432. All summer in a day
Les contractions commencèrent un peu après minuit. Puis, très vite, Marianne perdit les eaux.
" Je crois que le moment est arrivé, mon chéri. " haleta-t-elle.
J'attrapai son sac, l'aidai à s'installer dans la voiture. J'avais l'impression que les étoiles nous souriaient, qu'elles nous offraient le même sentiment d'éternité que les veillées de juin, que cette soirée se graverait avec la clarté d'une pleine Lune dans nos esprits.
Sur la route après le col, Marianne gémit plus fort :
" Il se passe quelque chose, Neil. Ça me fait trop mal.
- De combien sont espacées tes contractions ?
- Non, c'est autre chose. "
J'allumai le plafonnier, comme si l'horizon s'obstruait des épaisses volutes des premiers orages de la saison. Les doigts de Marianne étaient tachés de sang.
" Oh, mon Dieu, Neil ! "
J'accélérai. Nous arrivâmes en trombe devant les urgences. Un masque d'inquiétude se lisait sur le visage du médecin. Ils emmenèrent sans tarder ma femme au bloc. Quand je voulus leur emboîter le pas, une infirmière me barra le passage. Par-delà les crêtes de ma raison, la tempête enflait.
Il était six heures du matin quand l'obstétricien vint me trouver en salle d'attente. Une main sur mon épaule, il me dit :
" L'accouchement a été très difficile. Nous avons réussi à sauver votre épouse et votre nourrisson est actuellement sous assistance respiratoire. Nous avons fait le maximum, mais son cerveau a manqué d'oxygène trop longtemps.
- ...
- Je suis désolé, Monsieur, mais si votre femme a de bonnes chances de se remettre physiquement, le pronostic vital de votre enfant est par contre très engagé.
- Combien de temps... vivra-t-il ?
- Pas plus d'une journée, je le crains.
Le chagrin s'abattit sur moi avec la violence de cataractes.
- Voulez-vous que je vous mène à votre épouse ? "
Marianne dormait quand j'entrais dans sa chambre. Notre fils luttait de toutes ses forces dans une couveuse de la salle de réanimation attenante. Il mourut à quinze heures cet après-midi là.
Je ne trouvais rien de mieux à dire que :
" La vie s'est enfuie avant même que nous nous rendions compte de sa présence. "
Tout l'été en une seule journée, le deuil nous plongea dans un automne sans fin.

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