448. Les temps innocents
Aujourd'hui encore, cet été résonne en moi comme l'ultime bastion d'innocence, d'absolue liberté. Il se dégageait du ciel quelque chose d'immarcescible et rien ne semblait capable de troubler le bleu du monde.
Puis, en ces jours d'écrasante chaleur, une masse blanche et moutonneuse enfla derrière l'horizon. Tout le village se mit à espérer un peu de pluie, mais l'orage stagna par-delà les crêtes. L'attente devint appréhension qui vira à son tour en une crainte superstitieuse à mesure que les regards s'arrêtaient sur l'étrange tempête immobile. Dans l'éclat du jour, nul grondement de tonnerre. Dans le saphir de la nuit, nul éclair. Juste un inquiétant silence.
Au troisième jour, Marin nous exhorta :
" Et si on prenait nos vélos pour aller voir ce truc de plus près ? "
Il ne nous en fallut pas plus pour nous lancer à l'aventure sur les routes brûlantes à travers l'or des champs de blé. Ce que nous découvrîmes sur les rivages du comté nous cloua sur place.
Ce n'était pas un cumulonimbus qui grossissait, mais un arbre gigantesque. Si immense qu'il était impossible d'évaluer sa taille. Il était d'un blanc à mi-chemin entre l'ivoire et le coton. Dieu, en dansant sur l'océan de nos prairies, était-il venu nous prévenir des ombres qui avançaient ?
Les colombes tournoyaient au-dessus de nos têtes, pareilles à des rapaces. Et le monde changea.
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