Le conteur - 1

4 minutes de lecture

En ce temps-là, dans ce monde-là.

Les hommes vénéraient des dieux qui,

depuis longtemps, ne vivaient plus auprès d’eux.

Au lever du soleil, nous débarquons dans l’île que l’on nomme Alastyn. Devant nous se dresse une paroi abrupte de trois cents toises de haut. Nous sommes au pied d’un inselberg dont la moitié est battue par les flots. C’est sur son plateau que se trouve notre destination : le palais d’Alastyn. L’essentiel de ce que j’en sais, je l’ai appris à la bibliothèque d’Alexandia.

Une longue marche nous attend, car il nous faut rejoindre le bas de la rampe d’accès au domaine royal.

Un peu moins de trois heures après notre débarquement, arrivé à la moitié de la montée, je constate que ses parois sont aussi abruptes que celles de l’inselberg, et que sa chaussée en marbre bâtard a bien la consistance d’une route de terre. Je m’approche précautionneusement du bord et me heurte à une barrière souple, invisible, faisant office de garde-corps, ce que je trouve judicieux à cette hauteur.

À soixante-dix toises du sommet, je distingue parfaitement les tourelles et le portail. La rampe s’interrompt à cinquante toises de l’inselberg. Un ponceau d’une seule arche, qui semble de cristal opaque, les relie. Nous nous y engageons. À huit toises, je vois des gardes sortir de la tour à notre droite, se répartir sur la largeur du pont et baisser leurs lances. Je me tourne vers mon compagnon et lui dis :

« Bientôt, les choses vont se compliquer ».

Bhediya opine. Nous, nous dirigeons calmement vers eux, nous arrêtons à une toise des soldats.

« Bonjour ! » les interpellé-je.

Les cinq gardes se rassemblent, toutes les piques s’orientent vers Bhediya ; un officier s’avance vers nous, me dévisage longuement en silence, puis de mauvaise grâce me rend mon salut.

« Bonjour… qu’est-ce qui vous amène au domaine royal ?

— Mon compagnon et moi-même souhaitons une audience. »

Mon interlocuteur éclate d’un rire forcé.

« Vous plaisantez ? Une audience royale à un loup monstrueux, noir comme la nuit, aux yeux de braise ! s’esclaffe-t-il sans quitter des yeux mon compagnon ; haut de cinq pieds, long de six sans la queue, de huit avec, qui doit peser dans les deux cents livres !

— Excusez-moi, voudriez-vous m’indiquer votre grade afin que je ne commette point d’impair.

— Je suis le lieutenant Ilteram !

— Merci lieutenant, je conviens que mon compagnon est quelque peu déroutant, mais vous remarquerez qu’il ne manifeste aucune agressivité envers vous ou vos hommes.

— Dernièrement, des étrangers lourdement armés se sont introduits dans notre île, nos mesures de sécurité sont donc renforcées, et de toute façon un loup… géant n’a rien à faire au domaine royal !

— Lieutenant Ilteram, je vous prie de bien vouloir transmettre à Son Altesse Royale que mon partenaire et moi sollicitons l’hospitalité et une audience, au nom de Dana.

— Dana est votre nom ?

— Non ! lieutenant, mon nom n’a pas d’importance pour cette requête, veuillez la faire connaître telle que je l’ai formulée.

— Ne bougez pas ! » nous ordonne-t-il en s’éloignant.

Nous ne risquons pas de bouger avec les cinq lances toujours pointées sur Bhediya. Quoique ? Je me demande s’il ne serait pas capable de les terrasser.

Arrivé à la tour, Ilteram pose la main sur un sigle étrange et reste immobile. D’après Bhediya, tout est magique au domaine royal. La pierre des bâtiments en est emplie, ces inscriptions permettent aux non-mages de l’activer, chacune correspond à un usage, mais pour en actionner une, il faut y avoir été habilité.

Quelques minutes plus tard, le lieutenant revient vers nous, l’air perplexe.

« L’hospitalité est accordée à vous deux, mais vous seul serez reçu en audience. Votre loup demeurera enfermé pendant ce temps.

— Excusez-moi, mais ce n’est pas mon loup. Nous sommes juste compagnons de voyage ! Bhediya, approuves-tu cette offre ? »

Bhediya m’ayant communiqué son accord, je le transmets au militaire qui nous prie de le suivre. Lorsque je franchis le portail, mon bagage – des sacoches cavalières – qui lévite habituellement à six pouces du sol, tombe. De cette faible hauteur, il n’y aura pas de dégâts.

« Le portail désactive toute magie étrangère, m’annonce, ravi, le lieutenant Ilteram avant d’ajouter : le sergent Seaghdh va vous escorter jusqu’au palais ! Il est protégé par un sort et détient un artefact capable de foudroyer le loup… ou vous ! »

Sur ces entrefaites, avec ses hommes, il regagne son poste de garde, alors qu’un cavalier venant de l’arrière de la tour à notre gauche m’interpelle.

« Bonjour, vous montez ou devons-nous prendre une voiture ? demande-t-il en désignant un cheval sellé dont il tient les rênes.

— Je monterai avec plaisir une si belle bête, dis-je en ramassant mes sacoches.

— Il faut excuser le lieutenant Ilteram, il vient de perdre son frère... Il a été tué avec tous les membres de sa patrouille, par des monstres qui accompagnaient une troupe d’envahisseurs. Vous comprenez pourquoi un étranger flanqué d’un animal monstrueux ne l’incite pas à l’amabilité », m’informe le sergent.

J’attache mes sacoches sur le pont de la selle, enfourche la monture et ajuste la longueur des étrivières.

« Je comprends, n’ayez crainte ! J’ai constaté que, malgré son animosité, il respecte les consignes qui lui sont données.

— C’est un excellent officier… J’ai ordre de vous conduire au palais dans les meilleurs délais. Une heure de galop est dans vos cordes ? Votre loup pourra suivre ?

— Cela me convient ! Bhediya n’est pas mon loup, mais il suivra le train.

— Une dernière chose, le loup doit voyager entre nous… S’il s’éloigne ou devient agressif, j’ai pour instruction de le foudroyer », précise le sergent.

Il manœuvre pour placer sa monture à la droite de Bhediya, j’amène la mienne de l’autre côté en admirant le dressage de ces chevaux que l’on mène à deux coudées de Bhediya sans qu’ils se dérobent ; ce dernier pense que la magie est à l’œuvre.

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