Choisir son avenir

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Voilà quatre jours depuis l’incident, j’ai beaucoup réfléchi. Paul a bien joué son rôle de garde du corps et cela faisait longtemps que je n’avais pas passé de bon moment avec lui. Il m’a aussi aidé à trouver des réponses. J’ai compris que peu d’options s’offraient à moi, si je souhaite échapper à Louis. Aujourd’hui j’ai décidé de rester toute la journée dans les appartements de Galahad toute seule. Je regarde la manière dont perlent les gouttes de pluie sur la vitre. Je regarde comment elles se séparent pour parfois se retrouver. Certaines gouttes suivent une trajectoire bien droite pendant que d’autres serpentent avec un mouvement lancinant. Tous ces chemins tracés par le ruissellement de l’eau me montrent les centaines de choix qui s’offrent à moi. Est-ce que j’aurais le courage d’assumer ma décision ? Est-ce que j’arriverais enfin à être heureuse ? Cependant, je sais que je ne peux plus laisser les choses ainsi. Je veux être la seule maîtresse de mon avenir. Je ne me rends pas compte du temps qui passe. Galahad arrive et s'assoit à côté de moi.

  • Est-ce que ça va ?

Je sens un léger doute dans sa voix. Je le regarde et cherche encore des réponses dans ses yeux. Il détourne le regard par la fenêtre. Il a les mains jointes sur ses genoux. Ses mains sont si serrées que ses jointures blanchissent.

  • Paul m’a informé que tu es restée assise ici toute la journée. Si tu as besoin de parler, tu sais que je suis là. Sinon, tu peux aller voir M. Amne.

Il se frotte le visage. Ça me peine de le voir comme ça. J’ai l’impression qu’il porte le monde sur ses épaules. Je ne veux pas être une charge en plus pour lui.

  • Elena, je ne veux pas te presser, mais si tu ne parles pas, personne ne peut t’aider.

Je regarde à nouveau par la fenêtre.

  • J’ai réfléchi à mon avenir.

Ma voix est calme et posée.

  • Aux possibilités que j’ai. Je ne vois que cin… quatre chemins. Le premier serait de continuer à fuir Louis, mais ne jamais pouvoir m’arrêter de courir.

— Je pourrais venir avec toi, Elena. Nous pourrions être ensemble.

Je tourne mon regard vers lui.

  • Et tu abandonnerais tous ces gens qui comptent sur toi. Je m’en voudrais d’être aussi d’être aussi égoïste.

Il baisse les yeux et se mord la lèvre. Je regarde à nouveau la vitre.

  • Le deuxième chemin est de vivre en ermite une nouvelle fois dans l’espoir que Louis ne me découvre jamais.
  • Ce n’est pas une solution.

Galahad dit cela d’un ton sec. Je sens que cette conversation l’énerve.

  • Le troisième chemin est de me battre aux côtés de ma mère et tenter de changer ce monde de folie. Le combat sera long et sûrement vain, mais au moins je n’aurai pas laissé ces monstres continuer à me faire peur.

Galahad ne dit rien, mais regarde à nouveau la fenêtre, appuyant son menton sur ses mains jointes.

  • Le quatrième chemin est de rester ici et de continuer ma vie telle qu’elle est avec le risque que Louis détruise ce petit paradis que tes parents et toi aviez construit.
  • Ça n’arrivera pas.

Galahad serre les dents.

  • Tu sais parfaitement que ce n’est pas possible. Des gens seront blessés. Cette fois j’étais seule, mais plus le temps passera, plus il s'impatientera et plus de vies seront menacées.

Il se lève et commence à faire les cent pas dans l’appartement.

  • Tu as dit qu’il y avait quatre chemins, mais tu semblais sous-entendre qu’il y en a cinq possibles.

Il s’arrête.

  • Où mène le cinquième chemin ?

C’est celui qui est le plus court et le moins dangereux, qui m’offre une liberté de ne plus craindre Louis. Je me lève et pose ma main sur la vitre. Elle est froide. J’aimerais sentir la pluie glissée entre mes doigts. Je souris en voyant un rayon de soleil percer les nuages. Je tourne mon visage vers Galahad.

  • Vers mon père et tes parents.

Il se précipite vers moi et m'entoure avec ses bras.

  • Tu n’as pas le droit de me laisser. Tu m’as promis de ne pas m’abandonner à ton tour. Tu as dit que tu ne serais jamais lâche.

Il serre de plus en plus mes bras autour de moi. Je sens ses pleurs mouillés sur mon épaule.

  • Je ne choisirais pas ce chemin Galahad.
  • Tu sais que je peux me battre pour toi, Elena. Je peux te protéger. Tu as le droit aussi d’être heureuse. Tu as le droit d’être libre. Je vais détruire Léandre et Louis pour que plus personne ne te fasse du mal.

Je desserre sa prise autour de moi et me retourne pour lui faire face. Son visage est rougi par les larmes. Je les essuie avec mes pouces. Son visage s’adoucit à mon contact et il ferme les yeux.

  • Tu ne peux pas te battre seul. Il y a trop de gens qui ont besoin de toi. Tu dois m’utiliser comme arme pour les détruire.

  • Il fait non de la tête entre mes mains.
  • Je ne peux pas te perdre à nouveau. Je ne veux plus que tu souffres.
  • Toute ma vie, les autres ont dicté le chemin que je devais prendre. Aujourd’hui, j’ai enfin la possibilité de choisir qui je veux être.
  • Tu souffriras, Elena. Je ne peux plus te voir endurer d’autres tourments. Laisse-moi te protéger.
  • Et m’enfermer en m’enlevant ma liberté?

Il ouvre les yeux et voit de l’étonnement, de la colère et de la frustration. Il essaie de détourner le regard, mais je le force à me regarder en souriant.

  • C’est l’unique choix que j’ai fait depuis que je suis née. Tu n’as pas le droit de me l’enlever. Alors, laisse-moi me battre pour ma liberté.

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