[A5] Scène 8 : Hortense
Hortense, Stanislas, Aliane, Aristide, Alvare
Ae 3894 – cal. XXVIII
Hortense aurait préféré rester. Rester au fond de son lit avec ses souvenirs. Autant de bribes d’enfance qu’elle peinait à comprendre. Des souvenirs de son père, surtout. De ses silences, de ses colères, de ses yeux tristes. Des souvenirs de sa mère, aussi. De ses non-dits, de ses remontrances, de ses sanglots la nuit. De leurs silences entrecoupés d’une rage mutuelle restée inexpliquée. Des silences feutrés de la forêt de Baelfire troublés de temps à autre par un bruit d’explosion, un pisque ou un entome imprudents, un arbre qui éclate comme un ballon d’écorce et de feu. Des souvenirs de Dorian. Des traits de Dorian, taillés à la serpe, et de ses regards qui taillaient comme des rasoirs, du haut de sa silhouette élancée, maigre à faire peur dans sa gabardine noire. De l’ombre de Dorian comme une entaille dans le réel, une griffure noire au fond de ses rêves. Des silences de Dorian comme des entailles dans les discussions, les rares discussions qu’elle avait surpris entre lui et son père, deux hommes qui se toisaient plus qu’ils ne se parlaient, qui passaient pour amis sans en avoir l’air. De cette amitié qui cachait quelque chose, quelque chose d’indicible que Dorian gardait dans ses silences comme les trichronographes dans son jardin. Des trichronographes qu’on avait déterré et volé, des tombes profanées. Hortense sentait qu’il y avait quelque chose, dans cette terre retournée qu’elle avait aperçue, la dernière fois qu’elle avait mis les pieds chez Dorian avec son père. Cette terre évidée cachait quelque chose, mais quoi ? Qui avait bien pu faire cela et pourquoi ? Était-ce l’Inkorporation ? L’armée ? Hibenquicks et ses hommes ? Dorian, parti en emportant son trésor ?
Dorian avait-il su pour l’attaque ?
Hortense avait tourné et retourné la question, tourné et retourné son corps maigre et gelé au fond de ses draps, à fuir la réalité et le froid, à louvoyer entre rêve et songe pour comprendre ce qui était arrivé à Dorian. Ce qui était arrivé à son père, à sa mère, à des frères dont elle connaissait vaguement les noms, comme des échos lointains mais qui n’avaient jamais été autre chose que des fantômes, des illusions, perdus quelque part, n’ayant peut-être jamais existé, n’étant peut-être même jamais nés ?
« Va dire à ta mère que c’est fait. »
Quoi donc ? Qu’est-ce qui avait été fait ? Qu’avait donc fait son père ? Qu’était-il advenu de ce petit paquet silencieux laissé sur la table où brillait toujours une chandelle ? Cette chandelle de cire grossière qui projetait sur l’alcôve de la chambre parentale des ombres insaisissables. Qu’avait donc fait son père ? Sa mère ? Qu’avait donc fait Dorian, ce jour-là, avant de disparaître ? Hortense aurait voulu savoir.
Elle aurait voulu qu’on la laissât seule au fond de son lit avec ses rêves, plutôt que de se faire traîner dehors pour honorer l’invitation de son ennemi.
« Faites un tour sur la gauche, puis un tour sur la droite, entendait-elle dans le couloir. Tu y es, Stanislas ?
— Quoi ? »
Aliane poussa un soupir.
« Je suis en train de te lire les instructions. Écoute-moi, un peu ! Il faut faire un tour sur la droite, puis un tour sur...
— Avec quoi ? Avec ça ?
— Mais oui ! Tu le mets dans la serrure et tu tournes !
— Tu es sûre que ça va rentrer ?
— Essaie et on verra. Allez, un tour sur la droite… Non, ce n’est pas ça. »
Assise sur son lit, prête contre son gré et emmitouflée sous trois couvertures, Hortense soupira à son tour. Son frère lui avait rapporté qu’ils avaient reçu une lettre cachetée du professeur Withingus le matin-même. Elle contenait une sorte de petite clé et des instructions pour s’en servir. La clé devait les aider à entrer chez lui, de l’autre côté de la place Beddington, sans avoir à traverser ladite place.
