434. Dandelion wine
Ed aimait à croire qu'il avait échappé aux griffes de la ville, à son ambiance oppressante et à son rythme effrené en s'installant à Santaroga Valley. Je pensais surtout qu'il ne la supportait plus après son divorce et que la pandémie de grippe lui avait servi de prétexte idéal pour démissionner du cabinet.
La région subissait son pire hiver depuis trente ans lorsqu'il nous invita à passer quelques jours chez lui. Nous découvrîmes qu'il avait racheté un vieux vignoble avec ce que lui avait rapporté son argent placé en bourse. Mais ce qui me surprit le plus en découvrant le creux entre les montagnes, ce fut la sensation d'écrin printanier niché dans le cœur hiémal. Ici, point de neige ou de ciel plombé, mais une douce lumière de mai et un soleil radieux.
" Que du bio, les gars. fanfaronna Ed en nous faisant visiter ses coteaux ondoyants. Bien meilleure que cette piquette que nous buvions à L.A.
- T'as viré hippie ou quoi ? se moqua Simon.
Nous rîmes, mais l'étincelle dans le regard de notre ancien associé ne nous trompa pas.
- Je crois plutôt que j'ai compris le vrai sens de la vie ici. Vous serez convaincus quand vous aurez goûté ma dernière production. "
Il nous servit une bouteille de vin blanc, légèrement amer en bouche, mais d'une rondeur assez surprenante et franchement agréable. Je lui demandai :
" Pas mal du tout. Mais il n'est pas un peu tôt dans la saison pour du raisin ?
- On peut faire du vin avec plein de plantes. Là, c'est de la dent-de-lion.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du pissenlit, les gars. Les Européens et les Japonais en raffolent. Et là où il y a un business à faire, les Chinois veulent leur part du gâteau. "
Je trempais à nouveau mes lèvres dans mon verre. Ce bon Ed avait lâché les sphères de la finance, mais ne restait-il pas un visionnaire en matière de marchés juteux ?

Annotations
Versions