JOUR 5 - SAMEDI 13 MARS 2025, 10 :53.

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Anna lança le dernier programme et appuya sur la touche magique de l’ordinateur.

Clic.

Elle propulsa dans l’espace le programme sur lequel elle avait travaillé pendant des semaines qui combinait une liste d’actions à une série de coordonnées GPS. Le message quitta l’ordinateur, l’information remonta dans le fil jusqu’à l’antenne de Nathan qui pointait à l’extérieur et une onde partit à toute vitesse dans l’espace transmettre l’ordre au satellite. C’était fou de penser que quasiment dans la même fraction de seconde, à une vitesse inimaginable, le message était transmis à des centaines de kilomètres. La technologie étonnait Anna, même si c’était son domaine, même si elle baignait dans l’aérospatial depuis de nombreuses années et qu’elle ne s’en lassait pas. Comment ne pas être impressionnée ?

La technologie était puissante et quand vous la maîtrisiez, elle vous donnait un avantage sur tout le monde, une puissance, une supériorité qui vous laissait quasiment invincible. Une arme absolue. Si on l’avait voulu, dans l’instant, avec ce laser on aurait pu pulvériser tout ce qu’on voulait.

Toutes les dernières guerres mondiales avaient été menées à coup de drones, de robots surpuissants, d’armées techniques capables de vous atomiser en quelques instants sans même se déplacer physiquement. L’humain n’était plus que le détenteur de la télécommande ou, en tous cas, chez les nations les plus puissantes et les plus riches. Le dernier maillon décisionnel qui appuyait sur stop ou encore et qui pouvait éventuellement moduler la puissance de feu comme on appuie sur le bouton plus pour monter le son de la télévision. La guerre c’était simple comme une télécommande, un enfant aurait pu s’en sortir sans peine. Dans les luttes armées, les puissants n’allaient plus au conflit : ils laissaient les calculs aux ordinateurs, les risques aux drones, pour ne garder dans leur main que l’interrupteur, ultime précieux détonateur dans la chaîne de commandement militaire. Ça limitait les pertes humaines. Enfin, les pertes de soldats des superpuissances surtout. Il n’y avait que les nouveaux entrants, les nations les moins développées pour se découper encore sauvagement à la machette ou au couteau. Mais cela ne durerait pas, pressés qu’étaient tous les pays d’échanger leurs diamants ou leurs diverses richesses minières contre des télécommandes armées et toutes neuves qui leur permettraient de jouer à la guerre technologique. Tous les dirigeants avaient les mêmes rêves de jouets destructeurs.

Anna était bien consciente du pouvoir destructeur du satellite et ce qu’elle venait d’envoyer comme information lui laissait un goût amer, une sueur froide. Elle venait exactement de faire la même chose que ce qui la révoltait chez les puissants de ce monde. Elle avait transmis une combinaison binaire de zéros et de uns savamment dosés qui aurait forcément des conséquences graves. Elle s’était laissée convaincre par l’enjeu, par Max, par la force du groupe. Ce qui allait exactement se passer ensuite, elle ne le savait pas bien et elle n’avait pas cherché à le savoir. On ne faisait pas d’omelettes sans casser des œufs, de toute façon. Et puis, c’était trop tard pour reculer : les cibles étaient toutes programmées depuis longtemps et il n’y avait pas de retour en arrière possible.

Elle regarda l’écran attentivement. Au-dessus de leur tête, le satellite se mit en branle gentiment. Il positionna son énorme antenne vers la Terre et le laser se mit à chauffer, rougissant l’énorme dôme qui l’entourait. Il visa une première fois, un flash lumineux se détacha du satellite et disparut en une fraction de seconde. Sur le trajet du satellite, autour de la Terre, qui durait un peu plus d’une heure, l’opération se renouvela de nombreuses fois. A chaque fois le même flash, à chaque fois une cible bien précise. Il y avait plus de deux cent points d’impact au total.

Depuis l’ordinateur et derrière son écran, bien loin des cibles, cela ne paraissait pas si grave à Anna. Elle regardait le satellite progresser dans l’application du programme sans vraiment comprendre ce qui se passait à des centaines de kilomètres plus bas.

— C’est bon Max, c’est en route, lui annonça-t-elle d’un ton monocorde et dénué d’émotions. On est à cinq minutes de déploiement. Dans un peu plus d’une heure tous les objectifs seront atteints.

Max s’approcha de l’écran. Ils étaient allés au bout du plan. C’était étonnant de facilité. Il n’avait pas imaginé rencontrer aussi peu de résistance et il s’étonnait presque d’avoir réussi. Sans vision spatiale sur l’ennemi, les terriens s’étaient retrouvés complètement démunis, le groupe Hydrogène avait eu une autoroute vide devant lui et ils avaient filé plein gaz sans se poser de questions.

Ces dernières semaines Max avait tout fait pour reléguer ses émotions au second plan. Ne pas penser aux conséquences, se concentrer sur le but qu’il s’était fixé, était devenue sa doctrine. Il s’était interdit de téléphoner à Mathilde, de peur que la voix familière ne le ramène à la raison et ne le contraigne inévitablement à abandonner ses projets. Il avait éteint son téléphone et l’avait laissé inerte au fond d’un tiroir. Il avait chassé de son esprit les bribes de son ancienne vie, les souvenirs avec Mathilde en premier. Il ne voulait pas être tenté d’écouter les messages inquiets qu’elle avait dû laisser en nombre. Dans l’état second dans lequel il naviguait depuis quelques semaines c’est à peine s’il pensait à son ancienne vie, même si une petite voix lui soufflait de temps en temps des mots qui lui serraient la gorge. Mais c’était de plus en plus rare comme si les souvenirs heureux s’estompaient définitivement. Il savait qu’il n’y avait plus qu’à attendre; si tout se passait comme prévu on arriverait au dénouement assez vite. La balle ne serait bientôt plus dans le camp du groupuscule.

Max rangea les crayons de son bureau et sa bouche se tordit dans le vague. La méthode d’Hydrogène était bien plus rapide pour obtenir un résultat que des années de recherches laborieuses dans le fin fond d’un obscur laboratoire du CNRS.

Il se demanda pourquoi il n’avait pas monté ce projet plus tôt. C’était presque trop facile.

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