La page blanche - partie 6

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Après que j'aie passé la porte de son établissement, il me lance un regard pétillant, enjolivé par un grand sourire qui lui fend le visage en deux quand il voit que c'est moi qui viens l'honorer de ma présence. Je lui rends son salut de la main pendant que je m'approche de son comptoir en regardant les gens attablés qui discutent, mangent, boivent, ou bien font les trois en même temps.

– Alors, comment va mon ami Balzac ? m'aborde-t-il à la seconde où je m'installai sur un tabouret devant le comptoir.

– Balzac… non, quand même pas. Ça va moyen. Mon problème ne s'est pas résolu. Au contraire, j'ai même l'impression que ça a empiré.

– Une bière ?

– Oui, s'il-te-plaît.

– Comment ça, empiré ? reprend-il en allant chercher une bouteille de bière qu'il me passe directement.

J'ouvre la bouteille et boit une première gorgée fraîche avant de lui répondre d'un ton masquant très mal mon découragement :

– Je pense que je ne suis carrément plus bon à rien pour l'instant…

– Plus bon à rien ? Tu t'entends ?

Je le regarde dans les yeux en levant un sourcil, ne trouvant rien à lui répondre.

– Comment ça, bon à rien ? insiste-t-il.

– Plus capable de produire.

Il répond à trois commandes avant de revenir vers moi.

– Tu as encore essayé des phrases que tu as ensuite effacées car elles ne te convenaient pas ?

– Même pas… – je bois une autre gorgée – Je n'ai carrément rien trouvé cette fois, en rentrant du boulot.

Il prend un verre pour l'essuyer, poussant un soupir et semblant prendre le temps de réfléchir à ce qu'il allait me répondre. Je continue de boire ma bière pendant ce temps.

– C'est encore ma… phobie, machin.

– Leucosélophobie.

– Oui, c'est ça. Tu vois, j'ai déjà oublié.

– C'est un moment compliqué. Mais si tu en arrives à ce point-là, je commence à penser que c'est passé au-delà du blocage de l'écrivain. Tu n'as tout simplement plus en toi les ressources nécessaires pour produire.

– C'est ce que j'ai commencé à me dire, oui. J'ai demandé des congés à mon patron, ce matin.

– Alors ?

– Naturellement, il a refusé, fais-je en haussant les épaules et continuant de vider ma bouteille de bière. Il m'a dit de faire la semaine avant de m'offrir un petit voyage en fin de semaine.

– Oui, c'est normal. À ce que j'ai cru comprendre, tu as la chance d'avoir un patron conciliant, mais il y a des limites professionnelles à respecter. Surtout si c'est pour un problème personnel concernant une incapacité à écrire.

– Oui, c'est ce qu'il m'a dit et c'est aussi ce qu'il m'a laissé comprendre.

– Donc, que comptes-tu faire, à présent ?

Je hausse les épaules en fixant des yeux ma bouteille que je tiens entre mon pouce, mon index et mon majeur.

– Je vais faire comme le désire mon patron : je vais tenter d'apporter ce que je peux à l'entreprise et à la fin de la semaine, je m'envoie quelque part. Je ne sais pas où encore, mais dans un endroit différent et loin d'ici. Et si ça ne va pas, mais vraiment pas – dans le genre début de dépression –, je pose des congés et je m'offre un peu de bon temps pour me ressourcer.

– C'est la meilleure chose à faire. En plus tu n'as pas beaucoup de chance : ça te tombe dessus alors qu'on est encore loin du 15 août…

– On n'a même pas encore passé Noël, alors le 15 août…

Un silence se glisse entre nous deux, pendant que lui essuie des verres à la chaîne et que je bois ma bouteille de bière, vidée de deux tiers déjà.

– J'en ai parlé à mes collègues de boulot, aussi, repris-je.

– Ah bon ? s'exclame-t-il, les sourcils haussés. Tu ne m'as pas dit que la plupart ne comprenaient pas grand-chose à ton occupation d'écrivain ?

– Ils m'ont posé la question, j'ai répondu.

– Ils t'ont posé la question ?

– Mon air tracassé les a intrigués.

– Au moins ils s'intéressent à toi…

– J'ai toujours dit que la majorité d'entre eux ne connaissaient pas une pinte en littérature, pas qu'ils étaient égocentriques.

– Hm… j'avais oublié qu'avec toi il fallait être vigilant sur les mots. Et donc ? À quoi la discussion a-t-elle ressemblé ?

– Je ne te donnerai pas les détails, mais en gros, ce qui est ressorti c'est : pose des congés pour les uns ; profites-en pour grossir ta productivité pour les autres.