« Mais tu es sûre que ce n’est pas un piège ? »
Stanislas n’eut pas de réponse. Hortense ferma les yeux. La vérité, c’était qu’Aliane n’en savait rien, mais elle refusait d’admettre qu’elle avait tort, comme à chaque fois. Quitte à les mettre à nouveau en danger. Comme de bien entendu, leur mère finit par prétendre que ce ne pouvait pas être un piège, puisque c’était Alvare qui les avait prévenus. Selon elle, il y était déjà, d’ailleurs, à les attendre, et elle paria qu’il leur reprocherait leur retard. Comme s’il fallait faire confiance à ce gratte-papier, lui qui essayait de se débarrasser d’eux depuis le début.
« Ça ne marche pas, rapporta Stanislas.
— Comment ça ?
— Quand je tourne sur la droite, ça ne marche pas. Ça ne veut pas tourner.
— Quoi ? Mais il faut tourner à gauche, d’abord ! Tu m’as écouté, au moins ?
— Mais oui ! Tu as dit… »
On remua dans le couloir.
« Ce n’est pourtant pas compliqué ! ruminait Aliane. Un tour à gauche, puis un tour à droite. Tu verrouilles et tu déverrouilles. »
Hortense l’entendit s’acharner sur la serrure de sa chambre, où ils avaient décidé d’essayer la clé. Un craquement, puis un autre. Verrouillage, déverrouillage. Des voix d’hommes leur parvinrent alors, étouffées, de l’autre côté du vantail, avec un vague air de musique.
Crétins.
Un piège, c’était forcément un piège. Et ils se jetaient dedans. Hortense entendit la poignée tourner. La porte grincer. Les voix, de l’autre côté, s’étaient tues. Puis il y eut des exclamations. La voix d’Alvare les fustigea sur leur retard. Celle d’un autre les invita à entrer. La voix d’un homme qui, dans les souvenirs d’Hortense, portait un haut-de-forme, un masque de pilote, un manteau noir et une écharpe verte. Son ennemi.
Elle l’entendit se présenter à son frère, s’extasier sur sa taille (« Comme il a grandi ! »), leur demander ce qu’ils désiraient boire, les inviter à prendre de quoi grignoter. Hortense espéra qu’on refermerait la porte et qu’on l’oublierait dans sa chambre. Elle grogna quand sa mère rappela qu’elle ne pouvait pas se déplacer seule. La jeune fille vit bientôt Aliane revenir sur le seuil, accompagnée de celui dont elle n’avait vu le vrai visage qu’en photo dans le journal. Elle croisa ses yeux verts luisants et préféra fixer le sol.
« Bonjour Hortense. »
Il pénétra dans sa chambre et s’arrêta devant son lit. Comme il s’agenouillait pour se mettre à sa hauteur, elle détourna encore les yeux.
Dégage.
« Je suis vraiment navré de te trouver dans un tel état, lui glissa-t-il sur un ton qui se voulait compatissant. Ta mère m’a fait part de ta maladie. Ta santé nous préoccupe beaucoup. »
Hortense toisait le parquet sans rien répondre. Du coup de l’œil, elle avait aperçu son petit sourire et ses sourcils plissés dans une expression triste. Il lui donnait envie de vomir.
« Il fait plutôt frais, chez vous, ajouta-t-il. Ça ne doit pas aider. »
Hortense leva les yeux. Le sourire de l’ennemi s’élargit timidement. Avec la rigidité d’un cadavre, elle esquissa un geste pour se pencher en avant. L’ennemi scruta sa réaction avec une sorte de curiosité ou d’attente. Lentement, elle s’inclina vers le bord du lit. Et lâcha un mollard dégoulinant.
Aliane se précipita pour la redresser et essuya sa bouche et ses draps d’un revers de mouchoir.
« Excusez-la, elle est un peu aigrie.
— Ce n’est rien, assura l’ennemi avec un petit rire gêné. N’importe qui serait de mauvaise humeur, dans son état.
