VéraCité
Il fallait passer outre la rumeur des faubourgs, scroller tous les boniments affichés H24 sur les murs des boulevards, comme dans nos pockets, pour gagner le vieux quartier, le cœur de la cité et ses authenticités. Derrière une porte cochère anonyme, une ville dans la ville s’y terrait. Beaucoup de femmes et quelques hommes attendaient, lascifs, au pied de ces immeubles délabrés, oubliés de la cité. Une jeune métisse me tchipa : « Hey, beau gosse. Tu veux changer tes idées pour des vraies ? »
Passé trois rues, je tournai à l’angle du No Filter, un bar montant réputé pour la qualité de ses infos. Je passai la file d’attente de journalistes, détectives et riches intellos qui s’y agglutinaient pour entrer dans le scoop-show d’à côté. Sur la vitrine, les tarifs étaient affichés : 50 € la rumeur, 100 € l’indiscrétion, 200 la confidence, 250 les 2 millilitres de sérum V.
Je longeai les longs couloirs vitrés, dévoilant les détentrices de vérités. Rien qu’en croisant leur regard, on devinait qu’elles ne trichaient pas : elles en savaient long, et sur beaucoup. L’une d’elles dénotait de toutes les autres. De vingt ans plus jeune que ses consœurs, elle se releva et me pointa du doigt quand je lui fis face. À travers la vitre, je lui demandai si elle prenait les prestations spécifiques. Sans mot dire, elle acquiesça. Elle recouvrit la vitre qui nous séparait de buée pour y écrire un 8.
Je pénétrai dans la chambre indiquée. Elle se dévêtit, dévoilant son prénom tatoué à la naissance de sa poitrine, et m’indiqua sans un mot le tarif pour une nuit. Sitôt la transaction validée, elle me demanda ce que je voulais connaître. Ainsi, nos premières vérités s’effleurèrent puis elle enchaîna les prestations orales et textuelles. Confidences vespérales, vérités nues, crues, indiscrétions torrides… Suzanne me dévoila tous les secrets qu’elle possédait. Au petit matin, je prenais encore plaisir, à ouïr de toutes mes forces, les informations dont elle m’abreuvait sans retenue.
De retour en ville, j’avais la tête ailleurs, encore pleine de cette nuit. Et de tout ce qu’elle avait su me dire.

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