L’Institut (Stephen King)

4 minutes de lecture

Résumé : Un gamin surdoué est enlevé par une organisation secrète qui l’enferme dans un camp de travail pour jeunes à capacités spéciales.

Pour donner un avant-goût de l’ambiance, un petit extrait :

— (…) Tu vas passer un certain temps à l’Avant. Dix jours, peut-être. Ou deux semaines. Peut-être même un mois, mais il est rare que nos conscrits restent aussi longtemps.

— Les conscrits ? Vous voulez dire que j’ai été mobilisé ?

Mme Sigsby eut un petit hochement de tête.

« C’est exactement ça. Nous menons une guerre et tu as été appelé pour servir ton pays.

— Pourquoi ? Parce que j’arrive, de temps en temps, à déplacer un verre ou un livre sans le toucher. C’est stu…

Tais-toi ! » (p. 165)

Un très bon King

L’Institut était ma dernière lecture de l’année 2021. Il figurait de ma PàL depuis l’an dernier sans que j’y touche, car j’avais gardé un sentiment mitigé de mes dernières lectures du maître de l’horreur. Je suis heureuse de constater qu’il est encore capable de sortir des romans bien calibrés : à ce niveau, L’Institut est une véritable « masterclass » (pour parler comme les jeunes), qui renvoie à des œuvres précédentes (Salem – cité dans le roman - , la Tour Sombre). Une fois de plus, Stephen King fait montre de son immense talent de conteur, même (surtout ?) lorsqu’il se pose en observateur d’évènements et de personnages (en apparence) insignifiants. À cet égard, le premier chapitre est magistral : on est happé dès le premier paragraphe, sans même se demander pourquoi les pages qu’on est en train de lire diffèrent tant de ce qu’on nous avait promis sur la quatrième de couverture, à savoir, une histoire d’expériences secrètes et de super-pouvoirs.

La télékinésie et les expériences, on y entre lentement, mais sûrement, comme pour souligner l’éloignement progressif de la normalité que vivent les protagonistes. L’horreur et le fantastique, absents au début du bouquin, s’immiscent par petites touches, avant d’envahir complètement l’histoire. Le lecteur se retrouve propulsé dans un terrible univers concentrationnaire, une sorte de Treblinka pour psioniques, où des enfants privés de tous leurs droits sont victimes d’expériences déshumanisantes et utilisés comme des objets. Le sadisme et l’indifférence glaçante des adultes envers leurs petits cobayes contrastent avec la solidarité dont ils font preuve les uns envers les autres.

Comme souvent chez Stephen King, c’est un enfant qui fait office de protagoniste principal. Et c’est tant mieux, car King excelle à retranscrire le point des vues des enfants. Le roman déploie d’ailleurs tout le panel des héros kingien. D’abord avec Tim, archétype du cowboy solitaire qui arrive dans la ville de péquenauds « du Sud » où tout le monde est armé et complotiste, et règle par sa seule présence tous les problèmes. C’est l’adulte cool et libre, qui assume et ne marchande pas son humanité, à l’image de Roland de Gilead (la tour Sombre) et Ben Mears (Salem). Il sera assisté de la chic fille jolie, profondément gentille, mais pas très maligne (Wendy), du vieux sage bourru mais plein de bonté (le shériff), de la marginale badass (Annie, qui m’a rappelé la Cordie du Nuit d’été de Dan Simmons) et surtout de l’enfant surdoué, mais capable de « normalité » (c’est une grosse tête qui aime le sport) aux parents libéraux (et à l’espérance de vie courte), menacé par les forces du Mal.

Toute cette fine équipe fera face à des méchants vraiment très méchants, qui n’ont aucune pitié pour les enfants : « Luke n’avait encore jamais rencontré d’adulte impitoyable. Jusqu’à aujourd’hui. » (p. 164)

Les femmes, notamment, sont abominables (mention spéciale pour Gladys et Mme Sigsby, qui font beaucoup plus peur que le big boss final). Cette pléthore de personnage – chacun a droit à son heure de gloire – est magnifiquement mise en scène avec une maîtrise impressionnante des points de vue multiples à la troisième personne.

Ce scénario d’une efficacité redoutable est servi par une écriture taillée au couteau. Le roman, pourtant assez long (576), ne compte rien d’inutile : la moindre info, même jetée l’air de rien au détour d’un paragraphe, servira plus tard.

On retrouve également les punchlines sympathiques qui font le sel (et parfois alourdissent) l’écriture de Stephen King. Ici, elles ont fait mouche pour moi. Quelques petits exemples :

« Vous avez l’air particulièrement stupide avec votre casquette à l’envers, monsieur Jamieson.

Que voulez-vous ? Je suis fan d’Eminem. Fermez-la maintenant. » (p. 689)

Ou encore ce petit pied de nez à Divergente et autres Hunger Games :

« Nick Wilholm aurait pu incarner le premier rôle dans une dystopie pour ados, celui du beau gars rebelle. » (p. 267)

Et :

« Il n’avait que douze ans et savait que son expérience du monde était limitée, mais il était sûr d’une chose : quand quelqu’un vous disait « Aie confiance », il mentait effrontément. » (p. 169)

Enfin, ce roman page-turner s’illustre par des scènes mémorables qui rendent l’adaptation cinématographique obligatoire, comme le gunfight final (p. 608-609), digne d’un Tarantino.

Inutile de dire que je me suis régalée !

En résumé

Ce roman pourra vous intéresser si vous aimez :

- Nuits d’été et l’Échiquier du Mal de Dan Simmons

- les manga Promised Neverland et Akira.

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