— Chez elle, c’est habituel. »
Tandis qu’il partait chercher un siège pour aider à la transporter, Aliane resta près d’elle. Mère et fille se fusillèrent du regard.
« Hortense, s’il te plaît. Si tu dois te montrer désagréable, je préfère que tu économises tes forces.
— Va te faire foutre. »
La haine pinça les lèvres d’Aliane. Withingus reparut alors. Un siège aux coussins tapissés de velours vert flottait à sa suite et se posa devant le lit. Hortense se tassa sur elle-même quand ils parlèrent de la mettre dedans. Elle voulut se débattre quand l’ennemi la prit dans ses bras pour la poser dans le fauteuil. Elle n’avait pas de force et, à en juger par la facilité avec laquelle il la souleva, elle ne devait pas peser lourd non plus. Quand il se fut assuré qu’elle était bien assise, il signa. Elle sentit l’assise décoller du sol et se pétrifia. Sa mère la retint contre le dossier, au cas où l’envie de se laisser choir lui traverserait l’esprit. Ils l’entraînèrent dans la pièce voisine, qui n’était plus la chambre d’Aliane mais un grand salon jalonné de fauteuils et de canapés semblables à celui où on l’avait assise. Au fond de la pièce faiblement éclairée, le feu brillait dans l’âtre d’une cheminée qui, comme les placages moulurés des murs, était peinte en vert olive. Alvare se tenait juste à côté, un verre à la main. Il poussa une nouvelle exclamation ironique en la voyant entrer sur son fauteuil volant. Assis sur le canapé qui trônait au milieu de la pièce, Stanislas avait la bouche pleine et une expression de surprise devant ce qu’il devait considérer comme un miracle.
« Tenez, nous allons la mettre près du feu, suggéra Withingus. Et nous pouvons refermer, à moins que vous ayez quelque chose à récupérer chez vous ? »
Aliane répondit que non. Aussitôt, le passage qu’ils avaient emprunté se referma. Ainsi clos, on eut dit une simple porte de placard qui se confondait avec la cloison. Alvare salua le procédé avec un hochement de menton :
« Ingénieux ! Heureusement que nous sommes invités chez le descendant de Victor Withingus, l’inventeur des clés à syntonisation. Sans cela, on attendrait encore ma chère sœur et ses enfants.
— J’ai pensé que ce serait l’occasion de vous remettre cette clé, glissa le professeur à Aliane en lui tendant un verre de vin. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pourrez l’utiliser pour venir me trouver. Je vous accueillerai avec plaisir. »
Aliane le remercia silencieusement, avec un sourire poli.
« Et moi, je ne peux pas avoir ma clé ? lança Alvare, taquin. J’ai plus de distance à parcourir, depuis l’Hôtel de Ville. Cela m’épargnerait des engelures et quelques crampes.
— Vous, vous n’avez pas besoin de moi », lui rétorqua Withingus.
Alvare pouffa mais ne répliqua rien, se contentant de boire une gorgée. Hortense n’en dit rien non plus, mais n’en pensa pas moins. Quand son ennemi lui proposa à manger et à boire, elle refusa tout, l’œil torve et les lèvres scellées. Elle n’avait peut-être pas la force de lui dire ses vérités ni de lui donner des coups, mais elle ne comptait pas dépendre de ce salaud. Et elle escomptait le lui faire comprendre par tous les moyens.
« Ah ! J’y pense, se rappela ce dernier. Avant que nous passions à table, j’avais quelques petites choses pour vous. »
Il effectua un signe. Sous les exclamations de surprise, une grosse cassette se matérialisa au milieu du salon. Un autre signe et elle s’ouvrit toute seule. Leur hôte s’en approcha et attrapa quelque chose de volumineux à l’intérieur. C’était l’étui du théorbe de Stanislas. Celui-ci, toujours occupé à se baffrer, bondit alors.
