381. Les rivières de feu
Mona m'avait rejoint, en fin d'après-midi, à mon atelier. Elle ne tenait pas en place et, sans perdre une seconde, elle clama :
" Il s'est réveillé, Luciano. Il faut que nous allions voir ça.
Je tendis la main vers elle en un geste d'apaisement :
- Une minute. De quoi parles-tu ?
- Du vieux volcan. Des fois, je me demande ce que tu as dans la tête.
- Probablement moins de rêves que toi, Mona.
Il était vrai que la montagne avait grondé ces dernières semaines. Et, depuis une quinzaine de jours, elle s'était mise à cracher d'épaisses volutes de cendres. L'éruption semblait proche. La première en cent ans.
- Qu'est-ce que tu ambitionnes ?
- Y monter, évidemment. Allez, lâche ce que tu es en train de bricoler et en route. Un tel spectacle ne se présente qu'une fois par vie. "
Le temps d'attraper mon appareil photo et nous prîmes le chemin de la corniche. La nuit tombait quand nous parvînmes sur les flancs escarpées. Des rivières de feu dévalaient l'abrupt pour se précipiter dans la mer. Sous la brûlure de la lave, elle hurlait, gémissait, mais revenait inlassablement à la charge. Je me demandais qui, de la flamme et de l'eau, gagnerait ce combat de titans.
Mona insista pour s'aventurer plus loin sur la falaise. Elle avait oublié toute prudence. Une autre question se fraya un passage entre les arcanes de la peur. Dans ce conflit intime, la voix de la raison parvenait-elle à s'exprimer derrière la folie de la passion ?
" La lumière fait la photographie. Embrassez la lumière. Admirez-la. Aimez-la. Mais avant tout, apprenez à la connaître. Observez-la avec tout votre cœur, et vous détiendrez la clé de la photographie. "
George Eastman

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