JOUR 10 – AU POINT DE RENDEZ VOUS CHOISIR, C’EST RENONCER.

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Sur la plage, les hélicoptères se posèrent les uns à la suite des autres. C’était un concert retentissant de pales et d’hélices, un ballet de grosses mouches noires bourdonnantes. Chaque autogyre déposait son lot de chefs de gouvernement puis repartait aussitôt prendre la livraison suivante, dans un vrombissement. Côme et Gabin géraient la circulation, comme de vrais contrôleurs aériens.

Les chefs d’état avaient tous reçu des consignes très strictes. Ils devaient se rendre absolument seuls dans un village perdu des Landes avant d’être transportés par héliportage, sur une plage de la côte atlantique française. Seuls et désarmés. Quelques représentants de gouvernements récalcitrants réclamèrent des agents de sécurités, un traducteur ou des petits fours mais, devant la mobilisation générale de la population mondiale, ils cédèrent finalement tous aux injonctions d’Hydrogène. Ils abandonnèrent leurs prérogatives luxueuses, baragouinant tant bien que mal dans un anglais peu oxfordien. Ils arrivaient depuis huit heures du matin, sans discontinuer et se dispersaient en grappe sur la longue plage formant de petits points noirs sur le sable ocre.

A leur arrivée, Josh les fouillait, un par un, intégralement et dans les moindres détails, même les plus indisciplinés. Il s’amusait beaucoup à pratiquer une fouille bien approfondie en particulier pour celle des femmes. Les invités n’avaient pas le droit d’enregistrer, ni de filmer. Sans apparats et sans artifices, ils étaient rendus à l’état de simples citoyens du monde, psychologiquement nus comme des vers. Ils avaient un air perdu, les bras ballants sur le côté de leurs bustes, dépourvus de téléphones en état de fonctionnement pour leur occuper les mains, la mine déconfite et effrayée. Beaucoup d’entre eux paraissaient plus petits que ce qu’on imaginait quand on les voyait assis derrière leurs bureaux à la télévision.

Sur la plage, une immense tente blanche était montée avec deux cents chaises pliantes. A l’intérieur, on se serait cru à un mariage mondain, il ne manquait que les fleurs, les journalistes et les paparazzis pour se sentir au complet mais la cérémonie était privée et ne souffrait aucun membre de la presse internationale. Dans le fond de la tente, un immense écran en toile blanche tendu sur toute la largeur attendait une projection imminente d’informations.

Après deux heures de brouhaha et de rotations d’hélices, il ne manqua personne : deux cent personnalités mondiales de premier ordre et de tous bords politiques étaient installés sur le tarmac de fortune. Pas un absent, pas un qui avait osé se porter pâle. Le manque cruel de réseaux et d’énergies avait été très convaincant.

Max avait réussi là une première performance. L’équipe d’Hydrogène était elle aussi au complet, masquée intégralement de noir pour protéger l’anonymat de ses membres, et armée jusqu’aux dents, prête à maintenir l’ordre au sein de la troupe des invités présidentiables.

Tom trouva amusant de regarder cette joyeuse bande de Chefs d’Etats réunis tous ensemble pour la première fois. L’Organisation mondiale des Nations Unies, elle-même, n’avait jamais réussi ce tour de force : il y avait toujours eu des exclus de la bande, des méchants dictateurs, des indépendants ou des états auto-proclamés qui ne venaient pas ou qui n’étaient simplement pas invités à la fête. Autour de Max, l’Iran côtoyait les Etats Unis et la Corée du Nord celle du Sud. Ces nations s’étaient même installées côte à côte sur les chaises pliantes, presque heureuses de se retrouver entre vieilles connaissances.

Le représentant de la Russie était arrivé dans les derniers, en retard. Il n’était pas satisfait de la place qui lui était attribuée, une des dernières chaises qui restait en fond de salle. Il disait qu’il ne voyait rien et que sa place était devant, au premier rang des nations. Il le faisait savoir bruyamment en râlant et en se levant de sa chaise toutes les deux minutes.

— Mais enfin, poussez-vous un peu Monsieur, criait-il sans se préoccuper de la personne à laquelle il s’adressait. Je ne vois rien. Vous me gâchez la vue. Les grands derrière. Les petits devant ou on ne va jamais y arriver ! Cette organisation est déplorable !

