Une nouvelle page se tourne !

6 minutes de lecture

Trouver les mots, je pensais les posséder, durant ces dix années d'abord sur Scribay puis sur ADA ensuite.

Mais à quoi bon écrire, si l'on ne trouvait pas ou plus d'échos à ses textes, à ses idées, à ses histoires, dans les commentaires ou dans la lecture des écrits. Et si l'interactivité, l'échange et la participation à des défis s'estompaient au fil des ans, des mois et des jours.

La fin inéluctable semblait s'annoncer depuis ces trois dernières années avec la disparition de Gladys qui prenaient en charge nos doléances. On n'avait même pas pensé à la remercier. Elle avait dû se sentir bien seule à prendre à son compte toutes nos décharges émotionnelles.

Les pannes fréquentes, l'instabilité des connexions, sans accompagnement de la maintenance, nous éloignaient sans cesse, les uns des autres, et surtout du gardien du temple, préoccupé par des contingences d'ETP et de rentabilité.

Et nous, de partager dans des sujets d'échanges, nos préoccupations à défaut d'avoir quelqu'un pour y répondre. Pour ce qui me concernait, j'ai gardé le contact pendant plusieurs mois avec notre hébergeur. L'une des standardistes, en remplacement à ce poste, travaillant aux Moyens généraux, me tenait au courant de l'impact de nos demandes restées sans réponse. Semble-t-il que le Dircom souhaitait y donner suite mais toutes les parties n'avaient pas le même intérêt.

Je ne connaissais aucune de ces personnes et donc je ne leur jetterai pas la pierre.

Toutes ces employés possédaient des responsabilités, devaient des comptes à rendre et atteindre des objectifs. Mais l'on pouvait concevoir qu'un groupe comme Éditis devait posséder des moyens. De ceux qui lui permettraient de lisser l'impact de la maintenance d'un site tel qu'ADA, dont semble-t-il, nul ne soupçonnait l'importance réelle en effectif, en production et en créativité.

Mais l'écrire, en parler, représenterait une vision assez réductrice. Je ne détenais pas tous les tenants et aboutissants. On ne peut parler que de choses que l'on connaît réellement et non de celles que l'on suppose, sinon cela devient une rumeur.

*

Alors que reste-t-il de cette aventure, commencée avec Manuel et Arnaud, sur un site du nom de Scribay, sans aucun doute, un véritable challenge pour eux. Pour ces deux belles et talentueuses personnes qui s'y consacrèrent pendant une décade, jour et nuit.

Je ne sais si certains d'entre vous participèrent à l'Académie. Pour ma part, cela m'a apporté beaucoup, même si je n'avais pas fait aboutir deux polars sur lesquels je travaillais. Les supports, les vidéos et les outils, les intervenants étaient d'une grande qualité. Et le prix promotionnel abordable.

Sans doute que je les publierai un jour prochain. Car j'ai encore du travail sur les personnages et l'arc narratif. Écrire n'était pas une balade de santé. Il y avait tant d'interactions entre l'intention initiale et la réalité des mots, des émotions et des ressentis. La perception de l'éditeur, des relecteurs. Je lisais, il y a peu, que Bernard Werber dans son "Mémoire d'une fourmi", paru en 2022, réalisait plus de dix versions différentes du même manuscrit avant d'aboutir à un résultat qui produise un consensusavec son éditeur.

*

Aussi, si j'établissais un panégyrique de mes aventures, de mes expériences, j'en oublierai sans doute. Mais sur Scribay surtout, et ADA par la suite, je m'essayai à bien des exercices.

Le Rallye des Albatros en 2016, dédié à la poésie et sans nul doute celui qui m'habita le plus. À redécouvrir de grands auteurs de notre littérature, en écrivant en bouts rimés des poésies, proposant une autre histoire, tout en respectant le rythme, les pieds, la ponctuation et la rime.

Le projet Ray Bradbury en 2016, je le suivis en pointillé car il demandait une assiduité quotidienne et hebdomadaire. Et mon activité professionnelle avec le transport, les trajets et les horaires sur la capitale ne me permettait pas une grande régularité.

Un défi sur les cinq sens en 2017. J'y participai en proposant "Les odeurs de bébé". Plusieurs reprirent ces exercices par la suite de façon redondante.

