609. Tueurs silencieux
Sur le lieu où pouvait se trouver Christian, nos déductions nous menèrent directement aux geôles du palais. Existait-il meilleur endroit pour maintenir au secret un roi déchu ?
Mon cœur battait l'entre-deux cruel d'un profond dilemme moral. Nous répugnions à laisser notre vieil ami en prison, mais qu'avait-il fait pour se retrouver enfermé en son propre royaume ? Et j'étais confronté à la même question sans réponse. Était-il despotique ou faible ? Si la tyrannie est en soi une faiblesse meurtrière, je pensais à une lacune de caractère dans son rôle de meneurs d'hommes, dans la prise d'initiatives ou la bravoure. J'avais envie de demander à mes compagnons s'ils se souvenaient de lui, à l'Académie militaire, mais le temps n'était pas au palabre.
Nous organisions une mission de sauvetage dans le costume de tueurs silencieux. Des hauteurs de la salle du trône nous plongeâmes dans l'obscurité des cachots. Cliquetis des chaînes, râles depuis les cellules, mains décharnées qui se tendaient au travers des barreaux. Puis Hogarth nous arrêta d'un signe de la main :
" Plus loin, des bruits de bottes sur la dalle.
- Des gardes ? soufflai-je.
- Ça y ressemble.
- On fait quoi ?
- Je pense qu'il va falloir les neutraliser s'ils interposent.
- Fais chier !
- Comme tu dis, Tully. Comme tu dis. Je m'en charge. Vous, trouvez un coin pour dissimuler les corps. " soupirai-je.
Je remontais l'allée jusqu'aux gardes qui faisaient les cent pas devant la plus sordide des oubliettes. L'un des trois hommes en armes me héla :
" Hé toi, cette zone est strictement interdite !
Je n'écoutais pas. Un autre soldat dit :
" Attends, Jörgen, c'est peut-être la relève.
- Un seul gars, mon œil. "
Pointes de lances brandies en ma direction. Mon pas de danse préféré. Je souris :
" Vous me semblez bien nombreux pour surveiller une geôle.
- Du balai, mon gars ! Je ne le répét... " gronda, ou plutôt commença à gronder le premier planton.
Il s'était avancé jusqu'à moi et lorsqu'il tendit la main pour m'attraper, je dégainai mon katana, lui portai un coup en travers de la poitrine, juste sous le pectoral. Il s'écroula contre le mur, le sang se répandant en une flaque sombre sous ses fesses. Une mort rapide mais pas tout à fait indolore. Les deux autres se ruaient déjà sur moi. Dans la précipitation. Erreur fatale. Je cueillis le plus proche d'un estoc à la gorge. Le dernier crût qu'il pourrait m'abattre tandis que ma lame était enfoncée dans la gorge de son compagnon. Il faillit m'atteindre, mais je glissais sur le côté tout en sortant mon wakizashi. D'une main, je n'avais pas autant de force, mais il était pris dans son élan et le ha d'acier l'ouvrit en deux, comme une vulgaire volaille. Il avait rendu son dernier souffle avant de toucher terre. Justice et vengeance étaient les rivages opposés d'une même mer de violence, mais leurs frontières étaient troubles. N'avais-je pas franchi un pont à sens unique en tuant ces hommes ? Tully siffla :
" Nom d'une guigne ! Là, tu n'as pas fait dans le détail, Mack.
- Planquez ces corps. Je m'occupe de libérer le prisonnier. "
Je saisis une torche, m'approchai de la cellule enténébrée.

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