Chapitre 1

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Dans une village du Sud de la France, se village de pierre brute et vue sur la mer et les a l’entour, le village est construit en rond et en hauteur, ce village un forme de pyramide certes mais en moins grand.
Ces vieilles pierres arroser de soleil et c'est rues étroite mais a airée, le son des cigales et les oliviers se faire entendre, aux pied du village, respire une vie fantastique.
Voilà qui arrive un jeune couples en vélo, les deux en tenue de cycliste blanc avec des casques sur la tête et des lunettes de sportif anti soleil, ils s’arrêtent d'un tournant, ils se figent et regarde se village.
Se couple, c'est deux cycliste se sont des gendarmes qui viennent prendre leurs postes mais le chemin est long encore.
Une fois arriver devant la gendarmerie, le couple pose leurs vélos est enlever les assoirent, laisse apparaître leurs visages sportif, les cheveux coupées court et blond, bonne carrure de taille assez grand les yeux vert, quand a elle les cheveux chatin avec un corps fantastique mais sportif avec des yeux bleue ciel.
Il faut qu'ils se présentent a leurs colonel pour cela il faut se préparer, on leurs montre leurs appartement de fonction et les voilà devant le colonel, une fois présentation faite avec le groupes, l'heure de se retirer c'est eux.
Après une bonne journée de vélo, la fatigue se fait sentir, une soirée aux lit pour une journée de demain plus en forme, un petit déjeuner aux salon avec comme vue le levée du soleil.
Pour commencer leurs journée, nos deux héros cours dans les rues du village, après avoir cinquante tours, les revoilà c'est eux.
Tout semble êtres calme dans les bureaux rien d'alarmant, mais arrive midi, quand nos deux heros tentent d'aller, le colonel les appelles.
Une fois d'un sont bureaux, il fais signe les fauteuils puis après il ouvre en dossier qui se trouve sur sont bureaux et annonce, y a depuis se matin en meurtre et en vole aux même en droit, pour le vol c'est une arme et juste après un meurtre et tout ça d'un seul endroit, un châteaux du 18 eme siécle, détenue par une veille dame.
La route serpente entre les oliviers et les murets de pierre sèche. Le soleil tape fort, mais dans la voiture de fonction, l’air est plus lourd que chaud : c’est l’air d’une première enquête, d’un premier vrai test.
Le château apparaît au détour d’un virage.
Un bâtiment du XVIIIᵉ siècle, massif mais élégant, posé sur une terrasse de terre rouge. Les volets bleu pâle sont ouverts, mais aucune silhouette ne se montre.
Le silence est presque trop parfait.
Le couple descend de voiture.
Le gravier craque sous leurs pas. On dirait un décor de film, murmure la jeune femme.
Ou une scène qui attend qu’on la réveille, répond son compagnon.
Ils s’approchent de la porte principale. Avant même qu’ils puissent frapper, elle s’ouvre lentement.
Une vieille dame apparaît, droite comme une statue, les cheveux relevés en un chignon impeccable.
Ses yeux, d’un gris presque transparent, semblent avoir vu trop de choses pour une seule matinée.
Vous êtes les gendarmes ? Entrez… je vous attendais.
L’intérieur du château sent la cire, la lavande et quelque chose d’autre, plus discret : une inquiétude qui flotte dans l’air comme une poussière invisible.
La vieille dame les conduit dans un salon aux tapisseries anciennes.
On m’a volé une arme, dit-elle sans détour. Une arme de famille. Et… il y a eu un meurtre dans le parc. Je n’ai rien entendu. Rien vu. C’est comme si tout s’était passé dans un souffle.
Elle s’assoit, les mains posées sur une canne sculptée.
Je vais vous montrer. Le couple échange un regard. Leur première enquête commence vraiment. Ils la suivent à travers un couloir sombre, puis vers une porte vitrée donnant sur le parc. Au loin, sous un grand chêne, on distingue une forme recouverte d’un drap blanc. Le vent se lève. Les cigales se taisent.
Malgré les rideaux tirée la chaleur se fais sentir, la veillie dame dois se retirée aux premier étages dans une piéces sombre pour avoir plus frais, notre couple dois faire le tour du chateaux.
Archie est un homme d’une trentaine d’années, grand, athlétique, avec une carrure taillée par des années de sport.
Ses cheveux bruns, coupés courts, laissent voir un front franc. Ses yeux marrons ont une façon de scruter les choses sans agressivité, comme s’il cherchait toujours la logique cachée derrière les événements.
