Chapitre 19 (bis) :
Attablée dans le salon en compagnie de Hope, je ne peux m'empêcher de me demander encore une fois pourquoi je ne suis pas partie. Cette interrogation silencieuse grossit à mesure que le vieux s'avance, un plat fumant dans les mains. Le bruit que fait mon ventre ne tarde pas à me renseigner sur la réponse.
J'ai une faim de loup et les rations au quartier général ont un goût atroce.
- J'espère que vous savez cuisiner malgé votre âge avancé, je lance à l'homme qui affiche un petit sourire énervant.
- Libre à vous de partir si vous trouvez la tarte aux poireaux horrible. Cela nous fera des vacances. En plus, je suis persuadé que Hope se fera un plaisir de finir.
Je marmone, de mauvaise foi, avant de me saisir d'un couteau pour me servir. Mieux vaut le faire soi-même, surtout lorsque le cuisinier a une dent contre vous. Ce dernier éclate de rire lorsqu'il me voit examiner mon morceau du bout de la fourchette, et je le fusille du regard.
Hope, lui, attaque sa part avec appétit. Après quelques minutes, je finis par goûter, néanmoins méfiante. Une explosion de saveurs envahit ma bouche, me faisant retomber des années en arrière. C'est délicieux, à des kilomètres de tout ce à quoi je m'étais habituée ces derniers temps. Le coin de mes lèvres se lève, avant de brusquement se baisser quand je me sens observée.
Je fais semblant d'avaler difficilement.
- Mouais, bof.
Je relève la tête, et remarque deux paires d'yeux braquées sur moi. Hope et son "ami" sont en train de se payer ma tête, ne croyant pas un seul instant ma comédie. Je les dissuade silencieusement ne serait que de pouffer, puis me remets à manger comme si de rien n'était.
Les minutes s'égrènent, et un blanc très embarrassant s'installe, amplifié par nos bruits de mastication. Si normalement, l'absence de conversation ne me fait ni chaud ni froid, ce moment gênant couplé au reste a raison de moi.
- Alors, comment as-tu fait pour te lier d'amitié à un centenaire ? Je demande à Hope.
Il sort son carnet, mais le papi répond à sa place.
- C'est pas tes oignons, gamine.
Je l'ignore délibérément, attendant que le jeune homme finisse d'écrire.
Il m'a empêché d'abandonner la vie, même si elle est injuste et cruelle, et de tomber dans le cercle vicieux de la boisson et du reste.
Je le dévisage, les yeux écarquillés. Son expression lasse, presque vide, m'horrifie et me peine encore plus. Voulait-il sérieusement en finir à ce point ? Mais pourquoi tant de désespoir ? Une pensée sournoise se glisse dans mon esprit, empoisonnant mon coeur.
Serait-ce... De ma faute ?

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