479. Someone's in the wolf
Douche glacée pour me tirer de mes douces rêveries nocturnes.
Le parfum de Carmen s'écoule sous le jet, mais mon cœur, lui, garde précieusement les fleurs qu'elle y a plantées. Le Matt Wright que je découvre dans le miroir débarrassé de sa condensation d'un geste de la main a dans les yeux un éclat nouveau, presque juvénile. J'ai envie de hurler à la vie comme un loup, mais je me retiens car j'ai avant tout besoin de retrouver le journaliste et non l'amoureux. J'adresse à mon reflet un regard dur et déterminé avant de lui lancer un clin d'œil complice.
Quand je présente Penn à Carmen, elle rit. C'est comme la brise sur un champ de fleurs printanières. Lui est intimidé.
" Peter Penn. On dirait presque le nom du personnage du dessin animé.
- Sauf que moi, j'ai grandi. répond-il, piqué au vif.
- Il n'y a aucun mal à garder un peu de son âme d'enfant.
- Je ne suis pas certain de vous suivre, mademoiselle.
J'interviens :
" Tu crois vraiment, Penn, qu'il faut toujours aborder le monde de façon sérieuse ?
- Non, évidemment. Mais il faut aussi savoir garder les chiens attachés.
À cet instant, je doute sur les raisons qui l'ont poussé à me suivre dans le désert. Avait-il envie de marcher dans mes pas ou se contentait-il de suivre les ordres de Laora ?
" Qu'est-ce que tu sous-entends par là ?
- Je me demande où nous mène cette enquête. Nous tournons en rond dans ce no man's land. Je suis même persuadé que vous avez perdu le fil de votre article, Matt. Cette manière de travailler ne correspond ni à ce que j'ai appris à l'école de journalisme ni ce à quoi je m'attendais.
- C'est ainsi que fonctionne le gonzo.
- Vous n'êtes pas Hunter S. Thompson, Matt. Loin de là.
- En effet, je suis Matthew Wright. Et je suis en train de retrouver la flamme. La question est de savoir si je veux encore m'accompagner.
- Pour où ? Pour une nouvelle chasse au dragon ?
- Carmen peut nous mener jusqu'à Homme.
- En ce cas, mademoiselle, où se cache-t-il ?
- Il ne se cache pas. Il se fait juste discret. Il s'est éloigné de la ville car il ne supporte plus ses turpitudes. Ses amis ici respectent ça, mais il est prêt à vous accorder une interview.
- Voyez-vous ça !
- Arrête de jouer au con, Penn ! Nous avons un travail à finir. Ensuite, tu pourras rentrer à L.A., si c'est ce que tu veux.
- Et vous ?
- Ce que je ferai après ne te regarde en rien.
- Je vous emmer...
- Ça suffit, vous deux ! " gronde soudain Carmen.
Ses yeux se durcissent. C'est comme un orage qui éclate en surgissant par-dessus une crête.
" On dirait deux loups qui se battent pour se prouver qui est l'alpha.
- Désolé.
- Moi aussi, je m'excuse. lâche Penn.
- Très bien. C'est mieux ainsi. Nous devrions nous mettre en route avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel. Réglez vos dernières histoires, je vous attends dehors. "
Elle sort sans un regard vers moi. C'est comme le vent qui claque dans le linge en train de sécher sur une corde. Amer, je me tourne vers Penn :
" Tu viens avec nous ?
- Je ne sais pas.
- Ce sera la dernière chose que je te demanderai, Peter.
- Je commence à me dire que je ne crois plus en cette course sans fin.
- On a tous nos moments creux.
- Qui est cette femme, Matt ?
- La Providence, peut-être.
- Alors, vous comptez aller jusqu'au bout ?
- Bien sûr. Ne me demande pas pourquoi parce que ça voudrait dire que tu n'as rien compris à notre métier. "
Par chance, il se tait. Et décide de nous emboîter le pas. En tant que photographe, rien de plus, me prévient-il.
Les hauteurs, les teintes du désert et les heures s'écoulent comme dans un songe onirique. Nous arrivons en vue de Finsbury Park au crépuscule. Carmen se tourne vers nous :
" Attendez-moi tous les deux. Je vais voir si Josh est disposé à vous recevoir maintenant. "
Ce chemin qu'elle emprunte est-il de rubis ou de sang ?

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