Il dégage une énergie calme, presque rassurante. On sent chez lui une discipline naturelle, une habitude de garder la tête froide. Mais derrière cette maîtrise, il y a une impatience discrète : le besoin de prouver qu’il est à la hauteur.
Son détail-signature : Il observe toujours les lieux en silence avant de parler, comme s’il photographiait tout dans sa tête.
Sophie est légèrement plus grande que son compagnon, mais son corps sportif et souple lui donne une présence vive.
Ses cheveux châtains, attachés en queue de cheval, encadrent un visage lumineux. Ses yeux bleu ciel sont d’une intensité surprenante : ils semblent tout capter, tout analyser.
Elle dégage une énergie plus tranchante, plus rapide.
Là où Archie réfléchit, elle ressent. Elle a un instinct presque animal, une intuition qui tombe souvent juste.
Elle n’aime pas perdre du temps, mais elle sait écouter.
Son détail-signature : Elle touche toujours le sol du bout des doigts avant de commencer une enquête, comme un rituel discret pour “sentir” l’endroit.
Malgré la chaleur, ils sortent, ils inspectent, la chaleur ne semble pas les infecter aprés une bonne demi heure de recherche nos héros repartent débiter car il n'y aucun preuve et aucune indice.
En fin de journée, après des heures de fouille sous un soleil brûlant, ils ressentent le besoin de se vider la tête.
Alors, comme un rituel, ils enfilent leurs tenues de sport et sortent courir.
Leurs pas résonnent dans les ruelles du village, réguliers, rapides, comme pour chasser la frustration de cette première enquête sans réponse.
Malgré la fatigue qui pèse sur leurs épaules, ils refusent de laisser la journée les écraser.
À peine rentrés, ils enfilent leurs tenues d’entraînement et transforment leur salon en petite salle de sport improvisée.
Archie commence par les haltères.
Les muscles de ses bras se tendent, se contractent, brillent sous la sueur. Il enchaîne les séries, méthodique, précis, comme pour reprendre le contrôle de sa journée.
Sophie, elle, attaque les pompes.
Rapides, régulières, presque silencieuses. Son souffle est court mais maîtrisé, son corps descend et remonte avec une détermination féline. Elle pousse jusqu’à sentir ses bras trembler, jusqu’à ce que la frustration de l’enquête se transforme en énergie brute.
Ils alternent : squats, gainage, burpees, tractions improvisées sur une poutre du couloir.
Leurs respirations se croisent, se répondent, se synchronisent.
Quand enfin leurs muscles brûlent et que leurs jambes deviennent lourdes, ils s’arrêtent.
Un repas avalé debout, presque en vitesse, juste pour recharger un peu.
Puis ils s’écroulent dans leurs lits, épuisés mais apaisés.
Le sommeil les prend immédiatement, comme une récompense après l’effort.
Le lendemain, leurs regard se croisent complices chacun avec une tasse de café a la main, Sophie et Archie tout en forme pour commencer une journée d’enquête, est c'est vére dix heureux que l’enquête s'accélèrent, l'aide de chambre a disparu avec le concierge tout deux envolée laissant la veille dame est démunie.
D’après les indices laisser par c'est deux personnes, ils ne sont partis de leurs pleins gréer, les médecins qui ont se sont occuper de la vieille dame, on demande si on pouvais l'en menais a l’hôpital, la maison se trouve fermer.
En entrant dans le bâtiment, ils croisent l’aspirant Neuvil.
Jeune, blond, sportif lui aussi, il porte encore cette énergie nerveuse des débuts de carrière. Son uniforme est impeccable, son regard vif, presque trop enthousiaste pour la chaleur écrasante de la journée.
Bonjour, dit-il en se redressant. Le colonel vous attendra plus tard pour un point sur l’enquête.
Il leur adresse un sourire respectueux, un peu impressionné.
On sent qu’il admire déjà ce couple de gendarmes arrivés à vélo, disciplinés, solides, presque légendaires dans leur manière d’affronter la chaleur et la fatigue.
Est on recherche toujours la concierge et la femme de chambre dit il, les routes et autoroutes aéroports des environs sont surveillance.
Le laboratoire est donner c'est résultat, elles sont nul que des traces que l'on connaient dit il.
La soirée tombe doucement sur le village,la chaleur du jour s’est enfin retirée, laissant dans l’air une fraîcheur bienvenue.
Dans la petite salle d’entraînement de la gendarmerie, éclairée par une lumière jaune et douce, Archie et Sophie en filent leurs gants de boxe.
Ils ne parlent pas.
