Des sentiments ?

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Je sens encore la chaleur de sa peau sur ma main et je ne veux pas qu’elle disparaisse, mais pourquoi ? Je m’essuie le visage pour éclaircir mes pensées. Je cours me laver et me changer. J'envoie un message à M.Amne. Les minutes avant qu’il n’arrive me semblent interminables.

  • Elena, ça va ?

Je lui explique et lui demande ce qui m’arrive. Il me calme et, après plusieurs minutes, j’arrête de trembler. M. Amne parle toujours d’une voix calme et posée.

  • As-tu déjà ressenti ça pour quelqu’un d’autre ? Paul, par exemple ?

  • Non, Paul... pourquoi Paul ? C’est comme si je ne contrôlais plus mon corps. Comme si ça m’était vital. Est-ce que je l’ai blessé ? Il semblait énervé quand il est parti. Galahad est ma bouée dans cet océan déchaîné.

J’ai ma tête dans les mains. Est-ce que j’ai dit ça à haute voix ? Galahad est la seule personne qui rester là-bas. Je ne veux pas qu’il me haïsse et je ne veux pas le blesser. J’aimerais lui apporter le même réconfort.

  • Elena, je pense que tu devrais lui parler. Peut-être que les choses seraient plus claires pour toi. Les émotions ne sont pas toujours claires, il t’aidera sûrement à les comprendre. Ton corps, ton cerveau, mais aussi ton âme ont beaucoup souffert. Tu as besoin de temps et tu dois être patiente avec toi-même.
  • Comment lui parler ? Je n'arrive même pas à vous expliquer clairement ce que je ressens. Je pensais me connaître avant …

Je regarde dans le vide et repense aux atrocités que m'a fait subir Louis. Ces insultes pour rabaisser mon opinion de moi-même. Ces gestes pour me briser et me rendre misérable. Je n’étais plus qu’un fantôme, un corps sans âme.

  • Avant que l’on vous fasse du mal ?

Je tourne ma tête vers M. Amne, il me regarde tristement. Je baisse les yeux.

  • Oui.
  • Vous le savez déjà, mais je vous le répéterai à chaque fois. Ce que vous avez subi est inhumain : votre isolement pendant des années, puis les sévices que vous avez subis.

Il me tient l’épaule et je relève la tête.

  • Vous êtes une femme forte et intelligente. Votre corps et votre cœur ont été torturés. On vous fait croire que vous n’aviez plus le choix, plus la possibilité de ressentir du bonheur, que vous n’étiez qu’un animal déshumanisé. Mais vous êtes une femme incroyable, capable de surmonter toutes ses épreuves. Vous avez peut-être du mal à mettre de l’ordre dans vos sentiments, mais laissez vous du temps et vous saurez ce que vous ressentez vraiment.

Je lui souris. Je n'apprécie pas particulièrement M. Amne, mais il est vrai qu’il est compétent. Il se lève.

  • Vous avez besoin de réfléchir, aller manger et lire un peu ça vous fera du bien. N'hésitez pas à m’appeler à nouveau si vous avez besoin de discuter. Je vous rappelle que vous n’êtes pas seule.

Il sort, mais ne ferme pas la porte. J’entends Galahad qui l’interpelle dans la pièce d’à côté.

  • Pourquoi vous a-t-elle appelé ? Est-ce que ça va ?
  • Elle est perdue dans ses émotions et elle a peur de vous avoir blessée tout à l’heure.

C’est ma faute ! J’avais peur de perdre mes moyens et de lui faire mal, alors j’ai fui. Elle vient tout juste de sortir des griffes de Louis, je ne voulais pas qu’elle me prenne pour un monstre. Vous savez à quel point je suis attaché à elle.

  • Je le sais et je pense qu’elle éprouve la même chose.

  • Peut-être, mais, pour le moment, elle a besoin d’un ami sur qui elle peut compter. Je dois garder ce rôle, jusqu’à sa guérison.

  • Elle gardera à vie des fêlures qu’elle devra combler.

  • Vous savez parfaitement que les gens dans sa situation s'accrochent à la première main tendue. Je veux qu’elle ait le choix et pas qu’elle se sente redevable.

  • Je ne pense pas que ce soit son cas, mais je ne lis pas dans le cœur des gens. Parle avec elle. Elle en a besoin et toi aussi. Tu as le droit d’être heureux.

Galahad soupire et j’entends les deux hommes s’éloigner. Moi, amoureuse de Galahad, ce n’est pas possible, et encore moins pour lui. Je ne le mérite pas. Je ne suis plus pure. Personne ne peut m’aimer. Tout cela est impossible. Mon geste était celui d’une personne désespérée et folle, pas un geste d’affection. M. Amne a raison : nous devons parler pour fixer la limite de notre accord.

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