Chapitre 20

7 minutes de lecture

Suzie

Annie comme d’habitude est venue à ma rescousse. Elle me pose d’innombrables questions sur le chemin du retour auxquelles je n’ai pas la force de lui répondre. Qui peut bien habiter dans une telle demeure ? Chez qui ai-je dormi ? Je lui promets de tout lui raconter après une bonne douche. Je lui dois une explication mais je me sens sale, je ressens un besoin vital de me laver. Je sens encore les mains moites de Jean sur mes bras, son souffle alcoolisé dans mon cou.

A peine sortie de la salle de bain, Annie me saute dessus. Elle est déterminée à avoir des réponses aux questions qu’elle se pose. La nuit fut courte, le marchand de sable me susurre d’aller retrouver mon lit douillet. Je lutte contre le sommeil qui m’appelle, je dois répondre à la grande inquisitrice avant de pouvoir espérer dormir.

Alex ne viendra pas à mon aide puisqu’il s’est éclipsé lorsque j’étais sous la douche. Je soupçonne fortement Annie de lui avoir suggéré de nous accorder un peu d’intimité. Je n’ai pas d’échappatoire et l’interrogatoire commence. Les questions pleuvent, elle est tout excitée que j’ai pu avoir une relation avec un autre homme.

L’obligation de lui raconter ma soirée s’impose.

- Raconte-moi Suzie ce qui s’est passé, tu as l’air toute chamboulée. Il a pas été à la hauteur, c’est ça ? dit-elle pour détendre l’atmosphère pesante de mon mutisme.

Je lui raconte le récit de mes péripéties d’hier soir. Je lui explique comment Aédan a osé me planter au milieu de la soirée alors que je ne connaissais personne pour cette déesse. Je sais bien que je ne faisais pas le poid devant cette brune au corps sculptural qui n’a laissé aucun homme de glace. Certains maris ont été rappelé à l’ordre par leur femme, ce qui m’a fait sourire sur le moment.

Je lui avoue avec amertume la présence de Jean à cette soirée et comment il m’a traité. Comment il a essayé de me forcer à le suivre. La douleur physique et morale qu’il m’a fait subir quand j’ai osé lui résister. Je lui raconte que mon chevalier en armure blanche est venu à mon secours après m’avoir delaissé et mon éclipse au petit matin de chez Aédan sans explications.

Je n’avais pas la force de lui parler de Jean et de notre histoire. J’ai préféré fuir. Je ne suis pas fier de moi. Comment devrais-je réagir lundi matin au bureau ? Il me demandera des explications et je ne saurais pas quoi lui répondre. Devrais-je faire comme si rien ne s’était passé, faire l’autruche ? Je dois dire que cette option me tente beaucoup. Il n’y a qu’Annie qui est au courant de mon passé. J’en ai parlé à Maddie mais je ne lui ai pas raconté toute l’histoire. Je ne sais donc pas comment je pourrais expliquer à Aédan ce que je n’ai pas pu me résoudre à dire à Maddie.

Annie me prend dans ses bras et nous nous étreignons pendant que mes larmes coulent à nouveau espérant que celles-ci effacent toute pudeur. Je me sens stupide après cette soirée effroyable. Je m'autorise aujourd'hui à laisser perler les gouttes d'eau sur mes joues honteuses car demain je devrais reprendre une posture digne et je devrais affronter Aédan.

Quelques minutes s’écoulent et Annie me confesse que Jean a essayé de reprendre contact plusieurs jours après mon départ. Elle n'a pas résisté, elle lui a dit ces quatres vérités et il n’a plus tenté de me recontacter jusqu’à hier soir apparemment. Annie est un vrai pitbull avec les gens qui me veulent du mal. Ces mots me réconfortent, elle me protège depuis notre enfance. C'est un réflexe pour elle, ça ne me surprend pas, au contraire ça me réchauffe le cœur. Elle est la seule sur qui je peux compter.

- Je comprends mieux ses propos d’hier, répondé-je. Ne t’en veux pas Annie ! Tu m’as protégé ! Tu avais raison ce n’est pas quelqu’un de bien, dis-je pour la rassurer et me réconforter. Je te remercie d'avoir pris soin de moi après ma rupture. J’aurais dû m’en rendre compte avant mais on dit que l’amour est aveugle, dis-je en rigolant.

- Le principal est que tu es ouvert les yeux. Tu as gagné en assurance et tu t’es rendu compte que tu n'as pas besoin d’un homme qui gère ta vie. Maintenant il faut tenir bon et ne plus laisser personne te faire du mal. Aédan t’as tendu une main et tu as su la saisir, ça t’aura au moins permis de te rendre compte que tous les hommes ne sont pas comme Jean. Les hommes peuvent être serviables et attentifs voir chevaleresque. J’aurais tellement voulu t’éviter de vivre ce calvaire, j’aurais voulu de protéger davantage.

