573. Montée Castellane
Je m'imaginais ces hommes, d'un courage si extraordinaire qu'il en devenait abstrait, venir par le raidillon qui grimpait depuis les berges du fleuve. Jusque sur le plateau de la bourgade de banlieue.
Je visualisais une belle soirée de printemps, où la lumière bleutée s'attardait indéfiniment. Leurs cœurs n'étaient toutefois pas à la beauté du crépuscule, mais à la teneur de leur réunion. En tendant l'oreille, je pouvais presque entendre le ronflement de leur traction avant. Noire, bien sûr.
En remontant le fil de leur histoire, je comprenais que la toile d'araignée autour d'eux s'était déjà refermée et que l'hideuse bestiole s'apprêtait à les mordre.
Nul besoin d'un esprit aiguisé pour percevoir la stupéfaction, peut-être la colère de mon grand-père, alors résistant dans les monts avoisinants, à l'annonce de leur capture par le régime envahisseur.
Et cette question, prononcée comme un refrain comique avec les amis : qu'aurions-nous fait à la même époque ? Aurions-nous courbé l'échine ou aurions-nous pris le maquis pour se battre ?
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