622. Duel d'ombres
Skàli d'ombres et de feu. L'âtre éclairait la pièce de reflets mauvais ; avec Hogarth et Tully, nous nous tenions aux portes d'un affrontement inévitable. Les flammes de leur colère contre notre noirceur froide.
Un regard par-dessus mon épaule et je me rendis compte que les généraux se tenaient autour de nous en un large demi-cercle. Je resserrais aussitôt mon emprise sur la nuque de Christian, lui soufflais à l'oreille :
" Ordonne, comme le ferait un roi avisé, à tes laquais de nous laisser passer. Ou je t'ouvre la gorge en deux.
- Lâche-moi, Graeme, ou ils vous pourfendront.
- C'est ta tête qui est sur le billot, pas la mienne. Qu'on nous permette de partir et tu seras libre de vivre et de mener ta révolution.
- Vous allez mourir, espèces d'idiots.
- Possible, mais tu tomberas en premier.
J'avais la désagréable sensation de me répéter, mais nous ne nous écoutions plus depuis un long moment. J'enfonçais un peu plus le kissaki de mon sabre contre sa gorge. Du sang perla sur l'acier, glissa sur sa peau.
- Ton choix, Christian.
- Il y a là cinq des meilleurs généraux de mon armée, plus deux cents soldats à l'extérieur. Tu crois vraiment que vous avez une chance ?
- Mais tu es leur chef et sans toi, leur guerre vaut-elle d'être menée ?
La valse hésitation dans son regard.
- Putain, Mack, arrête de négocier avec ce fou ! Allons-nous en ! Maintenant ! gronda Tully.
- Tu vis ou tu meurs là, Christian. "
Il détourna son regard du mien, cria :
" Olafsen ! Qu'ils déguerpissent.
- Mon roi ?
- Vous m'avez entendu. Laissez-les partir. Qu'on amène leurs chevaux. "
Lueurs de mort dans les yeux, j'effaçais toute arrogance victorieuse dans les miens. Leurs promesses d'enfer auxquelles nous répondions par l'inutilité d'un trépas dans un combat mal mené.
Ils parurent hésiter, mais leurs armes dégainées ne tremblaient pas et je craignais qu'ils ne tentent quelque chose avant que nous n'ayons atteint les portes du village. Ils nous suivirent menaçants jusqu'au large portail ouvert. Sur ce fil ténu entre existence et mort, chaque faux mouvement pouvait coûter cher. Mais ils n'esquissèrent aucune prétention de nous attaquer. Pour prévenir de toute flèche tirée depuis la palissade, je fis monter Christian derrière Hogarth.
Nous chevauchâmes sur des lieues jusqu'à l'orée d'une épaisse forêt puis nous attachâmes notre otage au tronc d'un sapin.
" Prie tes Dieux pour que tes amis ne tardent pas. Prie avec encore plus de ferveur pour que nos chemins ne se recroisent pas, Christian...
- Parce que nous serons bien moins cléments si d'aventure, tu reviens dans notre giron. le rabroua Tully en posant une main dure sur sa nuque. Avant de lui asséner un violent coup de boule qui l'envoya valser contre le tronc, le nez brisé.
- Tirons-nous d'ici. Je ne tiens pas à croiser le fer avec ces salopards. "
Afin de leur échapper, nous décrivîmes une large courbe. Une fois, au détour d'un escarpement, Hogarth pointa du doigt la poussière soulevée dans leur sillage. À la nuit, nous campâmes dans une grotte peu profonde. L'orage menaçait sur les crêtes environnantes, mais nous n'allumâmes aucun feu.
" Il va sans dire que nous sommes persona non grata en cette contrée. énonça Hogarth.
- Bah ! Les routes ne manquent pas. T'en penses quoi, Mack ?
- Rien, Tully. Absolument rien. Hormis que Delaney avait raison, il ne vaut mieux pas se mêler de la politique des hommes. Ces affaires-là sont bien plus pernicieuses que nos combats contre les démons. "
Et par-delà l'embouchure de notre abri pour la nuit, nous reprenions la route, sur les rivages de la civilisation. Avec pour horizon, la sauvagerie de nos semblables.
FIN

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