3.
… parce que la discipline, le courage, la protection d’autrui, le travail, notre société en a besoin. Qui défend la patrie ? Qui possède la force physique ? Qui protège son foyer ? Qui nourrit sa famille ? Vous représentez la classe supérieure de notre société.
Nous souhaitons forger une société forte, maîtresse de son destin. Nous voulons des hommes forts, protecteurs, travailleurs, passionnés, qui ensemble formeront l’Armée du Peuple Idéal.
C’est pour cela que nous aspirons à développer l’implantation de nouveaux centres « Nouvelles Sources », afin de générer les femmes idéales et des hommes aux ratios physiologiques optimisés…
Oliver n’écoutait que d’une oreille la diatribe du speaker, alors qu’il préparait un smoothie et vidait un paquet de chips dans un saladier. Dans quelques minutes, il s’apprêtait à regarder, sur son écran tridimensionnel, la finale mondiale de Powerball, opposant son équipe fétiche, les Thunderbirds aux brutaux Cold Revenge.
Il ressentait le besoin d’oublier ses soucis. Malgré les nano-traitements, son bilan physiologique avait chuté irrémédiablement. Il savait ce que cela signifiait. Il serait bientôt catalogué comme un rebut, le produit défaillant d’un système censé produire la perfection. Tôt ou tard, le Komitet sonnera à sa porte.
Les Thunderbirds menaient de douze points à la mi-temps. L’heure du Half-time Show et des publicités interminables. Oliver, profita de cet intermède pour se préparer un nouveau cocktail.
Des coups sourds contre la porte de son domicile le firent sursauter. Le verre se fracassa au sol. Oliver se figea. Il sentit les battements de son cœur s’emballer. Il savait qu’ils ne laissaient jamais de seconde chance.
De nouveaux impacts lourds retentirent contre la porte, répondant en écho aux spots publicitaires tridimensionnels projetés par l’écran. Oliver resta immobile, presque vacillant, cherchant à reprendre son calme. Des milliers d’informations contradictoires chahutaient dans son esprit. Ses yeux glissèrent vers la porte. Le système lumineux était toujours en Auto-Lock.
Rien. Aucun signal de forçage, aucune procédure d’inspection.
Encore trois coups brefs, plus doux.
- C’est moi ! lança Sacha à travers la porte.
Oliver hésita l’espace d’un court instant, le temps d’intégrer mentalement la situation. Il se reprit et ouvrit à son camarade. Le Komitet ne viendra finalement pas ce soir.
- Tu es tout pâle, ils se sont pris une claque, le Thunder ?
- Non, ce n’est pas, ca, Oliver. Un instant j’ai cru que…
- Les gens du Komitet ?
- Oui. J’ai un mauvais pressentiment.
- Ne t’en fais pas, mec.
Oliver tendit un six-pack de bière à son ami et changeant de registre.
- Bon alors, le Thunder, ça donne quoi ?
- Ça va, ils mènent.

Annotations
Versions