Chapitre 16

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Suzie

Le champagne coule à flot !

Je dois faire attention de ne pas en abuser. Je dois rester digne. Je n’ai pas l’habitude des bulles. Je décide de prendre une flûte et de la faire durer le plus longtemps possible.

Je suis devant le buffet où différents petits fours trônent en abondance. Du sucré, du salé, du chaud et du froid, il y en a pour tous les goûts. J’hésite, tout à l’air d’être si bon mais je ne vais pas tous les goûter. Pas question de s’empiffrer dans ce genre de soirée, ça fait un peu désordre. Je suis une fille bien élevée. Mes parents m’ont appris à me tenir en société et à me montrer sous mon meilleur jour.

- Si j’étais vous je prendrais celui-ci. Ceux-là ne sont pas terrible, je les ai goûtés tout à l’heure et il m’a fallu une flûte de champagne pour en faire passer le mauvais goût, me prévient une femme d’âge mure.

- Je vous remercie de m’avoir prévenu, dis-je timidement.

- Je vais tenter celui-ci alors.

- Très bon choix, Mademoiselle. Oh ! Je dois vous abandonner, mon mari me fait signe. Bonne soirée, me sourit-elle.

Je me décide enfin pour un amuse bouche salé. Je le prends pleine bouche pour ne pas me tacher. Je me délecte et je louche déjà sur seconde bouchée quand une voix masculine m’interpelle.

- Quel homme oserait vous abandonner ainsi ? Si vous étiez ma cavalière je ne vous aurais pas quitté des yeux une seule seconde de peur de repartir seul à la fin de la soirée.

- Le seul et l’unique, Aédan SCOTT ! Il me fait tout un drame pour que j’assiste à cette soirée et à peine sommes nous arrivés qu’il disparaît dans cette foule. Excuse-moi, je me laisse aller, les bulles commencent à faire leur effet.

Greg est un dragueur mais il est sympathique, il m’amuse et me distrait. Je lui explique qu’Aédan m’a délaissé pour un collaborateur, celui-ci a sollicité un entretien en tête à tête. Il y avait urgence d’après lui. Aédan n’a pas caché sa contrariété face à son adjoint.

J’ai senti son bras se serrer comme s' il ne voulait pas me lâcher. Il m’a demandé de bien vouloir l’attendre quelques minutes et qu’il me rejoindrait au buffet au plus vite. Lorsque sa main s’est échappée de mon bras, mon aplomb s’est envolé. Je suis abandonné au milieu de personnes inconnues avec des codes qui me sont inconnus. Si vous n’êtes pas intronisé, on vous tourne le dos, on ne vous adresse pas la parole.

Après avoir échangé quelques mots ou se moquer de certains membres de l’assemblée devrais-je dire, j’indique à Greg que j’ai vu Aédan en grande conversation avec une brune hors catégorie, trop belle, trop grande, trop bruyante, trop agaçante. Ils se sont éloignés et je ne les ai plus revu. Je lui avoue avoir qu’une seule envie, rentrer chez moi mais il ne semble plus m’écouter.

- Amanda est là ? dit-il surtout pour lui même

- Qui est Amanda ? demandé-je étonné qu’il comprenne de qui je parlais.

Tout à coup ma curiosité est attisée. Qui est cette mystérieuse Amanda ? La désinvolture de Greg a immédiatement disparu dès que j’ai mentionné cette femme. Son visage se ferme, son humeur devient plus sombre, il se redresse à l’affût de sa proie.

- Est-ce que j’ai fait une gaffe ? demandé-je inquiète

- Non, non pas du tout mais je devrais peut-être vérifier ce que fait Aédan, dit-il plus pour se rassurer que pour me tranquilliser.

Voilà les conséquences pour m’être laissé aller un peu trop ce soir. Moi qui suis sur la réserve habituellement et qui était particulièrement nerveuse ce soir est tout gâchée. Faut dire que le champagne a dû m'aider un peu à me confier auprès de Greg. Je ne connais aucun invité à part Greg qui a eu la gentillesse de venir me saluer. Un mot de trop et il s’éclipse à son tour. Je vais finir par croire que je fais fuir tous les hommes qui s’approchent d’un peu trop près de moi.