C’était insupportable. Nathan, juste derrière lui, cagoulé de noir, tira deux fois en l’air avec sa kalachnikov et le récalcitrant, tétanisé, rentra à toute vitesse dans les rangs. Nathan se dit que si il fallait faire un exemple ce râleur de premier ordre était juste parfait. Il n’attendait qu’un mot de Max pour agir. Il n’était pas là pour s’amuser et il n’avait pas le temps de s’occuper des petits caprices de chacun.

Jusque-là, certains dirigeants semblaient prendre cette sortie à la mer un peu à la légère, le tir en l’air mit tout le monde au parfum. Les participants n’étaient pas en pique-nique sur la plage mais bien au milieu d’une crise mondiale et ils n’étaient pas les maîtres du jeu. Cette petite incartade rappela à tous, avant de commencer, le but de la réunion et remit les esprits en bon ordre d’écoute attentive.

Max monta sur la petite estrade de palettes de bois que le groupe avait empilées sommairement et regarda longuement les dirigeants. Il ne se sentait nullement impressionné. Ces dirigeants de pays immenses, représentants de millions d’individus lui semblaient tout petits : de simples mortels entassés sur une plage, face à l’océan, loin de toute civilisation. Des humains tout comme lui, ni plus ni moins, craintifs et mortels de surcroît et qui tremblaient en le regardant avec avidité. Il se sentit puissant. Il les salua vaguement et lança son ordinateur qui se mit à ronronner gentiment. La réunion commençait par une petite présentation Powerpoint : celle du programme Hydrogène.

Max n’avait pas menti sur tous les points : le groupe Hydrogène avait bien travaillé pendant des semaines sur le réchauffement climatique. Ils avaient conçu un modèle incroyable, une sorte d’arbre de la connaissance qui était capable de modéliser des situations variées pour en sortir une réalité climatique à venir. Le programme comprenait des centaines de critères, des milliers de données, l’exact calcul de ce qui se passait sur notre planète en temps réel et il permettait de projeter une prévision sur quelques mois ou quelques années en fonction du choix du programme.

Tous les scénarios s’appuyaient sur un principe simple, une gestion unique et parfaitement coordonnée de tous les paramètres climatiques mondiaux : le tri des déchets en Allemagne, la production d’électricité photovoltaïque en Arabie saoudite, la plantation des arbres en Amazonie, la gestion des feux de forêts au Portugal, tout était compilé. Cela aboutissait à une modélisation unique de l’évolution climatique planétaire. Max leur expliqua que seule une gestion coordonnée et simultanée de ces très nombreux critères permettait d’estimer la dégradation climatique et de ralentir le phénomène, voire de le corriger.

Ce programme, sa complexité, c’était du pur génie. Le modèle démontrait que les efforts de tous pouvaient payer tandis que les initiatives indépendantes n’avaient aucun effet. Les meilleurs mathématiciens, biologistes et informaticiens du monde réunis sur le projet n’auraient pas fait mieux. L’idée était bluffante.

— Evidemment, tout le monde le sait qu’il faut travailler ensemble, grogna sans réfléchir l’un des premiers de la classe assis dans un des rangs du devant. C’est bien pour ça qu’on se réunit à la Cop chaque année. Je ne vois pas ce qu’il y a de neuf là-dedans, à part un peu d’habillage informatique. C’est juste habilement présenté avec des couleurs à la mode ! De la simple pub bien arrangée.

Max le regarda, jaugeant d’un regard perçant le petit homme assis au premier rang. C’était un membre assidu de la Cop annuelle, peut-être même le dernier président d’honneur de l’édition de Strasbourg.

— Alors pourquoi n’avoir rien fait durant les trente-deux premières éditions ? Pourquoi n’avoir jamais mis en pratique de programme commun pendant toutes ces années ? le cingla Max, tranchant. Pourquoi avoir supprimé la dernière édition de la Cop, si c’est si important de travailler ensemble ? Vous vous réunissez pour manger des petits fours et discuter des angles d’attaque à venir, on est tous d’accord. Mais cela n’aboutit à rien parce que vous êtes incapables de trouver un terrain d’entente. Vous n’avez conduit que des vœux pieux de changements depuis des années, mais des actions concrètes, aucunes. Votre problème à tous c’est d’être réélu, d’être populaire, d’obtenir l’assentiment d’une majorité de la population et c’est tout. Je ne parle pas de ceux qui ne pensent qu’à leur propre personne ou de ceux qui ne viennent même pas, assomma Max en regardant la salle dans son ensemble. Aucun d’entre vous n’a de vision à moyen terme de la situation et, quand on sera au pied du mur, il sera trop tard. Il ne servira à rien de pleurer et de dire qu’on a tout tenté ou qu’on savait que ça allait arriver mais qu’on ne savait pas quoi faire. On subit votre inaction depuis de trop nombreuses années. C’est terminé. J’ai décidé de changer de méthode définitivement.

