Partie 1.2

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Une fois dans la cour, Andréa déposa son sac sur le vieux banc moussu où elle avait l'habitude de s'installer. De là où elle se trouvait, elle pouvait apercevoir la file se former pour le self. Elle ne pouvait pas y aller tout de suite, non, elle devrait attendre son tour, comme chaque jour. Si Andréa se mêlait à cette meute d'affamés, ils profiteraient de ce capharnaüm pour la frapper et la pousser. Alors elle restera sur ce banc pour faire ses devoirs, jusqu'à ce que la voie se dégage.

Quand elle leva enfin la tête de ses cahiers pour voir où en était la file, deux élèves qui passaient devant elle au même moment lui lancèrent :

- Intello ! Lèche-botte !

- Binoclarde !

Andréa fit mine de ne pas les avoir entendus et rangea ses cours en silence. SOn lycée ne disposait pas de casiers et les élèves devaient laissés leurs sacs à l'extérieur le temps du repas. En priant pour qu'ils ne leurs arrivent rien.

Elle rejoignit ensuite la fin de la file en courant. Elle passa rapidement et pénétra dans le self. La plupart des tables étaient déjà prises et il ne restait que peu de places. Alors qu’elle arrivait au choix du dessert, elle reçut un coup de coude d'une fille se tenant, sourire mauvais aux lèvres, derrière elle.

- Hé, pousse toi mocheté, tu gênes ! s’agaça-t-elle les mains sur les hanches.

Andréa détourna vivement le regard et se dépêcha de filer à une place sans se retourner. Les rires des élèves ayant entendu l'insulte la suivirent et remplissaient sa tête. Elle mangea en silence, méfiante, ses yeux parcouraient vivement le self et ceux qui s'y trouvaient. Elle ne pouvait même pas manger tranquillement et la peur rendait âcre les goûts des aliments. Les autres déjeunaient avec leurs camarades, leurs amis. Par deux, par quatre ou en groupe. Elle, elle était toujours toute seule, tous les midis, à une table légèrement à l’écart des autres.

Même lorsqu’il ne restait plus aucune place, ils préfèrent attendre plutôt que de manger avec moi… je suis un monstre ! songeait la jeune fille en soupirant intérieurement.

Quelques heures plus tard, quand les cours furent enfin finis, Andréa attendait son bus, adossée contre le muret du lycée. Mais celui-ci aimait au quotidien allonger sa peine en étant constamment en retard. Pour patienter et s'isoler de nouveau du reste du monde, elle replanta ses écouteurs dans ses oreilles.

Alors qu’elle murmurait le refrain de sa chanson favorite, quelque chose vint la frapper au front. Un caillou. Un deuxième suivit. Puis un troisième, un quatrième. Il en arrivait toujours plus. Elle se protégeait le visage avec son bras et essayait de voir qui l'agressait.

Une fois l’averse finie, elle se dirigea à grands pas vers les responsables, pour le coup furieuse. Deux garçons de seconde se tenaient le ventre, mort de rire .

- Non mais ça va pas bien vous ! hurla-t-elle, incapable de se retenir à nouveau. Vous savez que ça fait mal, bande d’idiots ? Vous pouvez crever un œil comme ça !

En réponse, les deux élèves redoublèrent de rire, se tenant les côtes. La voir s’énerver comme ça était tellement drôle.

- C’est bon, c’est que des cailloux, ça fait pas mal !

- Tu vas pas t’énerver pour si peu quand même, renchérit l’autre. Quelle chochote tu fais !

Devant leur amusement plus que visible, la jeune fille rebroussa chemin en baissant la tête, combien de fois l'avait elle baissé aujourd'hui ! Quand cette journée allait-elle se finir ? Sa main se resserra sur la bretelle de son sac sous le coup de la colère et ses articulations devinrent rapidement rouges vives.

