Samedi 27 novembre

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Chère Lara,

J’imagine que tu dois être étonnée d’arriver dans un hôpital. Finalement, notre histoire reprend là où elle a commencé.

Lara, ma chérie, je voulais que tu entrevois la femme que j’étais lorsque j’ai appris que j’étais enceinte de toi. Tout me poussait vers la mort et je m’en rapprochais dangereusement. A l’annonce de cette grossesse miraculeuse, j’ai su que tu étais le signe que j’attendais. Tu étais sortie indemne de ma dernière altercation avec ton… père et je savais que ma mission dans ce monde serait de prendre soin de toi. C’est à cet instant-même que j’ai décidé de m’enfuir. Je devrais peut-être dire « partir » car Paul n’a pas essayé de me retenir à ce moment-là.

Enceinte, pendant deux mois, j’ai passé mes nuits dans des squats avec un couteau caché sous le lit et mes journées à rechercher un emploi. Le peu d’argent que j’avais gagné à la maison close me permettait à peine de nous nourrir et acheter des lingettes pour paraître plus fraîche le lendemain. J’ai finalement réussi à obtenir un emploi dans une petite boutique de puériculture où je m’occupais essentiellement du ménage. La femme était à peine plus âgée que moi et je crois qu’elle avait eu pitié de moi ou plutôt de toi. Elle m’a rapprochée d’une association qui aidait les femmes en difficulté à se réinsérer dans la société. J’ai été merveilleusement accompagnée jusqu’à obtenir un emploi de standardiste dans une grande boîte et pouvoir ainsi mettre un toit sur nos têtes. C’était une maison de fortune mais je ne voulais pas que tu grandisses dans un foyer car ta place était auprès de moi.

Ta naissance a été un tourbillon dans ma vie. Je t’ai vu traverser les années bien plus forte que je ne l’ai jamais été. Il suffisait que tu pénètres un endroit pour que la pièce s’illumine instantanément. Lara, sache que je t’ai aimé, bien plus que je ne me suis jamais aimée. Je t’ai donné mon cœur tout entier et sans retenue.

À tes cinq ans, Paul a cherché à me retrouver. Il n’a pas mis beaucoup de temps à le faire car je n’étais pas vraiment partie bien loin. Son affaire commençait à battre de l’aile. Une personne avait fourni des détails importants à la police sur les agissements illégaux de sa boîte à l’époque où j’y travaillais encore. Il était recherché pour « trafic de mineurs ». Ce monstre m’a terrorisée pendant une semaine jusqu’à ce qu’il m’attaque un soir, chez moi… Tu dormais paisiblement dans ta chambre. Je ne remercierai jamais assez le ciel que tu n’aies pas assisté à la transformation d’une mère en meurtrière.

Le procès a été très rapide. Je m’en suis sortie sans condamnation. Je crois que j’avais rendu service à la société mais cela n’avait pas été sans conséquences pour moi. Après cette histoire, j’ai sombré dans une grande dépression… Je ne parvenais plus à prendre soin de moi et je te délaissais de plus en plus. J’ai alors choisi de quitter mon grand amour. Je t’ai laissé à la boutique de puériculture qui m’avait jadis permis d’obtenir une seconde chance dans la vie. Je savais que la femme qui m’avait aidée ne pouvait pas avoir d’enfant à son grand regret. Je ne saurai jamais si elle avait deviné que j’étais celle qui t’avait portée dans son ventre, son cœur et ses tripes. J’ai voulu maintes fois aller vers elle pour reprendre contact mais quel droit avais-je sur toi après t’avoir abandonnée ? La vie t’offrait une nouvelle chance dans une famille aimante et des opportunités dans la vie que je n’aurais jamais pu te donner.

Aujourd’hui je paye pour la lâcheté dont j’ai fait preuve. Je te demande pardon de ne pas avoir su être plus forte pour toi. On m’a diagnostiquée une leucémie et je dois renouveler mes globules rouges afin de continuer à vivre. Je me rends bien compte de l’impudence de ma demande mais le don de ton sang me permettrait de rattraper un peu du temps que j’ai perdu avec toi durant toutes ces années. Si tu n’es pas prête à me revoir, et je le comprendrais, délaisse cette supplique sans honte, et retourne à ta vie sans remords. Peu importe le choix que tu feras je tiens à ce que tu saches que je suis fière de la femme que tu es devenue malgré moi.

Ta mère

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