515. La vision du Corbeau
Un jour passa.
Nous mîmes la nuit à profit pour nous installer, avec Athéla et Hogarth dans la mansarde d'un ami de Francisco. Confort spartiate, mais ici personne ne nous remarquerait ni ne viendrait nous déranger par erreur. Tout en nous offrant une vue dégagée sur le port, notre navire et les rues proches.
Je m'étais assoupi sur une paillasse lorsque la voix de mon vieux frère attira mon attention. À son timbre éraillé, je devinais que le démon qui l'habitait poussait pour s'exprimer :
" Ah, Graeme. Tu te réfugies dans le sommeil solitaire, mais ton repos est agité.
- Que veux-tu, Hogarth ?
- Juste te prévenir que l'Aigle entend ce que lui souffle le Corbeau.
- C'est quoi, ce charabia ?
- Le Corbeau et le Hibou sont cousins, tu devrais comprendre le message et entendre les rumeurs, mais ta haine t'aveugle. Tu en oublies ton instinct.
Je me redressai, lui fis face.
- Cesse de parler par énigmes, Hogarth.
- Un mal très ancien ronge cette cité. Ses toits bleus ne sont pas aussi calmes que tu le penses, mon ami.
- De quoi parles-tu ?
- D'un bien sombre pressentiment. Et cloîtré ici, je ne peux pas t'aider.
- Si tu essaies de manœuvrer pour sortir de ce grenier, tu n'arriveras pas à tes fins. J'aime autant te prévenir tout de suite.
- En ce cas, tu ne pourras te fier qu'à toi. Et à cette garce d'Athéla.
- Elle est de notre côté. Sa tête est sûrement mise à prix, tout comme la nôtre, après qu'elle nous ait sortis des griffes de Roodbaard.
- Ne vois-tu donc rien, Graeme ? Elle a la trahison dans le sang. "
Je me levais en essayant de cacher au mieux ma fureur. Je vérifiai que les chaînes qui retenaient mon frère d'armes soient bien verrouillées. Le fer mordit sa peau. Leur tintement agita mon cœur longtemps après je fus parti de l'abri.
Mais je fuis la clarté printanière pour l'obscurité d'un tripot. La douceur de l'air m'agaçait, je me sentais sale et indigne. Étais-je en train de perdre les pédales ou subissais-je le contrecoup des tortures infligées par Roodbaard ?

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