La dernière fois, c’était pas que des cailloux bande d’idiots ! C’était des pierres ! Et ça fait très mal ! J’ai même gardé la bosse pendant une semaine ! Heureusement que maman et papa m’ont crue lorsque je leur ai dit que j’étais seulement tombée… dire que papa m’a traitée de maladroite et s’est moqué de moi…

Elle retourna près des qui attendaient également le bus . La surveillante contrôlant les derniers départs n’avait même pas bougé.

Est-ce qu’elle a entendu au moins ? Ou fait-elle semblant elle aussi, de ne rien voir ? se demanda Andréa en la fixant.

Au bout de la rue, le bus arrivait et s’arrêta devant l’entrée de l’établissement. Andréa monta rapidement et s’assit à une place devant. Si elle était proche du chauffeur, peut être la laisseraient-ils en paix…

Le véhicule n’était pas parti depuis cinq minutes que Jules, un grand garçon costaud, s’approcha d’elle. Ils étaient dans la même classe et se connaissaient depuis l'enfance. Leur bonne entente à l’école primaire avait laissé place à de l’ignorance, puis des moqueries et de la méchanceté en arrivant au lycée. Andréa fit mine de ne pas l’avoir remarqué et resta concentrée sur son téléphone.

- Qu’est ce qu’il y a de beau là-dedans ? demanda-t-il enfin après quelques minutes de silence.

Il empoigna le sac de la jeune fille et se mit à fouiller dedans, se moquant des supplications de l'adolescente.

- Lâche le Jules, s’il te plaît ! Rends moi mon sac ! Rends le moi !

L'idiot termina de vider son contenu sur le sol avant de le mettre sur les rangements du bus situés au dessus des sièges.

- Essaie de le récupérer maintenant ma petite, se moqua-t-il en rejoignant ses copains.

Elle se baissa et entreprit de tout récupérer tant bien que mal en passant sa main sous les sièges. Andréa s'empressa de ramasser toutes ses affaires que ce crétin avait jetées par terre et les posa sur le siège le temps de récupérer son sac. Autour d'elle, tous la regardaient, mais aucun ne l'aidait. Certains riaient, d'autres semblaient gênés de la situation.

Sur la pointe des pieds, bras tendus au possible, elle tentait piteusement de le recupérer. Ses doigts effleurèrent le bas des rangements sans arriver à l’atteindre. Elle essaya une fois, deux fois, trois fois. Au bout du quatrième essai, elle décida de sauter en espérant avoir un peu plus de chance. Cette fois, elle toucha la surface de l’espace de rangement. Mais toujours pas de sac. Elle était trop petite. Même ainsi, elle n’y arrivait pas. Andréa jeta un coup d'œil par la fenêtre et se rendit compte que le trajet en était presque à sa fin, il fallait absolument qu'elle se dépêche, qu'elle trouve un moyen.

En désespoir de cause, la jeune fille monta sur le siège. Elle savait que ce n’était pas du tout prudent ce qu’elle faisait. Mais elle n’avait pas le choix. En se penchant en avant tout en tenant l’espace de rangement, elle réussit à récupérer son bien. Les élèves l’applaudirent en sifflant lorsqu’elle l’attrapa. Elle leur avait offert un magnifique spectacle ! Rouge de honte, Andréa se dépêcha de remettre ses affaires dans son sac.

Lorsque le bus s'arrêta, Andrèa ne se fit pas prier pour le quitter, sans même se retourner. De toute façon elle savait déjà que tous les regards étaient braqués sur elle. Elle les sentaient. Ils suintaient sur son âme et putrifiaient son cœur. Sur le chemin qui la menait à la maison, elle aperçut Jules et sa bande. Fort heureusement, ils ne prenaient pas la même direction qu'elle. Lorsqu’ils furent hors de sa vue, elle poussa un soupir de soulagement. Enfin cette affreuse journée était finie !

L'air était frais et doux en ce début d'automne. Elle ralentit son allure pour profiter d'une promenade qui l'aiderait à vider son esprit.