Ils n’ont pas besoin.
Le rituel est connu.
Archie ajuste son protège dents, roule ses épaules, teste la souplesse de ses bras.
Sophie, plus légère, rebondit déjà sur ses appuis, le regard vif, concentré.
Ils se placent au centre du tapis.
Un bref signe de tête.
Le combat commence.
Sophie attaque la première, rapide comme un éclair. Deux jabs précis, un crochet léger pour tester la garde.
Archie encaisse, bloque, recule d’un pas.
Il analyse, observe, attend l’ouverture.
Toujours aussi rapide, murmure-t-il entre deux souffles. Elle sourit sans répondre et tourne autour de lui, fluide, féline.
Adrien contre-attaque.
Un direct puissant, contrôlé, qui oblige Élise à pivoter pour éviter l’impact. Elle glisse sur le côté, frappe au corps, remonte vers l’épaule. Leurs gants claquent dans l’air, nets, rythmés, comme une danse musclée.
Leurs respirations deviennent plus lourdes.
La sueur perle sur leurs fronts.
Leurs pas se croisent, se répondent, se défient.
Archie ente un enchaînement plus appuyé. Sophie l’esquive d’un mouvement du buste, presque gracieux, et touche légèrement son flanc.
Point pour moi, dit-elle en riant.
Il secoue la tête, amusé, et repart à l’assaut.
Le duel s’intensifie, mais reste propre, maîtrisé.
Deux athlètes, deux partenaires, deux forces complémentaires.
Après plusieurs minutes, ils s’arrêtent d’un commun accord, essoufflés mais souriants. Ils retirent leurs gants, leurs mains tremblent encore de l’effort.
On progresse, dit Adrien. On progresse toujours, répond Élise. Ils se tapent le poing, complices, avant de quitter la salle pour une douche bien méritée.
Le lendemain matin, Archie est réveiller le premier, il aime le levée du soleil, avec sa tasse de café en mains, Sophie lui passe les mains aux tours de sont bras gauche et pose tendre sa tête sur sont épaule, une fois le petit déjeuner pris, les voilà qui déssendent dans les bureaux.
De retour à la gendarmerie, Archie et Sophie s’installent devant l’ordinateur. Ils passent en revue toutes les photos prises au château.
La fatigue est là, mais leur esprit reste affûté.
Soudain, Sophie se fige. Attends… regarde ça, dit-elle en zoomant sur une image.
Sur la photo du parc, tout au fond, derrière un massif d’arbustes, une zone de pelouse attire son regard.
La terre n’a pas la même couleur.
Elle semble plus sombre, plus meuble, comme si elle avait été retournée récemment.
Il faut retourner là-bas tout de suite, dit-elle en montrant l’écran à Archie. Ils n’hésitent pas une seconde.
Ils attrapent leurs affaires, descendent les escaliers quatre à quatre et montent dans la voiture de service, le moteur rugit, les pneus crissent sur les pavés du village. Quelques minutes plus tard, ils arrivent au château.
La vieille dame les observe depuis la fenêtre, inquiète, mais ils n’ont pas le temps de lui parler. Ils traversent le parc en ligne droite, guidés par la photo.
La terre fraîche est exactement là où Sophie l’avait repérée.
On y est, dit Archie en s’agenouillant.
Ils commencent à dégager le sol avec précaution.
La terre est souple, facile à enlever.
Trop facile.
Après quelques minutes, quelque chose apparaît.
Puis une forme.
Puis une autre.
Deux corps.
Allongés côte à côte.
Déjà très décomposés, mais clairement humains.
Sophie recule d’un pas, le souffle court.
Archie… on vient de tomber sur quelque chose de beaucoup plus gros.
Archie se redresse, le visage fermé.
Ce n’est plus un vol. Ce n’est plus un meurtre isolé.
C’est un terrain d’enterrement.
Le silence du parc devient soudain oppressant.
Le vent s’arrête.
Même les cigales semblent se taire.
Archie sort son téléphone.
On appelle le colonel. Maintenant.
Le colonel arrive d’un pas rapide, le visage fermé.
On voit tout de suite qu’il n’est pas de bonne humeur. Il jette un regard aux deux gendarmes, puis à la terre fraîchement retournée.
Qui… et comment ? Grogne-t-il.
Il passe une main sur son front, contrarié.
— Vous n’avancez pas très vite, tous les deux. Je ne peux pas me permettre de perdre du temps sur une affaire pareille.
Archie et Sophie échangent un regard, surpris par le ton sec.
