9. Profilaktika

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Chez lui, Oliver s’était connecté au Krug. Il se sentait plus calme et heureux depuis quelques jours.

Il avait repensé à Alina. Il s'était écoulé quelques minutes à peine, et pourtant il se souvenait encore avec précision du parfum de ses cheveux, de la douceur de son épiderme et de la tendresse avec laquelle elle l’avait regardé. Ses yeux, deux amandes d’un bleu clair, virant au gris avaient laissé en lui une empreinte persistante. Son corps correspondait parfaitement aux canons de la Nouvelle Société.

Le Système l’avait choisi, elle, pour lui en quelques microsecondes, sans qu’il ne comprenne les raisons exactes de cette association. Pourtant, Oliver en était sûr, malgré son déclin et ses faiblesses physiologiques, l’embryon qui allait grandir deviendrait cet enfant parfait, prodigieux, qu’on enlèvera à sa mère biologique et qu’on élèvera en enfant prodigue.

Il connaissait le Système. Cela lui était dorénavant égal.

Un script apparut inopinément sur son écran, distinctif de ces anciens virus informatiques amateurs. Derrière les lignes chaotiques de caractères et symboles qui défilaient, un motif récurrent se forma progressivement : un message clandestin de Hopeless Blues. Oliver sentit son rythme cardiaque s’emballer. Une sueur froide lui parcourut le dos tandis qu’il s’assurait fébrilement que son environnement Krug était bien crypté.

Des impacts lourds retentirent contre la porte.

Oliver retint sa respiration. Les battements de son cœur ralentirent brusquement.

De nouveau, la porte trembla. Le système d’auto-verrouillage se désactiva.

  • Procédure d’inspection ! cria une voix sourde, au moment où la porte s’ouvrit. Veuillez vous présenter de gré ou de force !

Oliver coupa le réseau et ôta son casque en soupirant. Il sortit de sa capsule et se dirigea vers la porte.

Devant lui se tenaient deux personnes.

Celui qui avait parlé était un homme de corpulence moyenne, portant une chapka de cuir rouge usé. L’officier du Komitet, reconnaissable à l’insigne métallique rond frappé de la lettre K, qu’il portait sur la poitrine de sa gabardine doublée d’un col en fourrure. Son regard perçant suffisait à son autorité. À ses côtés se tenait une femme, aux traits neutres, en uniforme sombre et sobre. Elle tenait encore le terminal de contrôle, qui avait servi à déverrouiller la porte et scanner l’appartement.

  • Monsieur, selon le Protocole P, nous vous prions de nous suivre.

Oliver sourit. Il savait ce que ce « P » signifiait. Profilaktika. Il était donc convoqué à un entretien de conformité. Le pire des scénarios. Ni déclassement, ni reclassement. Il disparaîtrait probablement dans les gouffres de l’administration.

  • Oui bien sûr… répliqua Oliver, d’un ton cordial avant d’enfiler une veste.

L’officier plaça une sorte de casque audio sur les oreilles d’Oliver, qui aussitôt le coupa de tous les sons extérieurs. La femme lui tendit des lunettes étranges, cerclées, aux verres opaques qu’il ajusta soigneusement. Oliver grinça des dents, lorsqu’elle les serra au moyen d’une lanière rigide.

Privé de vision et d'audition, coupé du monde exterieur, le trajet lui parut durer une éternité.

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