Chapitre 33

9 minutes de lecture

Maison des parents de Cameron, au bord de la forêt de Wattrem, 12 avril 2010, 15h50 environ

Cameron rentra chez lui. Personne ne s'y trouvait. Son père était au travail et sa mère ne devait plus tarder à rentrer.

Sa journée avait été pour le moins compliquée. Presque personne au lycée ignorait son amitié avec la jeune fille disparue. Il avait passé sept dernières heures à subir les interrogations de ses camarades. Certains lui demandant s'il pensait qu'elle s'était fait enlever ou si elle avait fugué. D'autres voulaient connaître les questions que lui avait posées la Police, en voulant parfois savoir si ça s'était passé comme dans les séries policières.

C'était la deuxième fois qu'il vivait ce genre d'expérience. La première fois, c'était au lendemain de l'incident de Wattrem, lorsque Leslie se retrouva mystérieusement plongée dans le coma. Lui-même ne savait pas vraiment ce qu'il s'était passé ce jour-là.

Il entra dans sa chambre, posa son sac à dos et se retourna pour refermer la porte. Mais à sa grande surprise, elle se referma toute seule et une force invisible tourna la clé pour la verrouiller. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Il avait déjà été témoin d'évènements paranormaux de ce genre, mais jamais chez lui.

—Où il est ? lui demanda une voix féminine dans son dos, le faisant sursauter et se retourner.

—Toi ? Une Paranormale ?

Cynthia se tenait debout, la tête légèrement penchée vers le sol, le regard menaçant, fixant les yeux du lycéen. Ce dernier n'avait jamais vu un tel regard. Il avait l'impression d'avoir la fille d'un démon en face de lui.

—Pourquoi tu cherches tant à le retrouver ? Qu'est-ce que tu lui veut ?

—Où il est ? redemanda la petite fille en claquant le garçon sur la porte.

—Je... j'en sais... rien, répondit Cameron en tentant de se libérer, en vain.

La Paranormale restait figée, debout les bras le long du corps, le regard glaçant, les cheveux volant.

—C'est ce que tu nous a dit l'autre jour, mais hier tu étais bien avec lui, non ?

—Ça faisait des mois que je ne l'avais pas vu. Quand ils ont enlevé Leslie j'ai décidé de reprendre contact avec lui. Mais là... là je ne sais pas où il est.

Cynthia discerna un soupçon de mensonge dans les paroles du garçon. Elle le souleva jusqu'à ce que sa tête soit à peine à quelques millimètres du plafond. Le garçon crut un instant qu'elle irait jusqu'à lui fracasser le crâne sur le plafond.

—Il... Il a dit qu'il comptait libérer Leslie, cracha-t-il.

—Il sait où elle est ? demanda Cynthia, étonnée.

—Son... Son équipe a réussi à placer un mouchard sur l'un des fourgons avec lesquels ils sont venus hier. On les a tracé jusqu'à leur repaire. Mais il m'a dit de ne plus m'en méler. C'est tout ce que je sais, je... je te le jure.

Le garçon fut alors délicatement reposé au sol. Mais la fillette n'en avait pas terminé avec ses questions.

—Où ?

—À environ quatre vingt kilomètres d'ici, dans une base Sentinel.

—Conduis-moi là bas.

—Quoi ? Et comment ? Je... je n'ai pas de voiture. Et puis je ne sais pas conduire. Même si tu n'as pas l'air de le voir, J'ai que seize ans.

Cynthia n'avait pas prévu cette réponse. Elle ignorait qu'il y avait un âge pour la conduite. Puis elle réalisa qu'effectivement, toutes les personnes qu'elle avait vu au volant d'un véhicule motorisé avaient un certain âge. Elle devait alors trouver un autre moyen de s'y rendre.

—Montre moi où c'est ?

Le garçon alluma son ordinateur portable, posé sur son bureau. Cynthia vit qu'il avait en fond d'écran une photo de lui aux côtés de la jeune fille disparue. Ils semblaient très proches. Et heureux. Tout sourire aux lèvres. La petite fille aurait tout donné pour connaître de pareils moments. Mais ça lui était refusé à cause de ce qu'elle était.

—Tu la connais depuis longtemps ? demanda-t-elle.

Cameron devina qu'elle parlait de Leslie. Il nota également le changement de ton de la fillette qui semblait plus apaisée. Il ne savait pas s'il devait se sentir rassurer ou non. Mais il accepta de répondre honnêtement.

—Presque trois ans. Je l'ai rencontrée un peu avant Jo et son groupe.