Il se retourna sans attendre de réponse de l’assemblée médusée et rentra quelques données dans l’ordinateur. Alors Max leur montra le génie du modèle, la gestion du climat par Hydrogène, il interrogea la machine et la modélisation sortit les critères planétaires sur lesquels il était le plus urgent d’agir et qui auraient le plus d’effets rapidement, en les hiérarchisant. Il n’y avait plus qu’à suivre la recette. C’était incroyable. Incroyable de réaliser que la technologie informatique pouvait servir à autre chose qu’à s’envoyer des twitts, des photos de vacances et de chiens avec des nœuds dans les poils.

Le modèle était capable d’analyser en temps réel le taux de dioxyde de carbone de tous les coins de la planète, le taux absorbé par les forêts et le phytoplancton, la production d’oxygène planétaire, la température des mers et des océans, la quantité d’arbres abattus et ceux replantés. C’était un monstre de technologie, embarqué dans un tout petit espace spatial et qui faisait inlassablement le tour du globe pour recueillir de nouvelles informations. De nombreuses données étaient directement amassées par le satellite, les autres pouvaient être saisies directement sur l’ordinateur et on obtenait des simulations en direct.

Le simulateur mesurait, contrôlait, vous encourageait à faire mieux, félicitait vos efforts, vous montrait la marche à suivre pas à pas. Il y avait des systèmes de bons points et un système de malus qui bloquait la production industrielle mondiale par des jeux de coupures énergétiques si vous n’étiez pas capables de minimiser ou de compenser les rejets de dioxyde de carbone. Un modèle punitif et instructif, un immense cours d’écologie planétaire en temps réel et directement appliqué.

Les populations étaient classées par critères d’efficacité et on trouvait tout en haut les indiens d’Amazonie et tout en bas la population des pays industrialisés avec les efforts que chaque individu devait fournir pour se rendre neutre en production de dioxyde de carbone. On était notés avec un système de points et les plus mauvais élèves étaient punis : suppression du transport, du chauffage, du hamburger si ils ne répondaient pas aux critères de notation. Si une grande partie de la population ne se conformait pas aux règles c’est toute la planète qui était punie et pas seulement le quartier concerné. Le modèle offrait des possibilités infinies de limitation du développement humain en fonction des ressources disponibles et démontrait qu’en de nombreux points du globe il était urgent d’agir tout de suite.

Max avait organisé d’une certaine façon sa propre Cop et il avait réussi à faire venir tout le monde. Seulement il ne demandait pas l’avis aux participants de sa réunion, il ne proposait pas de gueuletons ou de discussions, il imposait un nouveau modèle, unique, dirigé par un ordinateur et qu’il fallait suivre sous peine de représailles. Ce n’était pas le message qui avait posé problème à Max, c’était la méthode que nous avions utilisée qui était bien trop douce à son goût.

Et la méthode, il venait justement de la changer.

La sienne était bien plus radicale. C’est vrai que sa pédagogie était un tantinet autoritaire et dictatoriale mais Max en était maintenant convaincu : seuls le sang et les larmes permettaient d’obtenir quelque chose d’une espèce aussi têtue et obstinée que l’espèce humaine.

En étudiant le modèle climatique, Max avait découvert un peu par hasard que les périodes où le climat s’était stabilisé étaient les périodes les plus tragiques du vingtième siècle. Après les guerres, les explosions nucléaires ou les virus, la pollution avait toujours sensiblement diminué. Sa conclusion était simple : seul un stress intense sur les populations permettait d’obtenir d’excellents résultats en termes de diminution des rejets de gaz à effet de serre.

A contrario, dès que la population se portait bien, dès que les conditions économiques étaient favorables le climat en prenait pour son grade et la température montait : on construisait, on produisait à tout va. Les humains fabriquaient des tas de trucs inutiles : des jouets en plastique, des douzaines de téléphones, des objets divers que la population s’empressait d’acheter en de multiples exemplaires. Une frénésie de consommation que bon nombre de gouvernements cultivaient joyeusement à coup de publicités et d’incitations à la dépense, pour garantir un taux de croissance qui soit le plus joyeux possible.

Max avait même corrélé l’état de la croissance des produits boursiers avec la courbe du réchauffement climatique et c’était édifiant car les deux courbes suivaient la même pente : pire elles se superposaient en base cent. Quand la bourse marchait du feu de dieu, le climat prenait bien une croissance de un à trois degrés par an, un parallèle exact entre la croissance industrielle et le réchauffement de la planète.