La pratique me permit d'améliorer mes écrits en les rendant plus accessibles au lecteur qui par ses perceptions pouvait s'identifier à l'histoire et ses personnages.

Writober à deux reprises : en 2023 avec des poésies au quotidien sur une liste de trente mots pour trente jours, ceux du mois d'octobre. En 2025, je relevai à nouveau en inventant une histoire d'amour entre deux personnages de fiction vivant dans ma région. Et plus précisément dans la ville voisine, avec en toile de fond, la Cité internationale de la langue française, le musée Alexandre Dumas et le bureau de Poste.

Des Images et des mots en 280 signes, je ne savais depuis quelle date et avec une nouvelle version plus récemment. Je m'y attelai, je dirais, pendant trois ans. L'exercice quotidien en partant d'une image forçait l'imaginaire à se développer sur la première impression. Je vis des mini-histoires naître en seulement deux cent quatre-vingt caractères. Une véritable gageure, un challenge de concision, comparable à l'écriture de Haïkus ou de Tankas.

Avec Une Nouvelle Chaque Semaine (UNCS#) que je repris en 2024, je crois, et que je suivais depuis plusieurs années auparavant avec @Cerise@, je participai en écriture puis seulement à l'organisation sur cette dernière année. Mes études à l'Université de Tours entre décembre 2023 et février 2025 me mirent sur le grill et je ne pouvais répondre à toutes les attentes.

Il me fallait choisir.

Je m'essayai à des défis avec incipit et excipit, à différentes déclinaisons de l'Oulipo, sur le principe de l'écriture sous la contrainte, dans la lignée de Raymond Quenaud et Georges Pérec.

Au final, sans doute que nous n''inventions rien, mais nous reprenions en quelque sorte le flambeau en proposant des exercices pour jouer avec les mots, l'esprit, le monde et ses éléments, l'histoire, le récit et la mémoire.

*

Aujourd'hui, je me dis que nous avions une chance inestimable.

Celle de pouvoir s'exprimer en parole, en écrit, en pensée, en spiritualité, en émotions et en sensibilités. Ces opportunités nous sont rendues possibles par le pays dans lequel nous vivons et par les moyens de communications de toutes sortes qui nous ouvrent des portes physiques, numériques, immatérielles.

Ce pays qui permet d'écrire et de publier, et je ne sais si cela durera, d'aborder tous les sujets. Car déjà se dressent, ici et là, des prêcheurs de la bien-pensance, l'interdiction de livres à la vente et/ou à la lecture. Alors comment s'éduquer, développer son sens critique, si l'on ferme les esprits à la connaissance, mais sans doute est-ce pour pouvoir mieux canaliser les masses.

Et des plateformes comme celle que nous devons quitter procèdent de ce phénomène. Un espace d'écriture qui disparait, c'est un mur sur lequel on n'écrira plus, des rencontres et des confrontations qui ne se feront plus, ou de moins en moins, et sans doute aussi des frustrations qui naîtront.

Surtout quand ceux qui avaient la charge de nous offrir cet espace nous abandonnent, sans l'art, sans la manière, sans le tact, sans le respect et nous ayant tenu dans l'ignorance. Autant de valeurs humaines qui ne coûtent pas si chers, si l'on y regarde bien.

*

Je ne ressens pour ma part, aucune tristesse ni amertume.

Je savais tout au fond de moi que cette fin ici serait inéluctable en raison de ses signes avant-coureurs.

Je m'y étais préparé mais j'ai tenté jusqu'au dernier moment de lancer un pont, une passerelle. Et malgré ma conviction, je n'ai pu susciter qu'une prise de conscience, ce qui est peut-être déjà beaucoup.

Je pense retrouver une grande partie d'entre vous sur d'autres sites et j'aurai plaisir à partager à nouveau la couleur de nos mots.

*

Le premier jour où je suis arrivé sur Scribay, j'ai tenté un premier défi.

Écrire, de façon automatique, un texte en dix minutes, chrono en main, sur le thème des Origamis.

Au final, je crois très sincèrement que nous sommes tous des origamis !

Jean-Michel Palacios

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Pour me retrouver

FB et Insta, Scribonautes et Pochade.

Pour me lire

Mes poésies de vie, aux Éditions du Lys bleu.

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