« J’avais promis de le faire réparer, car il avait un peu souffert, leur expliqua le professeur. Toutes les cordes ont été changées et les accrocs sur l’étui réparés. Il ne reste plus qu’à l’accorder ! »
Sur les instances de sa mère, Stanislas remercia le professeur. Il s’empressa d’ouvrir l’étui pour s’assurer de l’état de son instrument. Contre l’avis de sa mère, il en pinça les cordes. Withingus assura que ça ne le gênait pas et éteignit même la musique pour profiter des accords. À ce premier présent, il avait joint un petit recueil de poèmes qui suscita moins l’intérêt du jeune garçon que celui de leur mère. Celle-ci se vit offrir, non sans tenter de masquer sa gêne, un bouquet de fleurs rouges et des chocolats qui, eux, ne manquèrent pas d’attiser la convoitise de son fils. Et la colère de sa fille.
« Enfin, pour Hortense, poursuivit le professeur, du thé noir, car j’ai ouï dire que tu en buvais beaucoup. J’ai pris bergamote et un autre parfum que je te laisse le soin de découvrir. Et voici également quelque chose qui, je l’espère, devrait t’intéresser. »
Il lui tendit un paquet – le dernier que contenait la cassette, releva Alvare avec une déception palpable. À en juger par sa forme rectangulaire, c’était un livre. Comme si le dîner et la seule intention de faire des présents aussi gênants n’étaient pas assez. Comme Hortense ne bougeait pas, Aliane s’approcha pour déballer le livre pour elle. À la vue de la couverture, ses traits se durcirent. Elle leva vers le professeur un air tout à la fois interrogatif et réprobateur.
« Qu’est-ce que c’est ? s’intéressa Alvare en se penchant pour lire le titre. Tiens donc ! La biographie de Délia Warnon. Curieuse lecture que vous proposez là.
— À L’Harkoride, là où Aliane vivait recluse avec ses enfants et Édouard Warfler, il y avait une Chtonienne, une certaine Mariel, rapporta Aristide. Elle s’était donnée pour mission de veiller sur le sanctuaire de Délia Warnon, qui se situe dans le Mont Harkor,
— Mariel ? s’enquit Stanislas en entendant parler de leur ancienne mentor. Elle va bien ?
— Elle va bien, oui. La dernière fois que je l’ai vu, du moins. Elle a refusé de quitter la dimension avec les autres habitants de la colonie, alors je suis resté avec elle et je me suis assuré que l’Inkorporation ne les trouverait pas, elle et le sanctuaire. Elle m’a raconté qu’elle avait commencé à éveiller vos Sens, à toi et ta sœur, et à vous parler de l’Essence, même si vous étiez encore un peu jeunes, surtout toi. Vos Sens commençaient tout juste à se manifester. C’est une tâche que j’aimerais bien poursuivre, d’ailleurs.
— Il ne vaut mieux pas, refusa Aliane, les traits toujours fermés. Ni leur proposer ce genre de… lecture. Hortense et Stanislas passent pour des hybrides, il n’y aucun intérêt à ce qu’ils apprennent à manipuler l’Essence, ni à s’identifier à des Sens mêlés. »
Pour une fois, Hortense s’accordait, au moins en partie, avec sa mère, même si cela l’aurait tuée de l’avouer. Elle avait entendu dire que l’Inkorporation aidait les néantides de Sens mêlés à découvrir leurs dons et leur manière de signer pour mieux cerner les usages possibles de leur Sens une fois absorbé.
« Je ne leur apprendrai pas à signer si vous ne le souhaitez pas, assura Aristide. Je pense toutefois qu’il serait bénéfique pour eux d’apprendre à mieux percevoir l’Essence et ses effets sur l’environnement. C’est une chose dont les hybrides sont capables et que l’on attendra donc d’eux de toute façon. Et puis, dans le cas d’Hortense, je pense que cela peut aussi jouer sur son état. La Dégénérescence est souvent le signe d’une rupture avec l’Essence et peut entraîner des difficultés à la percevoir, ce qui aggrave ledit sentiment de rupture et alimente un cercle vicieux jusqu’à l’issue funeste. Cela a naturellement des effets sur le contrôle de l’Essence qui ne sont pas dépendants du sujet. Je pense que Hortense, par exemple, ne se rend pas compte qu’elle génère le phénomène de glaciation à l’œuvre dans le Cœur du Réseau. Qu’en penses-tu, jeune fille ? »
Ils se tournèrent tous vers elle. C’était une attaque, et le mépris fut la première de ses réactions. Elle voulut réfuter mais son corps affaibli ne le lui permettait pas. Elle avait toujours nié avoir un lien avec le cycle hiémal, qu’il fut volontaire ou non. Jadis, en la Draconienne, elle n’avait jamais perçu quoi que ce fut qui pût être en lien avec Hiems ou ce que l’ennemi appelait glaciation. Mariel avait bien essayé de l’initier à tout cela, comme il l’avait raconté, mais la réalité était quelque peu différente, la concernant.
