maman, c'est moi. Tu vas bien ? Je m'inquiétais pour vous…

— Bonjour, ma Chérie ! Je suis contente de t’entendre, ça faisait longtemps… Tout va bien, ici, et pour toi ?

— Je suis en mission mais ça va. Je ne peux pas t'en dire plus mais sache que je suis bien entourée.

Je surprends d'ailleurs le beau blond trop sérieux qui me mate depuis la cuisine.

— Daryl est avec vous ? demandé-je, inquiète.

— Non… Il… Il fait partie du régiment réquisitionné il y a quelques jours pour renforcer les troupes à l’Est, soupire ma mère.

— Oh mince… Et vous avez des nouvelles ?

— Il a appelé hier soir, tout va bien, Ysée, ne t’inquiète pas pour lui, ok ?

— Il est quand même dans la partie la plus dangereuse du pays… Et Papa, ça va ? Il prend ça bien ? Ça ne le perturbe pas trop ?

— Pas plus que d’habitude, je dirais… Vous restez nos bébés, quand ton frère part dans ce genre de missions, forcément qu’on ne le vit pas très bien. Et toi, c’est une mission diplomatique ? D’habitude tu nous dis où tu vas…

— J'aide Julia et Arthur, Maman. Rien de plus. Tu me passes Papa que je lui fasse un bisou ?

— Oui, bien sûr. Je t’embrasse, Chérie. Fais attention à toi, d’accord ?

— C’est une grande fille, bougonne mon père, dont la voix résonne dans le combiné. Salut, ma Puce !

— Coucou Papa.Tu es en forme ?

— Toujours, voyons ! Et toi, ma Belle, comment ça va ?

— Ça va. Je préférerais être avec vous mais il faut bien que je travaille un peu. Je voulais juste entendre ta voix et profiter d'un bisou.

— Un seul bisou ? rit-il. Je t’en fais plein, moi, toujours !

— Eh bien, je les prends tous. Bonne journée à toi, Papa. A bientôt.

— A toi aussi, ma Puce. Viens vite nous voir ! Et, Ysée ? Comment se passent les préparatifs pour le concert ? Tu t'en sors ?

— Le concert ? Euh… Il a déjà eu lieu, Papa…

— Oh… Je… Oui, oui, bien sûr. Quelle tête en l'air je fais, souffle-t-il. Allez, à très vite, ma Puce.

Je raccroche et me dis qu’il donne le change mais qu’en réalité, son état ne s’améliore pas. Je croyais que tout était plus ou moins revenu à la normale, ça semblait aller mieux, ces derniers temps, mais me voilà bien inquiète. Et en plus, mon frère n’est pas là pour s’occuper d’eux. Bien loin de ça, il est en train de risquer sa vie contre les rebelles et les mafias. Et moi, qu’est-ce que je fais pendant ce temps ? Je m’amuse à aguicher deux beaux gosses et je m’occupe de deux enfants. C’est auprès de ma mère que je devrais être, ce serait plus ma place qu’ici, loin d’elle et de tout ce qu’elle doit gérer. Je soupire et retourne à l’intérieur pour rendre le téléphone à Mathias qui continue à me scruter même si je ne suis plus dans l’état d’esprit de jouer avec lui.

— Florent est allé se reposer ?

— Oui, j'ai bien cru qu'il allait se noyer dans sa tasse. Est-ce que ça va, Ysée ?

— Ça peut aller, oui. Ça fait du bien de parler à sa famille, même si cela me donne des envies folles d’aller les retrouver.

— Je te propose la mienne pour te réconforter, sourit-il en me montrant du doigt les filles, installées sur le canapé. Je sais que ce n'est pas facile, mais… on fait tout ça pour elles, après tout.

— Oui, heureusement qu’elles sont mignonnes, sinon, ça serait vraiment difficile.

Je vais m’asseoir près d’elles et écoute distraitement leur conversation alors que mon esprit dérive vers l’Est et j’essaie de ne pas trop penser aux dangers auxquels fait face Daryl.

— Ysée, on est là, hein ? me tance Lila en tirant sur ma manche. On dirait que tu es toute triste. Il t’arrive quoi ?

— Oh désolée, je n’avais pas entendu. Tu veux quoi ?

Elle m’explique le jeu auquel elles sont en train de jouer et j’essaie de me concentrer pour assimiler les règles, mais mon cerveau a du mal à focaliser, ce que remarque rapidement Mathias qui vient se planter devant nous.

— Les filles, j’ai besoin de vous… vous trois. J’ai envie de faire une crasse à Flo, il n’arrête pas de m’embêter et je veux me venger… Un truc drôle, hein ? Pas méchant, mais… sourit-il en se penchant vers les filles avant de me lancer un regard, j’ai envie de rigoler, et je crois que les petites terreurs que vous êtes pouvez m’aider. Une idée ?