- Tu n’y es pour rien Annie. Il était charmant au début, attentionné, aimant, le petit ami parfait. Puis au fur et à mesure de notre relation il y a eu des changements imperceptibles. Il a réussi à me faire croire que cela venait de moi. Son comportement était vicieux et pernicieux. J’ai pas su voir les signes ni écouter mon entourage. Je m’en veux d’avoir été aussi stupide !

Nous nous sentons coupable, l’une pour ne pas avoir su ouvrir les yeux et prendre conscience du mal que cet homme lui faisait et l’autre de ne pas avoir réussi à la protéger d'elle-même. Je suis une femme adulte qui dorénavant essaiera de prendre des décisions d’adultes tout en prenant conseil auprès de ma soeurette adorée. Plus personne ne gérera ma vie, je suis la seule capitaine à bord de mon navire.

- Je me demande si je t’avais averti que Jean essayait de reprendre contact avec toi, est-ce que tu n’aurais pas réagi autrement ? N’aurais-tu pas accouru vers lui en t’excusant ? Il t’a fait beaucoup de mal et il continue encore à te nuire. Il faut réagir, Suzie ! Tu devrais aller porter plainte pour l’agression d’hier soir.

- Je ne peux pas Annie ! Il s’agissait d’une soirée professionnelle avec des personnes qui n'aimeraient certainement pas être liées à cette altercation. Je ne suis pas sûr non plus qu’Aédan apprécierait de la mauvaise publicité de la part de son assistante intérimaire. J’ai eu la poisse ! Voilà tout ! Quel risque j’avais de le croiser à ce gala ? Le pourcentage devait être minime voire nul. Si j’avais eu le moindre doute de le croiser je n’aurais jamais accepté d’accompagner Aédan.

Pendant mes petites confidences avec Annie, Aédan m’envoie des SMS. J’abrège nos échanges, je n’ai pas la force de l’affronter même à distance. J'espère avoir rassuré Aédan tout de même avec ces quelques mots échangés.

Annie n’a pas remarqué avec qui j’échange, je ne voudrais pas qu’elle me lance sur le sujet Aédan, simplement boss ou boss plus plus. J’ai l’impression que son œil n’a pas trainé sur mon téléphone jusqu’à ce qu’elle aborde le fameux sujet. Annie prend sa voix adoucit pour entamer cette discussion trop sérieuse pour moi en me titillant :

- Il s’est présenté comme étant ton mec tout de même ! Tu crois pas qu’il aimerait un peu plus qu’une relation professionnelle ?

- Annie, s’il te plaît ! Il a dit ça uniquement pour faire réagir Jean et ça à fonctionner. Il voulait simplement le faire lâcher prise.

- Il te plaît ton boss, hein !? Dit-elle d’un air taquin.

- Annie tu crois que c'est le moment ? Dis-je agacé. Je suis fatiguée, je voudrais aller me coucher, s’il te plaît.

- Oui c’est le moment Suzie ! Il faut remonter en selle sans tarder quand on tombe de cheval !

- Tu es impossible Annie ! OK parfois nos regards se croisent mais je ne sais pas ce qu’il pense. Ses yeux sont impénétrables et son visage est insondable. Il n’est pas très expressif et encore moins expansif. Je ne veux pas d’une autre relation ambiguë pour le moment. En plus il y a cette brune qui à l’air de compter plus pour lui que moi, dis-je dépitée.

- Une brune. T’inquiète, les brunes ne tiennent pas la distance face à une jolie blonde, se marre-t-elle.

- Tu es incorrigible !

Le reste de mon dimanche, je le passe dans ma chambre à ruminer. Je m’autorise à tourner et retourner dans mon esprit cette soirée avec toutes ses émotions. J’ai vécu les montagnes russes. Mais attention demain, je reprends mon rôle d’assistante et rien d’autre. Ma sœur et Alex m’ont invité plusieurs fois à venir faire la larve devant la télévision pour nous détendre. Ils ne voulaient pas que je me sente mise à l’écart. C’est juste que j’ai besoin de m’isoler pour réfléchir et anticiper les réactions pour demain. Une habitude que j’ai prise en vivant aux côtés de Jean. Anticiper, prévoir, désamorcer les situations pour qu’elles ne n'explosent pas en pleine face. Est-ce une bonne ou une mauvaise habitude ? En tout cas, elle me permet d’envisager mon retour lundi matin plus sereinement.

Dimanche soir, après avoir envisagé toutes les situations possibles, je décide de sortir de mon antre et je cède à leur invitation de regarder la comédie programmée à la télévision. Mon envie de rire prend le dessus et le week-end se termine dans une euphorie qui me fait un bien fou.

Annotations

Vous aimez lire C. Bédéhache ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0