Il ouvrit Internet, ne laissant alors pas plus de temps à la fillette pour observer la photo.

—Qui sont ses amis ? demanda Cynthia. Il y en a qui viennent d'Utopia ?

—Ils viennent tous d'Utopia. Comme lui. Et je ne sais pas grand chose d'eux, mis à part leurs noms.

—Qui était avec lui hier ?

—Les deux garçons, c'était Tao et Bobhanakha, répondit Cameron tout en se connectant sur une application de cartographie en ligne. Si tu trouves le prénom assez original, c'est parce qu'il est utopien. La fille, c'était Démetra.

—Démetra, répéta la petite fille comme si ce nom lui rapellait quelque chose.

—Oui. Comme la dernière planète du système, précisa le garçon.

Cynthia se remémora alors les pages d'un livre pour enfant que lui avait donné son père. Un ouvrage sur le système Solaris. Elle se souvint également qu'il était très évasif sur la planète Utopia, la présentant comme un monde semblable à Exotis, mais plus hostile. Concernant Démetra, il s'agissait d'un monde tellurique complètement désert.

—C'est là, dit Cameron en faisant tournoyer le curseur de son pavé tactile autour du complexe. Tu vois, c'est assez bien gardé. Il y a des grilles, des postes de gardes... Franchement, je ne sais pas comment Jo compte y pénétrer.

Cynthia se remémora les visages des amis de Jo. Il s'agissait d'une bande d'adolescents. Comment feraient-ils pour s'infiltrer dans une base Sentinel ? Certes Jo avait réussi à pénétrer le Refuge pour s'emparer de l'armure X, mais là, ça serait différent. Il y avait sûrement plus d'hommes armés qu'il y en avait au Refuge, d'autant plus que Sentinel s'attentdait peut-être à ce qu'il débarque tôt ou tard.

—Il ne peut pas y arriver.

Cameron tourna le regard vers elle, se demandant la raison qui lui poussait à croire ce qu'elle venait de dire.

—Mais moi si, ajouta la Paranormale.

—Peut-être... Mais personne ne voudra te conduire là-bas.

—Pourquoi ?

—Parce que c'est une zone interdite. C'est l'une des rares bases Sentinel du pays. Sentinel est un groupe paramilitaire qui d'ordinaire n'a pas le droit d'intervenir sur le territoire des Etats-Fédérés, sauf en cas d'urgence. Si on se fait attaquer ou pour assister la population lors de catastrophes naturelles. La plupart de leurs bases sont à l'étranger. Si ce sont bien eux qui ont enlevé mon amie, alors soit ils ont eu l'autorisation du gouvernement, soit ils ont enfreint les lois.

—Ça veut dire quoi "paramilitaire" ?

—C'est... ça veut dire que c'est un groupe militaire mais pas de notre armée. Je crois que Sentinel est lié à l'entreprise d'armement Rising Drake. Mais je ne suis pas sûr.

—Rising Drake ?! s'exclama la petite fille.

—Oui, là où tu étais, d'après Jo. C'est Rising Drake qui a fondé le groupe. Même s'il est autonome.

Cynthia comprit alors pourquoi Hirsh était présent la veille à l'entrepôt abandonné. Elle replongea son regard sur l'écran. Il n'y avait que des terrains vagues sur plusieurs kilomètres autour de la base. Toutefois, elle y repéra un ensemble de bâtiments un peu plus au nord, sur lesquels il était écrit Zone commerciale de Fremonside.

—Cameron, tu es là ? demanda une voix féminine.

Le garçon se leva de sa chaise sous le regard menaçant de la fillette qui se remit soudainement sur ses gardes.

—Je dois lui répondre, dit-il. C'est ma mère.

La phrase toucha la petite Paranormale qui n'avait pas eu la chance de connaître la sienne. Pire que ça, puisqu'elle récemment appris qu'elle était morte de sa faute. Cynthia lui fit un signe de la tête pour lui dire de la rassurer.

—Oui maman, répondit le garçon à travers le couloir, après avoir ouvert la porte.

Lorsqu'il voulut revenir vers sa visiteuse, il fut surpris de voir qu'elle s'était volatilisée. Son regard fut ensuite attiré par la fenêtre qui était ouverte. Le rideau volait sous l'effet du vent.

—Mais t'es qui toi ? se demanda l'adolescent.

