Chapitre XLV ― L'Ancrage (Final)

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Ellie lâcha le cordon du rideau métallique, laissant la vitrine ouverte sur la nuit parisienne. La lumière dorée de la librairie déversait son éclat sur le trottoir, découpant la silhouette d'Emma avec une netteté presque photographique.

Elle ne bougea pas. Elle laissa Ellie s'approcher, laissa l'espace entre elles s'amenuiser jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le battement de leurs cœurs. Ellie leva les mains et saisit les revers de la veste de laine de Emma. Le tissu était froid, imprégné de l'hiver, mais le corps dessous était brûlant de vie.

Elle ancra son regard dans celui d'Emma. Elle y vit tout : la douleur de New York, la solitude de Meudon, la rudesse des falaises et, enfin, cette clarté nouvelle qui n'appartenait qu'à elle.

— Ne repars pas tout de suite, murmura Ellie.

Emma ne répondit pas avec des mots. Elle réduisit les derniers millimètres.

Le baiser fut d'une simplicité désarmante. Il n'avait rien de l'urgence fiévreuse de leurs débuts. C'était un baiser de retrouvailles, profond et lent, qui portait en lui la saveur de tout ce qu'elles avaient surmonté. C'était un baiser qui disait merci — merci d'avoir tenu bon, merci d'avoir brisé le miroir, merci d'avoir attendu.

Sous ce contact, Ellie sentit la tension des derniers mois s'évaporer. Ce n'était plus un lien seulement spirituel ou intellectuel. C'était le poids d'un corps contre un autre, la certitude de la peau, l'évidence de deux êtres qui s'étaient enfin trouvés après s'être longtemps cherchés dans le noir.

Emma passa ses bras autour de la taille d'Ellie, l'attirant contre elle avec une force tranquille. À cet instant, la librairie n'était plus une cage, et l'ombre n'était plus une menace. C'était leur territoire.

Ellie rompit doucement le baiser, mais resta tout contre elle, son front posé contre le menton d'Emma. Elle sentit un rire léger, presque imperceptible, vibrer dans la poitrine de la photographe.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ellie.

— Rien, répondit Emma en plongeant ses doigts dans les cheveux d'Ellie. C’est juste que... pour une fois, je n’ai pas envie de prendre une photo. Je veux juste rester là.

Ellie sourit et l'entraîna vers le fond de la boutique, là où le thé fumait encore. Derrière elles, sur le rebord d'une étagère, le livre de Rilke reposait, immobile. Sa mission était accomplie. Il n'était plus un messager, il n'était plus qu'un livre parmi tant d'autres, dans une petite librairie de la rue de la Parcheminerie où deux femmes apprenaient, enfin, à ne plus avoir peur de la lumière.

FIN

« C’est ici que s'achève l'histoire d'Emma et Ellie. Merci infiniment à vous, lecteurs, de m'avoir suivie jusqu'au bout. Écrire ce livre a été une aventure faite de doutes et de passion, et savoir que ces mots ont trouvé un écho chez vous signifie beaucoup pour moi. Si l'histoire vous a touchés, n'hésitez pas à laisser un avis final ou à partager l'ouvrage autour de vous. »

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