– Tu n'es pas plus avancé, si je comprends bien…

– Non. Mais si je ne leur avais rien confié, ils ne m'auraient pas lâché. Il y en a certains qui sont comme le Petit Prince : quand ils ont une question dans la tête, ils ne l'ont pas ailleurs.

– Ça doit être énervant, parfois.

– Surtout quand tu n'as vraiment pas envie de répondre.

Il pose le verre qu'il était en train d'essuyer et fait une petite pause.

– Donc tu comptes t'évader d'ici… Tu vas aller où ?

– Encore aucune idée… je sais juste que je vais devoir respirer un air loin d'ici. J'ai encore six jours pour y penser.

– Pour y penser ? Tu es au courant qu'il faut quand même y trouver un endroit où te poser ?

– Je ne vais pas non plus quitter la France, ça va.

– Ça ne change rien.

Je ne trouve rien à répliquer, et préfère boire une nouvelle gorgée de ma bière, dont la bouteille est désormais quasiment vide. Je n'avais pas remarqué que je la buvais aussi vite…

– Je rechercherai sur Internet dans la semaine. Je serai probablement plus inspiré pour ça que pour chercher quoi écrire sur Word.

– Oui, c'est une bonne initiative.

Je soupire.

– Certains me disent que je n'arrive plus à écrire à cause d'un début de dépression, mais je me dis que je vais commencer une dépression tout justement parce que je n'arrive plus à aligner deux mots…

– L'un n'empêche pas l'autre. Tu peux très bien ne plus produire à cause d'une baisse de moral et donc de motivation, et cette non-envie de produire peut te déprimer encore plus. On appelle ça un cercle vicieux.

– On voit que tu es passé par là, toi…

– Je cache plus d'histoire derrière ce comptoir que tu ne peux te l'imaginer. À mon âge, j'ai eu le temps de vivre des choses et d'acquérir une certaine expérience de la vie.

Je ne peux réprimer un sourire.

– Si tu faisais partie du cercle, tu serais l'un des plus âgés, en effet. Pas le doyen, mais tu serais catalogué vétéran. Et tu es assez ouvert d'esprit, je trouve, à ton âge.

– Que veux-tu dire ? Que les vieux sont fermés ?

– Non, juste… – je cherche mes mots – certains ont acquis une certaine expérience de la vie, mais s'en servent mal, j'ai l'impression.

– La plupart. Pas tous. Pour ma part, ce sont mes lectures qui m'ont ouvert l'esprit.

– Oui, comme beaucoup de monde. Enfin ça me fait toujours plaisir de parler avec toi, tu sais répondre à tout ce qu'on te dit.

– On m'a dit que je ferais un assez bon psychologue.

– Et ça ne t'a pas intéressé ?

– Je trouvais plus joyeux de vendre de la bouffe et de la gnôle en riant avec les clients derrière un comptoir.

Je ris un peu et finis enfin ma bouteille de bière.

– Tu comptes partir maintenant ?

– Non, réponds-je, il n'est pas si tard, je reste encore un peu.

– Parfait ! lance-t-il joyeusement en me proposant une autre bouteille de bière, que j'accepte.

Je commence à boire dedans avant de sonder l'intérieur du bar derrière moi, observant en silence les clients attablés. Je me retourne vers mon ami.

– C'est toujours tranquille, ton café, le soir. Il n'y a personne qui vient te parler, nous interrompre…

– C'est sûr que si tu venais le midi, je serais bien moins disponible pour t'écouter parler. Le soir, comme tu le sais, les clients sont deux à trois fois moins nombreux, et sont là parce que mon bar est le plus proche de chez eux.

– Oui, je le sais. Mais tu ne discutes jamais avec eux ?

– Je discute avec ceux qui viennent me faire la parlotte. La plupart de mes clients sont des gens normaux qui ne voient en moi que celui qui leur sert à boire et à manger. Juste le minimum syndical, à savoir « bonjour », « s'il-vous-plaît », « merci », « au revoir »… Quant à moi, je vais être franc, je ne vois en eux que des clients qui me paient pour avoir satisfait leur panse.

– Je comprends, oui. Et il y a beaucoup de clients qui viennent te parler ?

– C'est généralement à midi que je suis le plus sollicité par les plus bavards. Pourquoi, ça t'intéresse, tout à coup, mes relations avec la clientèle ?

– Je viens de m'interroger.

– Est-ce que tu viens souvent chercher la discute avec le personnel d'un restaurant ou d'un bar, toi ?

Je prends cinq secondes pour réfléchir.

– Non.

– Comme beaucoup. Quand les gens viennent dans un établissement qui t'offre de quoi faire travailler ton système digestif, ce qui les intéresse le plus, c'est manger, puis partir quand c'est fini. Ce n'est pas rare que certains viennent me parler de leur vie et me questionner sur la mienne, mais à l'échelle de la clientèle, c'est un très petit chiffre. Et c'est réciproque : ce qui intéresse les gens qui travaillent dans un resto ou un bar, c'est faire manger leurs clients. Donc tout le monde est content.