Le colonel soupire, passe une main sur son front.
Je vais demander l’aide de quelqu’un… dit-il.
Il hésite, comme s’il n’aimait pas cette idée.
Un spécialiste du comportement criminel. Un psychiatre du crime. Le Dr Gabriel Varnier.
Archie fronce les sourcils.
Sophie relève la tête.
Le Varnier ? Celui qui a travaillé sur l’affaire des disparus de la Drôme ?
Lui-même, répond le colonel.
Il regarde les deux gendarmes droit dans les yeux.
Il a une méthode particulière.
Très particulière. Mais il est efficace. Et on a besoin de lui.
Un silence.
Le vent souffle dans les arbres.
On sent que quelque chose va changer. Il arrive demain matin, conclut le colonel. Préparez-vous.
Le colonel, toujours contrarié, ajoute finalement :
Et j’ai déjà demandé l’aide du Dr Gabriel Varnier.
Il arrive cet après midi.
Archie et Sophie se tournent vers lui, surpris.
Le psychiatre du crime ? demande Sophie.
Oui, confirme le colonel. Un profiler.
Un spécialiste des comportements violents. Il a travaillé sur des affaires bien plus sombres que celle ci. Archie croise les bras.
Et il va nous aider à comprendre qui a enterré ces deux corps ?
Exactement, répond le colonel. Lui… et l’archiviste du village.
Octave qui s'apelle.
Ça fait deux personnes de plus dit Archie.
Le silence retomba dans le hall de la gendarmerie.
Puis la porte s’ouvrit doucement.
Octave entra.
Il ne fit pas de bruit.
Il tenait un dossier contre lui, comme on protège quelque chose de fragile.
Ses yeux, d’un calme rare, balayèrent la pièce avant de se poser sur Archie et Sophie.
L’adjudant à l’accueil leva la tête.
Ah, Octave. Le colonel vous attend.
Tu hochas la tête, avec cette manière tranquille qui t’appartient.
Tu t’avanças, sans précipitation, mais avec une présence qui imposait le respect.
Archie te regarda un instant, surpris par ta douceur.
Vous êtes… l’archiviste ? Demanda-t-il.
Octave souris légèrement. Octave. On m’a demandé de venir.
Il paraît que l’histoire du château pourrait vous aider.
Sophie observa le dossier que tu tenais.
Vous avez trouvé quelque chose ?
Octave baissas les yeux vers les pages anciennes, comme si elles avaient un poids émotionnel.
J’ai trouvé… des noms. Et peut-être des réponses.
Mais il faudra les lire ensemble.
Archie et Sophie échangèrent un regard.
Octave, il reste là, calme, solide, presque apaisant, comme si ta seule présence mettait un peu d’ordre dans le chaos.
Et pour la première fois depuis le début de l’affaire…
Quelque chose se détendit dans l’air.
Je peux vous faire un résumée car je les lu toussent.
Il sortit une grande feuille pliée : le plan du cadastre, jauni par le temps.
Le château a été fondé au XVIIᵉ siècle. À l’origine, c’était une demeure fortifiée, construite pour surveiller la vallée.
Il déplia le plan, révélant des tracés complexes.
Au fil des siècles, les propriétaires ont ajouté des ailes, des dépendances… et surtout, des structures souterraines. Archie se pencha.
Des structures souterraines ?
Octave hocha la tête.
Oui. Ici, dit-il en pointant du doigt une zone ombrée. Et là.
Ce sont des salles en sous-sol, très anciennes. Certaines servaient de réserves, d’autres de refuges pendant les guerres.
Sophie fronça les sourcils.
Et ces lignes-là… ce sont des couloirs ? Exactement, répondit Octave. Des passages secrets. Ils permettaient d’entrer ou de sortir du château sans être vus. Il releva la tête, son regard sérieux.
— Et d’après les archives… certains de ces passages n’ont jamais été officiellement condamnés. Un silence lourd tomba.
Archie inspira profondément.
Donc quelqu’un pourrait encore les utiliser aujourd’hui. Octave referma doucement le plan.
Oui. Et si les corps ont été enterrés dans le parc… il est très possible que le meurtrier soit passé par l’un de ces passages. Sophie échangea un regard inquiet avec Archie.
Octave, lui, restait calme, mais on sentait qu’il venait de mettre l’enquête sur une toute nouvelle piste.
Dans l’après midi, voilà que débarque le Dr Varnier, l’air sérieux comme s’il allait résoudre l’affaire du siècle.