Rien de bien nouveau, mais la preuve par neuf que nous minimisions largement le problème et que nous foncions droit dans le mur à la vitesse d’un train lancé à pleine vitesse.

Max n’était pas un altermondialiste et il n’était pas pour la décroissance économique. Tous ces concepts d’une nouvelle politique idéologique le dépassaient et ne l’intéressaient pas du tout. Max n’était pas non plus contre le modernisme et la technologie puisqu’il les utilisait lui-même à foison. Il était simplement pour un contrôle plus strict des ressources, un rationnement conséquent. En gros une gestion en bon père de famille. On ne devait pas dépenser plus que ce qu’on avait dans notre porte-monnaie terrestre. Et le porte-monnaie était unique pour tous, pas question que certains se servent beaucoup plus que les autres. Le seul moyen d’y arriver était donc de le partager, même si sa façon d’expliquer le partage passait par les larmes et le sang.

Le constat était amer, notamment pour les pays industrialisés, mais malheureusement inéluctable. Contraindre et contrôler, le temps que tout le monde comprenne l’utilité du modèle, c’était la philosophie de Max. Peut-être même qu’on ne pourrait jamais plus sortir d’un système de contrôle drastique mais c’était un risque qu’il prenait sans regrets.

Au bout d’une heure, tous les dirigeants étaient convaincus par la présentation, applaudissaient chaudement le scientifique, criaient des bravos et des hourras nourris. Le représentant américain proposait même du fond de la salle une somme folle pour acheter le modèle informatique, sur le champ, pour son pays. Preuve que dans la salle, ils n’avaient toujours rien compris.

Cela fit sourire Max, qui réalisait à quel point les rencontres internationales sur le climat avaient dû être inutiles. Il avait devant lui une bande de gamins écervelés, prêts à se battre pour un paquet de billes ou une boîte de roudoudous et qui jouaient à la surenchère financière pour prendre possession du dernier jouet en plastique à la mode.

Alors Max se retourna, les dévisagea d’un air las et fatigué, mais convaincu par sa démarche, il leur dit simplement :

— On va passer à la première étape de la nouvelle méthode. Nous allons circuler dans les rangs avec des formulaires à signer et nous allons vous enregistrer en vidéo. Vous allez simplement tous démissionner de vos fonctions avec un effet immédiat. En d’autres termes, en quittant cette tente, finis les sièges de chef d’état à côté du radiateur, vous redeviendrez de simples citoyens et vous devrez faire comme tout le monde. Cette mission de sauvetage de la planète vous n’êtes absolument pas en mesure de la mettre en place, le pouvoir c’en est fini pour vous. En revanche, il va falloir contribuer aux efforts, comme tout le monde.

Il y eut un énorme brouhaha, des protestations en nombre, des dirigeants qui se levaient en criant à l’imposture et au scandale et qui menaçaient de quitter les lieux sur le champ. Et puis, d’un seul coup, il y eut un nouveau tir à balle réelle qui mit tout le monde d’accord. Ce n’était pas un exercice. Ils étaient au milieu de nulle part. Il n’y avait pas de gardes du corps et Nathan était prêt à faire un exemple dans la minute, si besoin, en descendant une ou plusieurs personnes prises au hasard dans le tas.

Les dirigeants le prirent tout de suite très au sérieux. Personne ne semblait blaguer sous la tente et les autres types cagoulés n’avaient pas l’air conciliants pour deux sous. La peur était palpable, certains dirigeants se pissèrent sur le costard. Ils n’étaient pas à un cours magistral mais au milieu d’un groupe de terroristes déterminés qui imposaient leur loi.

Tout le monde se rassit, en ordre, et, l’un après l’autre, tous les chefs d’état signèrent l’officialisation de leur propre démission et la remirent à un des membres d’Hydrogène.

Max venait juste de réaliser un coup d’état planétaire simultané, et ce n’était pas rien. C’était même complètement inédit à ce niveau. N’en déplaisent aux analystes de la criminalité, un coup de maître, qui ne se reproduirait sans doute pas.