Dire que la rentrée n'avait eu lieu que quelques jours plus tôt ! Mais qu'allait être le reste de l'année ! Dans ce seul lycée regroupant tous les petits villages alentours, tout le monde ou presque se connaissait. Les rumeurs circulaient rapidement, très rapidement. Et chaque année depuis qu’elle était petite, les humiliations, les moqueries, les insultes, les bousculades, les coups reprenaient. Ceux qui la connaissaient avaient encouragé les autres au fil du temps. Et aujourd’hui elle en était là…

Un miaulement dans la rue d’à côté lui fit tourner la tête. Aussitôt, son visage s’éclaira d’un grand sourire et elle se précipita vers un chat gris qui s’approcha d’elle en ronronnant.

- Salut Filou. Comment s’est passée ta journée ? Tu a découvert un coin inexploré ? Ou tu a chassé des souris ?

Elle fit mine de réfléchir tout en caressant l’animal.

- Ha non, je sais ! Tu as dormi sur le muret du jardin de ta maîtresse !

Le chat lança un « miaou » rauque, semblant approuver les paroles de sa jeune amie, en se frottant contre ses jambes.

- Je suis désolée Filou, mais je dois rentrer. On se voit demain soir.

Elle lui fit un signe de la main et reprit sa route. Il lui restait deux rues à traverser.

Elle connaissait Filou depuis longtemps. Elle l'avait surnommé ainsi car ce petit nom lui correspondait bien. Chaque matin, il se trouvait sur sa route, comme si il voulait l'accompagner, devenir son ange gardien poilu.

Mais leur rencontre ne fut pas des plus banale. Un matin, elle l'aperçut, en plein milieu de la route, se vautrant de tout son long. Angoissée, Andréa lui avait alors hurler de se pousser et de revenir sur le trottoir, mais rien n'y faisait ! Non, au contraire, le chat s'allongea encore plus, en la regardant d'un air ennuyé. Blasé par cette humaine qui bougeait en tout sens et hurlait pour un rien.

Mais la peur fit rater un battement de cœur à Andréa quand une voiture arriva à toute allure vers l'animal. Elle hurla plus fort, si fort qu'elle s'en était presque brisé la voix et avait eu l'envie de sauter sur la route pour aller le chercher, mais elle se ravisa, son instinct de survie prenant le dessus, malgré tout.

Par miracle, Filou finit par se lever, et sans qu'elle ne puisse comprendre ce qui se passait elle ne vit qu’une fourrure grise avant que la voiture ne passe devant elle en rejetant une horrible odeur d’essence.

La voiture continua sa route et laissa enfin la voie livre. Alors qu'elle cherchait le chat, le cœur battant dans sa poitrine, elle l'aperçut enfin, sur le trottoir d'en face, en train de faire sa toilette comme si de rien était ! Soulagée, heureuse, Andréa sauta de joie, et hurla de joie.

Lorsqu'il fut à sa porté, le félin avait levé la tête, plongeant son regard dans le sien. On aurait dit qu’il voulait lui faire passer ses remerciements pour l’avoir mis en garde, même s’il avait complètement ignoré ses cris. Elle l’avait timidement caressé et il s’était laissé faire en ronronnant.

Depuis ce jour, presque chaque fois qu’elle rentrait de l’école, il était là à l’attendre bien sagement, soit au milieu de la route, soit sur le trottoir. Lorsqu’il pleuvait, elle ne le voyait jamais. Il ne devait pas aimer l’eau.

La jeune fille ouvrit la grille de la cour en observant les fils électriques au dessus. Les hirondelles commençaient déjà à se rassembler pour partir en migration.

Elles partent plus tôt que l’année dernière, remarqua Andréa en admirant leurs vols. Qu’elles sont belles ! Elles au moins sont libres, elles peuvent aller où elles veulent… Quelle chance elles ont ! Si j’étais à leur place, j’irais visiter tous ces pays dont parlent les journaux, là où ont eu lieu les plus grandes découvertes, les plus grand reportages !

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