Chapitre 8 :

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L'appartement est vide ce matin. Encore à moitié réveillée, je me dirige vers la cuisine pour ouvrir le réfrégirateur. Je prends la dernière bouteille de lait, et saisit un paquet de céréals qui traine sur le plan de travail.

Un baillement nait au fond de ma gorge, détournant juste assez mon attention pour que je renverse quelques gouttes en me servant. L'esprit encore ensommeillé, je me contente de manger en silence, tout en regardant à travers la fenêtre.

Il fait beau aujourd'hui. Les nuages ayant déserté le ciel, le soleil éclaire fièrement Paris de ses rayons, tapant contre la baie vitrée. Une petite brise donne vie aux fleurs qui décorent le balcon. L'espace d'un instant, j'ai presque l'impression qu'elles me saluent. Je me frotte les yeux, tout en secouant la tête face à ma naïveté.

Il faudrait se réveiller Perle.

Je mets mon bol et la cuillière qui l'accompagne au lave vaisselle, tout en tentant de faire le tri dans mes pensées. Tiens, la machine est vide. Pourtant, quand j'ai ouvert les yeux ce matin, Hope était déjà parti...

Il a certainement encore dû se lever trop tard pour avoir le temps de petit déjeuner.

Je referme le lave vaisselle, m'étire tout en baillant, puis me dirige vers le salon. J'ai encore un bon quart d'heure devant moi avant de devoir réveiller Lys et la préparer pour l'emmener à l'école. Je m'affale sur le canapé dans un soupir de satisfaction et cherche du regard la télécommande. Mais, quand je la trouve enfin, sur un coin de la table basse, je remarque également une lettre à côté.

Hope a dû aller chercher le courriel avant de quitter l'appartement.

Je m'empare de celle-ci.

Etrange, elle n'a pas d'adresse, ni de timbre. Je la retourne, et découvre mon prénom inscrit dessus. Pas de doute, c'est bien son écriture. Mes lèvres s'étirent en un grand sourire. Oh, quel romantique, il a pris le temps de m'écrire une lettre ! Mon coeur fond devant cette si gentille attention.

J'en ai de la chance, d'avoir rencontré quelqu'un d'aussi... Je n'ai même pas les mots.

Je me rappelle encore de l'instant où j'ai croisé son regard dans les couloirs du lycée, le jour de la rentrée. On s'est dévisagés, et le monde autour de nous s'est figé pour ne laisser plus que cet échange intense et silencieux.

Cela fait maintenant sept ans que l'on se connait. trois que l'on vit ensemble. Il m'a appris ce que cela faisait d'être aimée, et j'ai découvert ce délicieux sentiment qui crée des étincelles au creu de mon ventre et colore mon quotidien. Il n'a pas bronché quand je lui ai présenté Lys, âgée d'à peine un an, et insisté pour que celle-ci quitte l'orphelinat qui m'avait vue grandir pour s'installer avec nous.

Je l'aime pour tout ce qu'il est, ces qualités, ces défauts, et même son... Aptitude particulière qui donne vie à chacune de ses paroles.

Je devrais aussi lui écrire une lettre pour lui montrer à quel point mon coeur bat pour lui.

J'ouvre la lettre, et déplie le papier qui est à l'intérieur. Et ma bonne humeur fond comme neige au soleil.

Perle,

Je ne savais pas comment te le dire autrement.

Quand tu liras cette lettre, je serai déjà parti. Ne cherche pas à me retrouver. Je ne reviendrai pas.

Je sais que tu voudras comprendre. Tu voudras une explication claire, quelque chose de propre, de raisonnable, comme si quelques phrases pouvaient suffire à résumer des années entières. Mais je n’ai plus l’énergie pour ça.

Je suis fatigué.

Fatigué de devoir faire attention à chaque mot qui sort de ma bouche. Fatigué de réfléchir avant de parler, avant de soupirer, avant même de ressentir quoi que ce soit. J’ai l’impression de vivre avec une lame sous la gorge depuis des années. Toujours calme. Toujours prudent. Toujours sous contrôle.

Je n’y arrive plus.

Ces derniers temps, même le silence me demande un effort.

Alors je pars avant que quelque chose finisse par casser pour de bon.

Garde l’appartement. Dis à mon patron que je démissionne. Pour Lys… dis-lui ce que tu veux. Un voyage. Un abandon. La vérité. Ça n’a plus vraiment d’importance.

Ne le laisse simplement pas croire que c’est sa faute.

Je n’emporte presque rien avec moi. Quelques vêtements, un peu d’argent, le vieux carnet dans le tiroir du salon. Le reste peut rester là. Je n’en ai plus besoin.

Et ne m’attends pas.

Tu m’as connu assez longtemps pour savoir que lorsque je prends une décision, je vais jusqu’au bout.

C’est fini, Perle.

Fais comme si je n’avais jamais existé.

Hope

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