L'arbre

de Image de profil de WakapoutouWakapoutou

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Cela fait maintenant quatre ans que je travaille dans ce lieu. Nous y accueillons les enfants pour leur offrir un cadre de verdure et de jeu.

Avec le temps, j’ai fini par acquérir de l’affection pour cet endroit : son grand jardin de verdure et de fleurs, son cadre bucolique en faisaient un excellent lieu pour permettre à mon esprit, quelque peu fragilisé par la vie, de se poser.

J’ai pris l’habitude, en l’absence des enfants, de m’asseoir sur les marches, face au jardin, pour en apprécier chaque détail.

L’herbe y semblait plus verte qu’ailleurs.

Baignée par la lumière du soleil et caressée par le vent, les herbes y dansaient, et les fleurs caressaient mes narines de leurs divers parfums.

Bien que ce ne fût pas le plus charmant des jardins, je me surpris à en faire l’éloge autour de moi ; j’y décrivais même parfois des histoires imaginaires.

Pourtant, je ne sus jamais pourquoi, mais un habitant de ce vaste jardin fut pour moi comme une tache sur ce doux tableau.

Non pas qu’il fît disgrâce, ou que sa présence fût dérangeante, mais mon esprit a toujours nourri une certaine curiosité à son propos.

Il s’agissait d’un arbre.

Bien que je l’eusse voulu, je fus incapable de nommer son origine ou son espèce, mais, pour une raison que j’ignore, il fut à mes yeux le début d’un long questionnement.

Cet arbre massif était gigantesque.

Je dois vous avouer que je me plaisais à penser qu’il avait vu grandir ces lieux et qu’il fut l’observateur silencieux des événements qui s’y étaient déroulés.

Je me surpris parfois à lui parler, provoquant l’étonnement de mes collègues, qui m’ont toujours considéré à part dans mon genre.

À quelques occasions, j’eus de grandes discussions philosophiques avec lui, et peu à peu, ma méfiance devint tendresse, pour laisser place à une affection étrange.

J’aimerais pouvoir dire que je suis de ceux qui sentent la présence de la nature autour d’eux, et qu’ils affectionnent les plantes de manière universelle, mais ce serait mentir.

J’ai toujours considéré les choses pour ce qu’elles sont, mais cet arbre ne me laissait pas indifférent.

J’étais attiré par lui. Comme sous une emprise étrange, je ne pus me détacher de sa présence.

À mesure que le temps passait, je me montrais de plus en plus fébrile à l’idée que d’autres l’approchent.

Ce fut d’abord une jalousie légère lorsqu’on le regardait,

puis, à mesure que le temps passait, je finis par invectiver toute personne posant les yeux sur lui.

Je crains que mon esprit n’ait été quelque peu dépassé par la fatigue, et je ne sus dire pourquoi, mais peu à peu, je lui imaginais un visage.

Ce fut un soir, alors que je dessinais au pied de mon arbre, qu’un événement survint, ancrant notre relation dans une étrange danse.

Comme à mon habitude, je fumais au pied des marches du centre, en balayant des yeux le jardin, lorsque je fus surpris de voir que l’arbre semblait mouvoir ses branches pour me saluer.

Je fus troublé par cela et décidai de scruter quel étrange phénomène la nature faisait jouer pour me narguer.

Cependant, après réflexion, il était impossible qu’il bougeât, en l’absence de vent ou d’oiseaux.

Je mis cela sur le compte de mon imaginaire, ô combien trop créatif, qui avait dû accorder à cette créature noueuse beaucoup plus d’humanité que je ne veux bien l’admettre.

Pourtant, les semaines suivantes, cet événement sembla se reproduire — et toujours dans le même contexte : un soir où j’étais seul, dernier à partir.

Peu à peu, je sentais que quelque chose en moi se brisait, mais je ne fus pas assez honnête pour l’admettre.

Les mois passèrent et je prêtais de moins en moins d’attention à cela.

Je continuais ma vie paisiblement, admirant ce jardin chaque fois que je le pouvais.

Mais un jour, le basculement se produisit.

Un matin, alors que j’étais le premier à arriver pour ouvrir, un doute effroyable me prit lorsque je regardai l’arbre : il semblait s’être rapproché des escaliers.

Je tentai de convaincre mes collègues de cette absurdité sans nom, mais aucun ne prêta attention à mes élucubrations, pensant que je faisais encore preuve de zèle à propos de cet arbre.

Pourtant, j’en étais convaincu : cet arbre avait bougé.

Mon esprit me hurlait d’être rationnel, tandis que mon corps, lui, me chuchotait que quelque chose n’allait pas.

Mon esprit mit peu de temps avant de devenir obsédé par cet arbre, au point que je finis par venir en douce dans le jardin, pour l’observer.

Ma vie se brisa peu à peu.

Je passais mon temps à échafauder des théories sur cet arbre, à hurler qu’il m’écoutait, qu’il n’était pas ce qu’il prétendait être.

Le point d’orgue fut ce moment où, armé d’une tronçonneuse, je fus pris d’une rage folle et incontrôlable.

En tentant de le couper, je blessai un collègue en agitant l’engin comme un fou.

Il ne fallut pas longtemps avant que la police ne me déclare fou et ne m’embarque vers l’asile.

Pourtant, je l’ai vu, au moment où ils me mirent les menottes : j’ai vu le sourire de cet arbre qui me dévisageait, satisfait d’avoir détruit ma vie.

Aujourd’hui, je suis ici, à l’asile de Blanhrung.

Et il est ici aussi.

Cette satanée créature m’a suivi, et a trouvé bon de se placer en face de la cour de promenade...

Chaque jour, il me regarde avec ses yeux, provoquant ma déchéance et riant de ce qu’il m’a fait subir.

Journal intime d’un patient.

S’est crevé les yeux en hurlant : « Il me regarde... il me provoque. »

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L'arbreChapitre2 messages | 5 heures

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