— On met un seau d’eau au-dessus de la porte ? suggère Lila.

— Non, il va y avoir de l’eau partout, répond Sophia.

— Et Flo, c’est le plus gentil, il ne faut pas être trop méchant avec lui, dis-je doucement.

— C’est le plus gentil ? s’offusque théâtralement Mathias en posant sa main sur son cœur. Vous… vous êtes d’accord avec Ysée, les filles ? Vous allez me briser le cœur !

Je le regarde faire le clown et ne peux m’empêcher de sourire un peu alors que Lila et sa sœur se joignent à lui pour dire qu’il est le plus gentil.

— C’est de la triche, ça, tu as dû les acheter, les deux petites !

— Acheter mes nièces ? T’es malade, elles me connaissent bien, c’est tout ! Mais… Possible que je leur fasse un bon gâteau au chocolat pour les récompenser de leur loyauté… Le chocolat, c’est bon pour le moral, me lance-t-il en se relevant. Le programme vous tente ?

— Youpi ! crient-elles toutes les deux en m’entraînant malgré moi vers la cuisine alors que j’aurais préféré rester au calme.

— Mathias, avec toi, il n’y a pas moyen de rester tranquille, on dirait.

— Si, mais seulement quand on va bien. Sinon, j’ai le syndrome du sauveur, ou du clown, ou… Je sais pas. Je n’aime pas voir les gens tristes, qu’est-ce que tu veux, m’explique-t-il en fouillant dans les placards.

— Mais je vais très bien, maugréé-je en récupérant le chocolat que je mets dans une casserole pour le faire fondre.

— Bien sûr, Ysée, qui dit que je parlais de toi ? Les filles… Vous avez déjà entendu parler de la poussière de fée ?

Je relève la tête, aussi intriguée que les enfants et nous le dévisageons toutes les trois sans prendre la parole jusqu’à ce que Sophia intervienne.

— Non, c’est quoi, Tonton ? Moi, j’en veux !

— Tu es sûre de toi, petit koala ? Parce que… La poussière de fée, c’est un peu particulier, quand même, continue-t-il en aidant Lila à casser les œufs. En fait, ça a le pouvoir de tous nous faire rire, ici, mais… ça ne marche pas à tous les coups. Tu es prête à prendre le risque ?

La petite le dévisage en fronçant les sourcils et hésite à répondre, comme si le risque était vraiment énorme.

— Je crois, oui. Mais ça ne fait pas mal ? Les fées, c’est gentil, non ? C’est pas des sorcières…

— Jamais je ne te proposerais quelque chose qui pourrait te faire mal, voyons ! T’es folle ou quoi ? Bon, puisque tu as la trouille, petit koala, tu vas m’aider et tu verras, c’est génial quand ça marche, lui rétorque-t-il en la prenant dans ses bras avant de lui murmurer à l’oreille quelques secondes, la faisant rire. T’es prête ? Et vous, vous êtes prêtes aussi ?

— Ça a l’air de déjà fonctionner pour elle, murmuré-je. Je suis prête, je crois.

— Tu veux que je te murmure des choses à l’oreille aussi, Ysée ? Ça doit pouvoir se faire, mais pas dit que la fée te fasse seulement rire, toi. Ça ne marche pas pareil avec les adultes qu’avec les enfants, me lance-t-il avant de lever sa main dans ma direction, paume vers le ciel. Poussière de fée, Sergent Sophia !

— Oui ! crie la petite en soufflant sur la farine que j’ai à peine le temps d’apercevoir qu’elle s’envole dans ma direction.

Je mets rapidement mes mains devant mes yeux et j’aperçois Mathias se saisir d’une poignée de farine qu’il balance dans ma direction avant de faire de même vers Lila qui rigolait. Je m’avance et attrape le paquet pour récupérer des munitions que je lui jette dessus. S’ensuit une bataille rangée où chacun de nous participe au grand chaos qui vient subitement de s’installer. J’ai l’impression que partout vole de la farine et que les rires des uns se mêlent à ceux des autres. J’éclate de rire quand, sans nous concerter, nous parvenons toutes les trois à envoyer une salve de farine sur le beau blond qui a eu cette idée un peu folle. L’instant est magique et j’en oublie tous mes soucis, toutes les difficultés auxquelles est confrontée ma famille. Seule compte cette farine qu’il faut éviter et qu’il faut envoyer sur son voisin.

Quand enfin, nous nous calmons et que nous reprenons notre souffle, la cuisine est dans un état pas possible, mais nous arborons tous un grand sourire.

— Allez, les filles, la fête est finie ! Il faut aller vous débarbouiller ! Vous avez de la farine partout dans les cheveux !

— Ysée a raison, filez pendant que je nettoie, petites canailles. Et après, on fera vraiment ce gâteau, parce que j’ai trop envie de chocolat, moi, sourit Mathias en trempant son doigt dans la casserole avant de le porter à ses lèvres. Dépêchez-vous avant qu’il n’y en ait plus !