Je suis terriblement seule. Greg m’abandonne à son tour mais d’après lui, Aédan va revenir donc j’attends. Je me sens pris au piège de cette interminable attente. Je ne dois pas rester davantage au bar seul, j’ai peur que le barman pense que je le drague, il n’arrête pas de me sourire depuis le départ de Greg.

Aédan ne va pas m’abandonner ? Une pointe me serre le cœur, j’espère qu’il ne m’a pas oublié ? Je chasse ces mauvaises pensées et me mélange à la foule. Je déteste faire la potiche même si cela m’est souvent arrivé avec mon ex, mes nouvelles résolutions me l’interdisent.

Allez ! Allez ! Tu es une grande fille, pas besoin d’un homme pour gérer ta vie !

J’ai dégusté quelques toasts et terminé ma flûte de champagne. Je ne suis pas à mon aise dans ce monde qui n’est pas le mien. Trop de paillettes, trop de personnes hautaines, trop de tout. Je ne supporte plus ces jeux de regards et de chuchotements à mon passage. Je me sens nu devant tous ces yeux et ces regards presque obscènes, sans retenue. Je cherche un endroit où je pourrais m’isoler.

Je voudrais rentrer chez moi mais je ne sais pas comment repartir d’ici. Réflexion faite, je ne sais même pas où je suis. Je me suis laissé guider par Charles sans poser la moindre question. Il ne m’aurait pas répondu de toute façon. Charles ne m’adresse jamais la parole.

Je suis vexée que Aédan me délaisse après m’avoir pratiquement forcé la main pour que je l’accompagne.

Je suis seule parmi la foule, je ne connais personne, je suis désemparée. J’aimerai pouvoir d’un coup de baguette magique me faire disparaître. La magie ne peut pas grand chose pour moi, ma marraine la fée m’a oublié, faut croire ou minuit n’est pas encore passé. Il me faut une issue de secours. Il me faut une échappatoire, un endroit où je pourrais me cacher de M. ROSSI qui a essayé de m'entraîner dans une conversation peu courtoise en traversant la foule. Il n’est pas mon genre d’homme mais il semblerait que je sois son type de femme. Ou est-ce les bulles qui lui sont montées à la tête ? Je ne lui en tiendrais pas rigueur. Son manque de délicatesse sachant que je suis venu accompagné ne me choque pas, au contraire il m’amuse.

En début de soirée, il m’avait semblé avoir vu d’immenses fenêtres avec une terrasse. Un peu de fraîcheur ne me fera pas de mal pour reprendre mes idées un peu confuses avec les effets de l’alcool. La vue est absolument spectaculaire sur un jardin à la française éclairé de manière subtile. Je me penche sur la rambarde et profite de ce qui s’offre à mes yeux. Je suis plus sereine et me détend lorsque tout à coup une main effleure le creux de mes reins. Je me retourne prête à repousser cette main que je trouve déplacée et reste bouche bée devant cet homme. Je n’en reviens pas, je suis médusée. Dans un coin de ma tête j’espérai que ce soit Aédan mais la vision de cet homme m’effraie plus qu’elle me rassure.

- Bonjour Poussin, dit-il. Tu passes une bonne soirée ? Tu sais que cette soirée est privée, uniquement sur invitation ? Avec qui es-tu venu ?

- Et toi qu’est-ce que tu fais là, répondis-je, abasourdi.

- Moi je suis ici à titre professionnel, balance t-il à Suzie comme si elle ne pouvait être présente à ce type de soirée que pour faire la plante verte. Je me suis dégoté un nouveau job avec pleins d'avantages. Mais tu es splendide ce soir, poussin dit-il les yeux plein de malice. Tu es très sexy dans cette robe. Tu as gagné en assurance dis donc. Je te regarde depuis un moment et j’ai bien vu tous ces hommes qui te regardaient. L’un d’eux n’a pas arrêté de me parler d’une bombasse. J’ai entendu déblatérer ce mec sur ton cul baisable. Te rends-tu compte à quel point je me suis senti mal à l’aise à écouter ? … Poussin ! … Qu’elle ne fût pas ma surprise quand je me suis aperçu qu’il parlait de toi. Mon poussin ...