Mariel disait du mal d’Édouard. Pour cette raison, Hortense avait cessé de lui prêter attention.
À nouveau, Aristide Withingus s’agenouilla devant elle. Cette fois, il ne souriait pas.
« Je sais que tu as des raisons de me haïr et de te méfier de moi. Tu ne peux certainement pas parler, mais je vois bien quel sentiment t’anime à mon égard. En tant que membre de l’Institut, professeur et ancien maraudeur, j’ai toutes les raisons d’être considéré comme ton ennemi. Je suis celui qui a fait enfermer ton père, et je sais que tu tenais à lui. Je devine à quel point cela doit être un déchirement pour…
— Vous ne savez rien. »
Un murmure. Presque un souffle entre ses lèvres entrouvertes. Pourtant, il le perçut.
« J’aurais aimé ne pas le savoir, admit-t-il d’un ton bas mais ferme. J’aimerais te dire que tu t’en remettras un jour, qu’un jour tu cesseras d’éprouver de la rancœur contre ce qui est arrivé à ton père. Le deuil est un chemin long et difficile, et la colère et le déni n’en sont que des étapes, mais ce ne sont pas les plus douloureuses. La rancœur te poussera à te venger de ceux qui, comme moi, sont responsables du sort de ton père, et à rejeter ceux qui, comme ta mère, cherchent à t’en prémunir, tant pour se protéger que pour te protéger toi. Je n’espère pas que tu me pardonnes, car c’est une chose que je n’ai jamais pu pardonner moi-même. Tu as le droit de me détester, et même de me cracher dessus si cela peut te soulager. Je n’en prendrai pas ombrage : je sais que je le mérite même si j’avais des raisons d’agir comme je l’ai fait. Tout comme ta mère avait ses raisons, tout comme ton père, la Société, l’Essence et le Vide tout entier. Ce dont j’ai peur, c’est que ta rancœur te pousse à franchir certaines lignes qui, à défaut de t’apporter la paix, ne rendront ton deuil que plus pénible. Perdre quelqu’un par la faute d’un autre, c’est terrible. Perdre quelqu’un à cause de ce qu’on a fait soi, c’est une chose bien pire. »
Hortense secoua faiblement la tête, frissonnant de colère. Il avait pourtant dit qu’elle n’était pas responsable de ce qui arrivait !
« Tu n’as pas causé cette mauvaise saison de ton plein gré, assura-t-il comme s’il avait deviné sa pensée. Nous sommes d’accord sur ce point et, même si tu ne veux pas de mon aide, nous allons trouver ensemble un moyen de t’aider à t’en sortir. Mais quand nous aurons réussi, j’espère que tu te souviendras de cela, Hortense. Haïs-moi si tu le veux, mais ne laisse pas la rancœur te guider. Elle ne te mènera nulle part. »
Il se redressa, esquissa un sourire entendu malgré une expression toujours grave, et les invita à passer à table. Suffoquée par ce qu’elle venait de s’entendre dire, Hortense scruta tour à tour son frère, sa mère et son faux oncle. Il y eut entre ces deux-là une œillade qu’elle ne sut pas interpréter. Une étrange pesanteur s’était abattue sur la pièce, comme si, en essayant de lui donner des leçons, le professeur Withingus avait invoqué quelque fantôme.
Encore un.
Son siège décolla doucement du parquet et ils le suivirent vers la salle à manger.

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