Chapitre 5 - L'Oracle
Cela fait quinze minutes que j'essaie de retrouver le sommeil en comptant les petites araignées suspendues au plafond du mobil-home.
Quinze minutes que j'alterne les poses pour tenter de trouver quelques centimètres de draps frais. Mais plus je m'impatiente, plus mon dos s'incruste peu à peu dans la literie vieillissante du mobil-home. Quelle chaleur… Et dire que dans à peine deux heures, on m'attend à la réception pour la répartition des missions de la journée…
Un miaulement me tire de mes ruminations. Marcus ! En voulant se glisser par la fenêtre entrouverte, le chat mascotte du camping s'est pris une de ses griffes dans le rideau.
— J'arrive, mon pauvre, lui dis-je, en m'installant sur le rebord de la fenêtre à côté de lui.
Tiens… voilà, ta patte est libre.
Une odeur réconfortante émane de Marcus.
J'en connais un qui est allé faire un petit tour du côté de la boulangerie, avant son ouverture… Il sent les croissants à plein nez, ce petit veinard ! Avec son poil éternellement ébouriffé et un strabisme très prononcé, Marcus amuse tout le monde au camping. Visiblement repu, il décide d'entamer sa digestion sur mes cuisses. Moi qui voulais profiter d'un peu d'air frais… je me retrouve avec un chat qui me fait office de manteau de fourrure !
— On se ressemble un peu tous les deux, hein ? On a une drôle d'allure.. surtout toi, ne te vexe pas… Deux petites créatures un peu bizarres aux yeux des autres…
Marcus ronronne, la tête appuyée sur mes genoux. Il y a fort à parier que si ce chat pouvait répondre, il me dirait que le plus étrange de nous deux n'est pas le matou en balade,
mais bien l'étudiante qui lui raconte sa vie à six heures du matin ! Je glousse et fais sursauter Marcus en imaginant la discussion que nous pourrions avoir lui et moi. Il en profite pour changer de position, incommodé par les premiers rayons de soleil qui pointent, eux aussi, le bout de leur nez.
Comme le camping est paisible à cette heure-ci… Pas un bruit dans les allées, juste le clapotis des vagues au loin et ce bruit de moteur qui émane de la petite bête assise sur mes cuisses. Bientôt, s'inviteront le rire des enfants et les préoccupations de leurs parents : « Chéri, t'as bien pris les brassards ? Tu veux quel transat' ? » En attendant, le soleil pousse la lune vers la sortie et disperse avec lui une lumière orangée qui donne un air romantique au camping, comme si quelque chose de magique allait bientôt s'y produire.
— Dis, Marcus, tu crois que je vais trouver ma place ici ?
Marcus plisse ses yeux en savourant mes gratouilles.
— Je prends ça pour un oui… C'est vrai que le week-end d'adaptation s'est plutôt bien passé et cette semaine de rentrée suit son cours, mais…vais-je réellement m'intégrer ? Ai-je eu raison de choisir cette voie ? Une animatrice hyper introvertie avoue que c'est assez original, non ? Et puis à part Bridget, à qui je parle ? Depuis mon arrivée ici, je fuis toutes les invitations des autres à sortir… Sans parler du dragon constamment sur mon dos…
Je suis interrompue par Marcus qui, d'un bond, atterrit sur la petite étendue d'herbe, devant mon mobil-home, visiblement lassé d'entendre mes confidences.
— Je vois… Dis-moi si je te dérange, hein.
Mon petit croissant ambulant sautille dans l'allée, puis il se retourne.
Je rêve, ou il vient de me faire un clin d'œil, comme pour dire que tout ira bien ?

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