Il attendit quelques secondes le temps de s'assurer qu'elle était bel et bien partie. Il s'approcha timidement de sa fenêtre comme s'il s'attendait à ce qu'elle en jaillisse. Une fois au niveau de celle-ci, il scruta les environs. Il ne vit que la voiture de sa mère, une berline grise garée à côté de l'allée qui menait sur la route, et la forêt. Aucune trace de la petite. Elle n'était plus là. Il s'empressa alors de sortir son portable et de contacter Jo, en espérant qu'il était toujours là, sur Exotis.

Après quelques longues secondes d'attente, il décrocha enfin.

Cameron...

—Jo... merci t'es sur Exotis... La fille... Celle qu'on a croisé hier dans l'entrepôt... Elle est venue chez moi.

Quoi ?

—C'est une Paranormale. J'ai... Elle m'a forcé à tout lui dire. Je ne sais pas comment elle va faire, mais je crois qu'elle se dirige en ce moment-même, vers la base Sentinel.

Et merde.

—Mais qu'est-ce qu'elle te veux ?

Je te l'ai dis, j'en sais rien. C'est juste une fille qui était au complexe quand j'ai volé l'armure.

—Elle pense que tu vas t'indroduire dans la base. Rassure moi, c'est pas ce que tu comptes faire, si ?

Cameron resta quelques secondes sans réponse. Puis, Jo se décida enfin à lui en apporter une.

Je t'ai dit que je te la raménerai. Fais moi confiance.

Sur ces paroles, l'utopien raccrocha. La réponse était évasive. Cameron jeta son téléphone sur son lit avant de s'y asseoir. Il posa les coudes sur ses genoux et se prit la tête dans les mains. Il aurait tout donné pour que l'Elfe aux côté de laquelle il avait combattu dans la forêt il y avait presque trois ans, Naturia, soit là. Elle aurait sûrement trouvé une solution pour aller libérer son amie au nez et à la barbe des forces Sentinel. Mais il ne l'avait pas revue depuis l'incident. Elle était retournée sur Utopia.

Dans ses pensées, il n'avait pas entendu les pas de sa mère qui était montée pour prendre de ses nouvelles. Lorsqu'elle frappa à la porte, Cameron se redressa et se tourna vers elle.

—Maman ?

—Tu vas bien ? Comment ça s'est passé aujourd'hui ?

—On n'a pas arrêté de me poser des questions.

La mère sentit la détresse de son fils. Elle vint s'asseoir à côté de lui afin de le rassurer.

—La Police travaille dur. Je suis certaine qu'ils la retrouveront.

—Oui. Je suis sûr aussi. Mais j'espère qu'elle va bien.

***

Pendant ce temps, Cynthia marchait le long de la route et attendait le passage d'un véhicule suceptible de la conduire à sa destination.

Après quelques minutes, une vieille berline blanche conduite par un homme approchant les soixante-dix ans, cheveux poivre et sel et moustache chevron, s'arrêta.

—Tu es perdue petite ?

Cynthia adressa un sourire malicieux au conducteur avant de monter d'elle dans le véhicule en s'installant sur la banquette arrière.

—Tu sais où se trouve la zone commerciale de Fremonside ?

—Bien sûr... Pourquoi tu me demande ça ?

La petite fille ouvrit la portière arrière droite du véhicule et s'installa sur la banquette arrière.

—Alors conduis moi là-bas.

— Quoi ? Mais... je ne peux pas t'emmener comme ça. Où son tes parents ? Ils ne t'ont pas laissé là, seule quand même ?

—Conduis moi, répéta la petite fille d'un ton plus menaçant.

L'homme scruta les alentours de son véhicule depuis son siège. Il cherchait les parents de sa passagère.

—Je dois te conduire à la Police mon enfant. Si tu es une enfant perdue il faut...

—Non ! hurla Cynthia. Pas la Police. Tu ne sais pas ce que je suis. Conduis moi à la zone commerciale de Fremonside et je ne te ferais aucun mal.

Le vieil homme regardant la fillette dans son rétroviseur, compris qu'elle n'était pas une petite fille ordinaire. Son cœur s'emballa, une goutte de sueur perla depuis sa tempe. Il ne croyait pas ce qu'il était en train de vivre.

Il avait, comme tous le monde, déjà entendu des histoires à propos d'auto stoppeuses fantômes, forçant les malheureux qui s'étaient arrêtés pour l'embarquer à se rendre dans des endroits insolites. Mais il n'avait pas cru à ces légendes. Pourtant, il était en train d'en vivre une. Il redémara sa vieille voiture direction Fremonside.

Annotations

Vous aimez lire Jonathan.H ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0