Envoutée par les rythmes...

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Je n'ai pas dansé depuis longtemps. Pourtant, enfant, j'aimais danser. La danse était un moment de liberté pour mon corps. Lorsque j'ai vu le titre du défi, une soirée m'est revenue en tête.

J'avais 17 ans. Il en avait plus. Je ne sais pas exactement. Peut-être 23. Nous l'appellerons J. J était l'ami d'un ami d'un ami... J avait en apparence tout ce que je cherche chez un homme : pas trop grand, musclé, brun, les yeux clairs. C'était aussi la première fois qu'un gars me draguait. Je me suis laissée envouter par les mains et les mots de J. Je me suis laissée envoutée par sa voix. Je me suis laissée envoutée par son odeur. Je savais que cela serait sans lendemain, mais je me suis laissée envouter. Il est possible que je l'ai envouté avec mon déhanché. Je n'en suis pas certaine.

Mon corps suivait comme à son habitude les rythmes de la musique, dans la petite salle où nous étions. Mes hanches ont beaucoup bougé. Ses mains s'y sont posées. Mes seins devaient rebondir au rythme de la musique. Très vite, j'ai senti son érection contre mon corps. Nous en sommes restés à de merveilleux baisers - mes premiers étaient maladroits. Il m'a demandé si cela fait longtemps. J'ai juste haussé les épaules n'osant lui dire qu'il était le premier - et des caresses.

Après J., sont venues les soirées en boites de nuit, principalement avec des amies. Elles voulaient draguer ou se faire draguer et boire quelques verres. Je voulais juste danser, danser pour moi, m'évader. Je suis peut-être encore trop timide pour m'approcher d'un étranger.

La vie estudiantine m'a conduit dans différentes boites de différentes villes. Une fois, dans une boite de nuit, les amies avec qui j'étais et moi avons dansé avec un monsieur en fauteuil roulant. C'était cool. Mais, j'ai de nouveau plus dansé pour moi.

Lorsque je me suis mise en couple, il m'est devenue plus difficile de danser. Mon compagnon n'aime pas. C'est assez frustrant. Moi qui imaginais danser dans la cuisine ou la douche ou entre la TV et le canapé... Mais, lors de soirée en amis, la musique et la danse étaient là.

Et, est arrivé l'événement tragique. C'était en 2019. Un de mes grains de beauté au mollet droit à décider de métastases : mélanome. Les échographies, scanners et autres scintigraphies se sont enchainés rapidement, presque aussi rapidement que la musique sous les doigts d'un DJ. Le chirurgien a fait un trou de 4 cm dans mon mollet. Je venais de déposer mon tapuscrit de thèse. Deux mois plus tard, afin d'accélérer la cicatrisation, une autogreffe a été réalisée. Une interne a prélevé 4 cm de peau sur ma hanche gauche pour les greffer au mollet. Je dormais mal, j'avais mal. Plus possible de danser. J'ai soutenu ma thèse avec des bandages.

Hélas, la cicatrisation interne ne s'est pas passée comme prévu. Mes plaintes de douleurs n'ont pas été entendues. La cicatrice externe était belle. Pourtant, je ne marchais plus. Je claudiquais. Ne parlons même pas du vélo. Mal au mollet à droite. Mal à la hanche à gauche. Même cuire des oignons pendant 5 minutes était un calvaire. Je me suis soignée avec les conseils que j'avais. Je suis passée en mode survie. Impossible de vivre. Je me suis battue et cherché d'autres solutions, un diagnostic, mais tout cela a pris du temps. Lorsque j'ai pu mettre un nom sur mon problème, j'ai cherché si cela était connu. Ça l'était. Colère, frustration face à cette erreur médicale. Ma dermato était pourtant une femme. Mais elle n'a pas vérifié, pas entendue.

À la danse, ce sont substituer les mots et leur rythmique. Pas toujours très réussis. La musicalité des mots est devenue un refuge. Le dernier album de Queen, LIfe on Mars et Space Odity de celui dont je préférais avant Let's danse, et la Saol music aussi.

Sasha, mon premier personnage, a pour passion la danse classique. La manière dont Sasha aborde la danse est proche de la mienne : elle danse pour elle, pour soulager son corps des tensions. Un exécutoire, parfois un défouloir. C'est son moment de liberté dans un cadre où elle se sent soutenue, en sécurité, entourée d'amies. Elle pratique aussi la danse contemporaine. Pour Sasha, je me suis mise à écouter des musiques différentes. La musique doit servir le récit. Il faut trouver le bon rythme, le bon texte pour chaque occasion ou en tout cas pour certains moments.

Un jour, la playlist joue cette chanson rythmée : 

"Girl, you're the one I want to want me
And if you want me, girl, you got me
There's nothing I, no, I wouldn't do (I wouldn't do)
Just to get up next to you
"


Je me mets à danser sur ma chaise. Mes bras se lèvent et je danse comme si j'étais sur un fauteuil. Je regarde qui chante quel est le titre de la musique : Jason Durelo, Want to want me.

Jason, je te suis infiniment reconnaissante d'avoir ramené la danse dans mon corps. Je réalise seulement en écrivant ces lignes qu'elle ne m'a jamais quittée. Elle est devenue un temps différente, peut-être plus cérébrale. La sentir revenir, même partiellement, comme avant dans mon corps m'a fait me sentir si bien. Je recommence à vivre. Je dansais avec les rythmes. Je dansais pour moi. Je dansais avec la vie, au rythme de tes mots, sur mon fauteuil.

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Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Want to want me : https://www.youtube.com/watch?v=rClUOdS5Zyw.


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