- Non Jean ! Tu as perdu le droit de m’appeler « poussin » depuis que tu m’as foutu dehors. Et ne me touche pas ! Ça aussi tu en as perdu le droit, râlé-je. Tu n’as aucun droit sur moi, sur mon cul et ne me touche pas !

- Te voir ce soir déambuler parmi les invités m’a fait remonter les souvenirs de nous à nos débuts. Tu te souviens comment on était heureux ensemble ?

- Arrête ça tout de suite et laisse moi, s’il te plaît, imploré-je.

Il continue de cracher ses souvenirs, il me dit qu’il repense souvent à notre vie de couple, qu’il n’aurait jamais dû accepter de me virer. Il regrette d’avoir cédé à la pression de la direction. Il ne cesse de répéter que je lui manque, il me sort les violons, les yeux presque humides.

Il essaie de m’attendrir, je ne rêve pas. Que des larmes de crocodiles !

Il me fait la liste des bons moments que nous avons eu. Plutôt ceux dont ils regrettent, ceux où j'étais l’égal d’une serpillère. Sa litanie m’exaspère. Je comprends ce qu’il essaie de faire. Il veut que je me sente coupable de notre rupture et que je revienne vers lui en rampant. Il utilise le manège qu’il utilisait quand nous étions ensemble. Il n’a pas changé et ne changera donc pas !

Je me suis toujours effacé devant lui lorsque nous étions ensemble. Je le laissai décider de tout et j'acquiesçais comme une brave bête, fidèle. Il ne m’imposait rien de force, il n'en avait pas besoin. Il y avait beaucoup de douceur et de dureté dans son ton et je finissais par accepter son choix qui à l'évidence était le mieux que je puisse obtenir. Ces mots, son phrasé était si dur qu’il n’avait pas besoin de brutalité pour se faire entendre et surtout se faire comprendre. Sa technique était infaillible. Il m’humiliait, me rabaissait, me faisait sentir comme une pauvre merde, une moins que rien. A cette époque je le voyais comme mon protecteur, mon amoureux, celui qui prenait soin de moi. J’étais sous son emprise, amoureuse. J’avais la sensation que je méritait ce que j’endurait puisque j’étais une mauvaise maitresse de maison, mauvaise femme d’intérieur et mauvaise amante. Il était légitime qu’il soit déçu de moi.

Je n'arrive plus à concevoir de vivre de cette manière, enfermée et asservie.

Ce soir je ne me laisserai pas faire. Notre rupture m’a fait beaucoup réfléchir. J’ai eu de grandes et longues discussions avec Annie sur ce sujet. Elles m’ont fait mûrir et je suis résolu à ne plus laisser quiconque décider pour moi-même. Je ne compte plus me flageller pour les maux de Jean. Je dois rester ferme, ne pas faillir. Je ne tomberai pas dans ses bras comme une collégienne en manque d’amour si c’est ce qu’il croit. Il va tomber de haut, le pauvre.

En plus, tout est de sa faute ! C’est lui qui a pris la décision de mettre fin à notre relation. C’est lui qui m’a viré sans émettre le moindre remord. Mais j’en suis plus que satisfaite. Il n’a plus d’emprise sur moi et je dois le lui faire comprendre.

- Tu es en manque de baise ? Tu n’as trouvé personne qui voulait de toit ? Dis-moi, tu n'espérais pas conclure avec moi ce soir ? asséné-je furieuse.

- Ouh … Tu deviens vulgaire, Suzie. Tu ne m’as pas habitué à ça. Tu aurais bien besoin que je te rappelle à quelle place tu dois te tenir devant moi, maugrée-t-il.

- Et toi tu as un peu trop bu. Je ne suis plus la même Suzie. Tu devrais aller retrouver tes collègues au bar et me laisser tranquille, râlé-je.

Je tente de le planter là mais il m’attrape le bras si fermement qu’il me fait sursauter. Je ne le reconnais pas. Il n’avait jamais usé de fermeté ou de violence physique avec moi, il n’en avait jamais eu besoin jusqu’ici.

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