585. Le départ en vacances

Une minute de lecture

Approchait le moment de boucler pour toujours la maison où nous avions grandi avec mes frères et ma sœur. Ici, le temps s'était arrêté et tout ce qui nous liait à elle n'était déjà plus que souvenirs. Je trouvais encore refuge dans le grenier, à combler cette rupture dans mes vieux magazines.

 " D'un pas décidé, mais discret, Mme Delasne remontait le quai. Au-delà du préau, le beau ciel bleu, prémice de l'été, seulement troublé par la fumée blanche qui s'échappait des locomotives à l'arrêt. Les géants d'acier soupiraient, bichonnés par leur conducteur avant d'être libérés pour le grand départ.

Louis n'avait d'yeux que pour les voitures vert sapin, leurs liserés d'or et à la façon dont, de l'autre côté des vitres, les rideaux sang-de-bœuf capturaient la lumière. Puis, il découvrit le noir mat de l'Adriatic 132, ses pièces métalliques luisantes d'huile, sa force contenue. Il entendit sa mère demander à l'homme en bleu de travail :

 " S'il vous plaît, monsieur, pourriez-vous ne pas trop rouler trop vite ? C'est la première fois que Louis prend le train.

Louis, lui, aurait préféré que la machine fonce à bride abattue à travers la campagne, qu'elle lui montre ce qu'elle avait dans le ventre, qu'il sente le vent s'engouffrer dans ses cheveux, lui fouetter le visage.

Le mécanicien répondit :

 " Bien sûr, madame. "

Puis il se tourna vers Louis et lui adressa un clin d'œil. Complices. "

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