297. Camp du soir

2 minutes de lecture

La nuit promettait d'être fraîche, mais Sebastian Dupree ne trouva pas de meilleur refuge qu'un affleurement au-dessus du lac. Il espérait que les taillis le protégeraient suffisamment de la brise qui s'élançait sur les eaux aux reflets saphir. Sur l'autre rive, il distinguait les éclats de quelques habitations. C'était cependant l'un de ces soirs où il préférait la compagnie de son chat et des ombres à celle de ses semblables.

Il fouilla au fond de son sac et en sortit une boîte de conserve :

 " Je te propose pour changer du porc aux haricots. Ça te va pour, l'ami ? "

Jocko se lécha les babines, s'installa près du feu que préparait le routard. Rapidement, les flammes chassèrent les ténèbres, même si celles qui lui ceignaient la poitrine se cramponnaient farouchement à son être.

Sebastian contemplait d'un œil morne sa boîte chauffer sur une pierre plate quand il reconnut un son qu'il n'avait que trop entendu dans le passé. Le levier de chargement d'un fusil. Une voix noire gronda :

 " Who's there ? "

À ces mots, le musicien se raidit, lança un regard en direction de son bagage. Quelles chances avait-il d'atteindre... ?

 " Je te conseille de rester sagement où tu es, mon gars. Sauf si tu penses être plus rapide qu'une cartouche de fusil. "

Sebastian entendit l'homme descendre de cheval. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que le canon était toujours braqué sur son dos.

 " Tu es sur mes terres, mon gars. Qu'est-ce que tu viens fouiner par ici ? J'ai déjà dit à Braxton que je ne vendrais pas.

 - Je ne connais aucun Braxton, Monsieur. Je peux vous en assurer. Je ne fais que traverser.

 - Montre-moi ta tronche. " ordonna l'homme.

Il obtempéra et découvrit un vieux cow-boy. Ses traits étaient cachés sous les bords larges de son Stetson, mais une lueur ardente brûlait dans son regard.

 " Maintenant, je comprends mieux pourquoi tu ne connais pas Baxter. Ne le prends pas mal, mon garçon, mais jamais ce fils de putain n'engagerait un... "

Dupree ressentit un étrange mélange de ressentiment et de soulagement. Car il n'aurait pas donné cher de sa peau si le vieil homme n'avait pas aimé ce qu'il avait vu.

 " Qu'est-ce qui t'amène par ici, mon gars ?

 - La musique.

 - Tu es un de ces musiciens itinérants ?

 - Pas exactement.

 - Hmmm. Il va faire un froid de canard cette nuit. Un repas chaud, un toit pour dormir en échange d'un peu de boulot, ça te dit ?

 - Oui, m'sieur.

 - Pas de ça entre nous, mon gars. Je m'appelle Mercurio.

 - Sebastian Dupree.

 - Enchanté, Sebastian. Et ton compagnon, c'est quoi, son nom ?

 - Jocko.

 - Lui aussi est embauché si tu veux. Il y aura du boulot pour lui à la ferme. Remballe ton barda, mon gars. Ce soir, tu dormiras dans des draps propres. "

Sur la longue route qu'était la sienne, Sebastian avait connu nombre de désillusions. Mais une main tendue ne se refusait pas.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Shephard69100 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0