Après la signature des démissions, les chefs d’état furent simplement mis à la porte de la tente. Il n’y avait pas d’hélicoptères prévus pour le retour, pas de protocoles pour ces ex-grands personnages de l’ancien monde. Ils furent lâchés sur la plage tous ensemble. Ils avaient l’air de rien sans escortes. Des randonneurs au milieu du désert habillés en costume-cravates, robes tailleurs et chaussures coûteuses. On aurait dit un groupe de pingouins en habit du dimanche, seuls au milieu de la plage, qui se dandinaient gauchement. Ils se regardaient, se becquetaient, se chamaillaient et aucun n’avait l’air de savoir vraiment quoi faire.

Pour les disperser, Nathan envoya une nouvelle salve de tirs de kalachnikov, il commençait même à y prendre sérieusement goût. Et d’un seul coup, comme des oiseaux, la troupe s’éparpilla en piaillant, cherchant la sortie de la plage, comme si elle attendait simplement qu’on lui donne le signal de départ pour partir. Si la situation n’avait pas été si grave, ça aurait pu faire un drôle de passage dans un film comique, tant le ridicule de la situation était évident. Les hommes d’état se précipitèrent pour monter la dune en courant, et, dans la panique, ils se marchaient dessus, se renversaient comme des culbutos. D’autres redescendaient en roulant dans le peu de sable qu’ils avaient réussi à gravir. On aurait cru des quilles lâchées par des enfants qui roulaient du haut en bas d’un tas de sable et recommençaient. C’était vraiment désopilant.

Tom se retint de rire et les regarda, longuement, gravir le monticule de sable avec peine.

Quand les dirigeants arrivèrent enfin en haut de la dune, un grand silence se fit dans la troupe jacassante. Ils venaient de découvrir le panorama qui se déroulait sous leurs yeux et, comme s’ils n’étaient jamais sortis de leurs bureaux respectifs, ce qui était peut être le cas, comme s’ils n’avaient jamais fait un pique-nique sur la plage ou une promenade en forêt, ils furent subjugués par la beauté du paysage.

Du haut de la dune, le spectacle était à vous couper le souffle. Une nature intacte, sauvage, vierge de toute occupation humaine, et qui semblait avoir traversé les siècles sans dommages. Le retour à l’état brut. L’horizon n’avait pas de limites. Aussi loin que vous portiez le regard il se posait sur une immensité : une immensité d’eau, côté océan, et une immensité verte, côté forêt. Au-dessus de ces mers mouvantes et infinies se promenaient les oiseaux : un ballet incessant d’oiseaux criards de toutes tailles et de différentes espèces qui déployaient des ailes majestueuses et plongeaient successivement en piqué de haute voltige. Ils virevoltaient, planaient en étendant leurs ramures ou battaient des ailes en croassant. Ils se poursuivaient, se frôlaient, s’évitaient à la dernière minute en une maîtrise parfaite d’un vol d’une grâce absolue. Au loin, sur la berge, le long de vagues, de tout petits échassiers couraient, groupées sur la grève, avant de s’envoler tous ensemble, à l’approche de la vague. Jamais les dirigeants n’avaient vu pareil meeting aérien autrement que sur des images vidéos, jamais il n’avait pris le temps d’écouter le silence de la nature. Cette fois ils s’arrêtèrent pour admirer le ballet sauvage. Voilà nos hommes politiques qui se transformèrent en simples hommes parmi les mortels et qui découvraient avec stupeur le monde qui les entourait. L’expérience n’avait pas que des défauts. Le silence se fit dans leurs rangs et l’émotion leur saisit les entrailles. Ils se sentirent unis par l’émotion. Ils se sentirent minuscules. De minuscules pingouins dans l’immensité des dunes qui s’étendaient à perte de vue. Ça leur coupa la parole définitivement.

Puis ils s’élancèrent en courant dans la descente dunaire et ils disparurent soudain de la vue que le groupe Hydrogène avait depuis la plage se dispersant pour partir annoncer la bonne nouvelle à leurs ex-administrés. Voilà que commençait un monde nouveau dont ils seraient peut-être, étonnamment, les tout premiers prophètes.

Max se retourna pour regarder tour à tour les différents membres du groupe. Tous masqués de noir, tous solitaires mais groupés, tous différents mais unis. Seuls ceux qui les connaissaient intimement, ou ceux qui, comme Max, les avaient côtoyés dernièrement pouvaient envisager de les identifier derrières leurs combinaisons. Une dizaine de membre qui venaient de changer le cours des choses.

Il devina le sourire qui se dessinait sur tous les visages et qui transparaissait à travers les tissus opaques des cagoules. Cet instant, gravé au fer rouge, ferait partie de ses souvenirs les plus intimes.

C’était presque la fin de la mission et Max se satisfaisait du résultat obtenu à cet instant.

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