Chapitre 10 — Dernier acte, et silence après le tumulte
Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin s’éteignit finalement le 1er décembre 1691, âgé de cinquante et un ans.
Fin discrète, presque en contraste avec une existence qui ne le fut jamais tout à fait.
Dans un dernier geste dont lui seul avait le secret, il avait désigné son épouse — si l’on peut encore user de ce terme sans hésitation — comme exécutrice testamentaire.
Françoise-Athénaïs, ainsi rappelée une ultime fois dans un rôle qu’elle n’avait jamais tout à fait cessé d’occuper.
Comme un lien que ni le scandale, ni l’exil, ni le temps n’avaient su rompre entièrement.
Après sa disparition, les choses, lentement, reprirent leur place.
On raconte que leur fils, désireux sans doute d’apaiser une mémoire trop bruyante, fit abattre les cornes de pierre qui ornaient encore le portail familial — vestiges d’un affront devenu légende.
Geste tardif, mais nécessaire.
Et comme il arrive souvent, l’Histoire, qui se montre parfois cruelle dans l’instant, se fit plus conciliante avec le temps.
La branche familiale connut finalement une forme de réhabilitation, lorsque le marquisat d’Antin fut élevé en duché au début du siècle suivant — dignité revenue, sinon à l’homme, du moins à son nom.
Quant au marquis lui-même…
Il laissa derrière lui moins une fortune qu’un souvenir.
Celui d’un homme qui, dans un monde fondé sur l’apparence, choisit — à ses dépens — de prendre les choses au sérieux.
Et qui, pour cette raison même, refusa jusqu’au bout de plier.

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