Je souris.

– D'accord, j'ai compris. Je trouvais juste bizarre sur le moment que personne ne vienne nous déranger quand on parle le soir, à part pour te commander une bouteille ou quelque chose d'autre.

– Tu sais… la plupart ont déjà terminé leur repas. Ils n'ont juste pas encore décidé de rentrer.

– Ça ne nuit pas à ta clientèle ? Tu as assez de places ?

– Le soir, je te l'ai dit, j'ai moins de client. Mais ça n'arrive que le soir. Quand les gens ont tout leur temps et qu'ils veulent le passer ici. À midi ils vont et viennent car ils ont quand même des obligations pour la plupart.

– C'est juste… Désolé, c'était idiot.

– Pas forcément. Tu ne viens que rarement me voir le midi, donc tu ne connais que ma clientèle du soir. C'est normal.

– Tu vois que tu as toujours quelque chose à dire.

– C'est l'expérience qui parle. Quand tu auras mon âge, tu pourras faire pareil. En attendant d'arriver à commencer ta nouvelle histoire.

Je ris et lui donne un léger coup de poing sur l'épaule en faisant mine d'être vexé. Il rit lui aussi et va resservir une bouteille de vin rosé à un client qui venait de lui demander avant de revenir derrière son comptoir.

– Tu penses que d'ici demain tu auras une destination en tête ?

– Là, maintenant, je n'en ai aucune idée, réponds-je en fixant le comptoir d'un air distrait. Je sais seulement que je ne compte pas sortir du pays.

– C'est déjà bien, tu n'as plus qu'à choisir la région et le département.

J'acquiesce sans répondre et continue de boire ma deuxième bouteille de bière sans continuer la discussion. J'en écoute certaines d'une oreille distraite tandis que mon ami se met à discuter avec quelques clients qui sont venus l'aborder. De fil en aiguille, j'en viens à songer à mon histoire qui me résiste depuis ces deux derniers jours. Je soupire, essayant de me rassurer en me disant qu'après être allé me libérer l'esprit dans un lieu loin d'ici, j'aurai les idées plus claires, une meilleure inspiration.

Je termine ma bouteille de moitié et regarde l'heure sur ma montre, constatant qu'il est 23h. Je travaille encore demain ; je me lève donc tôt. J'attends quand même de finir ma bouteille de bière avant d'en avertir mon collègue et de lever le camp. D'ailleurs, quelques clients avaient finalement décidé de partir et, après avoir demandé l'addition, une dizaine d'entre eux avaient libéré leur place. Le tenancier quitta donc son comptoir pour aller récupérer les additions.

À son retour, je profite que son attention ne soit plus concentrée sur son groupe d'interlocuteurs pour l'informer de mon départ.

– D'accord. Je te revois demain ?

– Je ne sais pas encore. Si le cœur m'en dit.

– Ça veut dire oui, conclut-il en me souriant. Tu aimes tergiverser, toi.

Je ris encore et continue de vider ma bière, avant de le regarder de l'air distrait que j'ai adopté ce soir.

– Je devrais écrire quelque chose sur le fait de ne plus pouvoir écrire…

Il me lance un regard à la fois surpris et amusé et fait signe à ses clients bavards qu'il allait revenir vers eux dans quelques minutes.

– Tu veux te servir de ton manque d'inspiration pour faire quelque chose à ce sujet ? Ce serait un assez bon plan, remarque.

– Je propose ça comme ça, je ne sais même pas si j'en serai capable.

– Quand tu auras repris du poil de la bête, tu essaieras. Tu parleras de ton expérience et de ce qui fait que tu n'arrivais plus à rien avec ton clavier. Et puis je pense que ça pourrait parler à pas mal de gens.

– On verra, dis-je en buvant les dernières gorgées de ma bière avant de la reposer sur le comptoir, en attendant, passe une bonne soirée.

– Merci. Bonne nuit et bon courage pour demain !

Je le remercie et passe la porte pour regagner ma voiture afin de rentrer chez moi avant d'aller directement au lit.

Je suis rentré vers minuit, me suis couché quelques minutes plus tard, et me suis levé à la même heure que hier matin pour aller au travail, comme chaque jour. La routine.

À la fin de la journée, je me rends directement après mon retour chez moi au bar de mon collègue, après avoir recherché ma future destination de fin de semaine.

En entrant j'ai alors la surprise d'y voir ma collègue anglophone assise au comptoir, en train de discuter avec lui alors qu'il essuie un verre. Elle se retourne quand il me salue et me fait un signe de la main, que je rends avant de me diriger moi aussi vers le comptoir.

