459. Le Grand Blanc
" Des créatures qui vivent là-dessous, j'ai appris à en craindre une tout particulièrement.
- Laquelle ?
- Carcharodon carcharias. Le grand requin blanc, gamin.
- Oh !
- Tu vois de quoi j'parle, hein ?
- Oui, m'sieur.
- Quelques années après ma mésaventure avec la pieuvre géante, j'ai croisé la route de l'un d'eux pendant une expédition aux Fidji. Avec Mitchell, nous travaillions pour le Muséum Océanographique d'Oslo. Nous étions à la recherche d'une mystérieuse cité engloutie et nous voguions dans le Pacifique. J'avais déjà observé certains de ses congénères à travers le monde, des requins-tigres, des marteaux, mais celui-là, nom d'un chien, était gigantesque.
- Punaise ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je ne me rappelle plus pourquoi, mais nous n'avons pas pu plonger avant les dernières heures de jour. Peut-être un problème d'approvisionnement en oxygène pour nos combinaisons. Enfin, bref. Tout se passait bien, nous visions le plancher rocheux à quatre-vingt mètres de profondeur. J'avançais en queue de peloton. Tout à coup, alors que nous étions à environ soixante mètres sous la surface, j'ai vu Pete se retourner et me faire de grands gestes effrayés. Quelque chose n'allait pas. Il me pointait du doigt et me signalait un danger. Je lui demandais si ça venait de moi, mais il me répondit que non. Que ça venait de derrière moi. Je me suis lentement retourné et je l'ai découvert. J'étais presque à portée de sa gueule et il était si imposant qu'il aurait pu m'avaler en une seule bouchée. Ses yeux vides ne me lâchaient pas, à mi-chemin entre la curiosité et la convoitise. À l'heure du crépuscule, le grand blanc était comme une ombre nocturne. Jamais je ne m'étais senti aussi vulnérable.
- Et après, que s'est-il passé ?
- Rien, gamin, puisque je suis encore là pour en parler. Mais nous savions que nous étions sur la bonne route. Le cité engloutie n'était plus très loin. Je crois que le Grand Blanc en était le gardien. "

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