Contentes de s’en tirer sans devoir tout nettoyer, les deux se précipitent hors de la cuisine en gloussant et j’en profite pour m’approcher du blond occupé à mélanger le chocolat dans la casserole.

— Merci, Mathias. Ne fais pas l’innocent, j’ai bien vu ton petit manège pour essayer de me changer les idées. Et tu as bien réussi, en plus !

— A votre service, M’dame ! T’es mignonne, pleine de farine, ne manque plus que… Ah, je sais, pouffe-t-il en me collant son index plein de chocolat sur le nez. Parfaite !

— Ah, mais ce n’est pas juste ! le critiqué-je en souriant. Il en faut aussi sur le tien !

Je récupère à mon tour du chocolat fondant de la casserole et lui en mets sur la joue. J’ai bien vu qu’il ne fait aucun effort pour résister, mais je le trouve trop mignon avec le faux air misérable qu’il prend.

— Sérieusement ? J’essaie de te faire sourire et tu m’attaques encore ? T’as pas honte ? gronde-t-il.

— Oh, mon pauvre petit malheureux. Tu as besoin de réconfort, c’est ça ? Attends, je vais nettoyer tout ça.

Je me mets sur la pointe des pieds et dépose mes lèvres sur sa joue barbue. Ma langue se met à lécher le chocolat et, comme dans un de mes rêves, je sens ses bras qui s’enroulent autour de mes hanches pour m’enlacer et me serrer contre lui. Ma poitrine vient se presser contre son torse et j’en gémirais presque, tellement cela m’excite. Je continue mes baisers et, petit à petit, sans qu’il ne s’y oppose le moins du monde, je m’approche de ses lèvres. Je suis folle de me laisser aller comme ça, mais je n’ai aucune envie de résister, j’ai envie de l’embrasser, de sentir ses lèvres contre les miennes, de partager un baiser passionné avec lui.

Alors que ma bouche est sur la commissure de ses lèvres, je m’arrête un instant et noue mes bras autour de son cou. Nos regards se croisent et je lis chez lui le même désir et la même envie. Cet échange visuel donne le signal de départ au brasier qui nous anime tous les deux et nous donne envie d’oublier le reste du monde. Il comble le faible espace qui nous séparait et nos lèvres se rejoignent, un peu maladroitement au départ, mais rapidement, c’est comme si nous nous connaissions depuis une éternité. Mathias sait embrasser et il me fait profiter de tout son talent. Je gémis quand il mordille doucement ma lèvre et qu’il laisse ma langue venir jouer avec la sienne. Je m’agrippe à sa nuque pour ne pas rompre ce moment magique et quand ses mains se mettent à parcourir mon dos, c’est tout mon être qui frissonne sous ses caresses.

Alors qu’une de ses mains se pose sur mon sein et que je sens que les choses vont déraper de la manière la plus agréable possible, nous entendons les marches des escaliers grincer et nous avons à peine le temps de nous écarter l’un de l’autre avant que Florent ne débarque dans la cuisine et ouvre de grands yeux devant la scène qui s’offre à lui.

— Mais, qu’est-ce qu’il se passe, ici ?

Honnêtement, je ne sais pas ce qu’il se passe. Ou plutôt, ce qu’il vient de se passer. Est-ce qu’on s’est tous les deux laissés aller à un instant de pure folie ? Assurément. Est-ce que je regrette ? Pas du tout. Sauf le fait que ça n’a pas duré assez longtemps. Incapable de prononcer le moindre mot, je fais mine de m’épousseter et laisse Mathias répondre à son collègue.

— Une petite bataille de poussière de fée pour remonter le moral des troupes, rien de grave, lance le beau blond en lui tournant le dos pour commencer à nettoyer.

— Il faut bien que l’on cède parfois à nos envies, pour le plaisir, ajouté-je en venant déposer un bisou enfariné sur la joue de Florent qui nous regarde, un peu perdu. Désolée si on t’a réveillé, mais maintenant que tu es là, tu vas pouvoir aider ton collègue à nettoyer ! C’était son idée, la poussière de fée ! Moi, je vais voir si les filles ont fini de se nettoyer et faire de même.

Je file sans leur laisser le temps de réfléchir. D’un côté, heureusement qu’il est venu nous interrompre, sinon, je ne sais pas si nous aurions pu nous arrêter tellement la folie qui nous a pris était intense et forte. Je crois que j’étais prête à lui sauter dessus. Mais une partie de moi est extrêmement frustrée. J’avais beau essayer de me convaincre que jamais je ne m’offrirai à lui, il a suffi d’un baiser pour oublier toutes mes bonnes résolutions. Pourquoi est-ce que je ne suis pas capable de résister à cet homme qui me fait oublier toute raison ?

Annotations

Vous aimez lire XiscaLB ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0