– Bonne journée ? commence-t-il.

– Assez. Cette fois, personne n'est venu m'embêter avec mes préoccupations concernant mon histoire que je galère à commencer.

– Ils ont peut-être compris que ça ne servait à rien de te parler d'un domaine qu'ils ne connaissent pas ?

– C'est possible.

– Qu'est-ce que vous êtes méchants… intervient ma consœur en riant. Un jour, plus personne ne voudra t'aider, tu sais.

– Si par « plus personne », tu entends « les personnes qui n'y connaissent rien », ça ne me dérangerait pas tant que ça.

Elle rit et boit une autre gorgée de son thé qu'elle avait commandé à notre hôte.

– Bon, je vais entrer directement dans le vif du sujet, se lance celui-ci. As-tu recherché ta destination ?

– Ah, ça y est, tu pars ? réagit l'Anglaise.

Je hoche la tête en lui résumant ma discussion avec mon patron et celle de hier soir avec notre ami ici présent, ce à quoi elle hoche à son tour la tête en signe de compréhension.

– J'ai recherché une destination, oui, continué-je. J'ai prévu de m'exiler dans un département voisin. J'y ai repéré un hôtel, je prends la réservation probablement demain soir.

– Très bien.

– Et tu rentres quand ? me demande-t-elle.

– Dimanche soir. Je pense donc qu'on ne se reverra pas avant lundi soir.

Ils acquiescent tous les deux et je commande une bière que m'offre le maître de la maison.

– Une bière et un thé, nous fait-il remarquer. J'aime bien noter les petites habitudes de mes clients.

– Je t'ai aussi commandé du café, lui rappelle-t-elle.

– Une fois.

Je souris et bois ma bouteille fraîche sans rien dire, ayant dans mon esprit délaissé ma nouvelle histoire au profit de ma nouvelle destination que je rejoindrai demain matin. Mais mes pensées furent interrompues par l'Anglaise qui se tourna vers moi pour me questionner.

– Tu as reparlé à ton patron ?

– Non. Il m'a dit de revenir le voir quand ça ira mieux après mes petites vacances. Je vais peut-être retourner dans son bureau lundi si rien n'a changé, je n'en sais encore rien.

– Que comptes-tu faire là-bas, loin de nous ? Tu emmènes des bouquins ?

– Non, je vais visiter un peu du pays. Je ne vais pas partir ailleurs pour rester dans une chambre à bouquiner. J'aime bien lire ton roman, mais je ne le continuerai pas là-bas.

– Oh, tu l'as déjà lu ? relève-t-elle en souriant.

– Oui, j'ai lu le début. J'aime bien, pour le moment. Ça doit être parce que je sais que c'est toi que je lis.

– Tu arrêtes de la draguer ? intervient le tenancier d'un ton faussement menaçant.

– Je ne drague personne !

On rit tous les trois tandis que je poursuis la consommation de ma bière et elle celle de son thé, et que lui continue son affaire derrière son comptoir.

– Tu pourrais te servir de ton voyage pour écrire dessus, me conseilla l'Anglaise, tu n'es pas d'accord ?

– Ce n'est pas une mauvaise idée. J'ai déjà émis l'idée d'écrire quelque chose sur le fait de ne plus pouvoir écrire, prochainement. N'est-ce pas ? ajouté-je à l'adresse du tenancier.

Il réagit à mon interjection et elle sourit.

– Je trouve que c'est une assez bonne idée, ça aussi ! J'espère que tu vas vite t'y remettre ! C'est un thème qui peut parler à tout le monde car on l'a tous déjà vécu au moins une fois !

– Je lui ai proposé d'en faire un truc un peu autobiographique, intervient notre quasi-confrère. Parler de son expérience personnelle, tu vois le truc ?

– Oui, je trouve que c'est une très bonne idée ! affirme-elle ; elle se penche vers moi. Essaie d'en parler le moins possible aux autres du cercle. Les moins vertueux pourraient bien te piquer l'idée. C'est déjà arrivé ; on a perdu des copains à cause de ça.

– Je suis au courant, j'essaierai.

Nous restons ainsi à boire, manger quelques biscuits offerts par la maison et parler de divers sujets qui nous intéressent, jusqu'assez tard dans la soirée. On ne s'aperçoit même pas que le bar se vide alors que notre hôte nous fausse irrégulièrement compagnie pour aller chercher les additions.

Ce ne fut que lorsqu'il nous le rappela que nous remarquâmes la désertion de la clientèle, et que l'Anglaise et moi décidâmes de nous retirer pour ce soir.

Nous nous souhaitâmes à chacun une bonne soirée et partîmes, ma consœur et moi, une fois dehors, chacun de notre côté.

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