Il tourne partout, regarde les murs, les marches, les ombres, et il parle tout seul, comme si quelqu’un l’écoutait vraiment.
Selon lui, le criminel serait un fou, un vrai, égoïste, tordu par une enfance compliquée.
Octave, lui, ça le fait sourire doucement, mais il dit rien. Archie et Sophie pareil, ils restent polis, mais ça rigole dans leurs yeux.
Le soir arrive, tout le monde rentre chez soi. Archie et Sophie vont faire leur sport, comme d’habitude, ça ne change jamais.
Octave, lui, retourne dans son petit appartement du village. Dehors il fait encore beau, mais les volets sont tirés.
Les deux chiennes l’attendent dans le salon, poils longs, toutes douces, contentes de le voir. Il ouvre les volets, ça fait entrer la lumière, puis il file à la cuisine.
Ça sent la viande qui a mijoté, l’eau bout encore dans une casserole.
Et là, la sonnette.
La voisine, évidemment, avec un dessert.
Toujours trop bon, toujours trop gros. Octave lui dit qu’elle va finir par le faire grossir, elle rigole, elle s’en fiche.
Il referme la porte, regarde le plat… une île flottante énorme, presque un monument.
Il en avait assez pour nourrir une caserne entière, se dit il en regardant l’énorme île flottante.
Il pensa même à en apporter un morceau à la gendarmerie, histoire de partager… mais la tentation fut plus forte. Alors il prit une cuillère, juste « un bout », pour goûter.
Et puis un deuxième.
Finalement, il referma le plat et le rangea au frigo avant de faire une bêtise de plus.
Les chiennes, elles, avaient besoin de se dégourdir les pattes.
Le propriétaire du rez de chaussée, un ami, lui laissait toujours le jardin pour qu’elles puissent courir un peu.
En échange, Octave devait ramasser derrière elles, ce qu’il fit en soupirant, mais avec affection.
Pendant ce temps, à l’hôtel, le Dr Varnier tournait encore ses idées dans tous les sens.
Il mangea à peine, trop occupé à réfléchir à l’affaire, puis finit par allumer la télévision dans sa chambre, l’air absent, comme si son esprit était resté au château.
C’est un gars de sa génération, ni parfait ni perdu, juste… normal.
Il a grandi avec Internet, les réseaux, les infos qui tournent en boucle, les stages, les petits boulots, les loyers trop chers. Il sait que la vie n’est pas simple, mais il avance quand même.
Il a choisi la gendarmerie parce qu’il voulait un métier stable, utile, concret. Pas pour jouer au héros.
Pour avoir un salaire, un cadre, et l’impression de servir à quelque chose.
Il est sérieux, mais pas coincé. Il connaît les procédures, mais il garde un peu de recul.
Il a vu assez de choses pour ne plus être impressionnable, mais pas assez pour être blasé.
Il vit dans un petit appart, pas très grand mais propre, avec une console, deux plantes qui survivent comme elles peuvent, et un frigo où il manque toujours quelque chose.
Il fait un peu de sport, pas pour frimer, juste pour rester en forme.
Il sort parfois avec des amis, mais pas trop tard : demain, il bosse.
Avec Sophie, il n’est pas naïf.
Il la trouve belle, intelligente, différente. Il ne se fait pas de films, il observe, il attend, il voit si ça bouge.
Il n’est pas du genre à courir derrière quelqu’un.
Il est du genre à avancer droit, et si les chemins se croisent, tant mieux.
Il a l’humour sec, un peu ironique, comme beaucoup de jeunes aujourd’hui.
Il sait que le monde est compliqué, mais il garde une certaine douceur, une façon de rester humain malgré tout.
La soirée passa sans trop de nouvelles. Rien de plus, rien de moins.
Le lendemain, à l’aube, Archie et Sophie se levèrent pour aller courir, comme toujours.
L’air était frais, les rues encore endormies.
À peine avaient ils pris leur rythme qu’ils entendirent des pas derrière eux.
Le soupirant les rattrapait, déterminé, même si ça se voyait qu’il avait dû sprinter pour revenir à leur hauteur.
Archie et Sophie l’accueillirent avec un sourire, un vrai, mais dans leur tête, ils se demandaient tous les deux s’il tiendrait jusqu’au bout cette fois.
Il avait déjà le visage rouge, les épaules un peu raides, mais il ne lâcha rien.
Il serra les dents, respira comme il pouvait, et continua à courir à côté d’eux, sans se plaindre, sans ralentir.
Et, contre toute attente, il tint bon.
Ils arrivèrent ensemble au village, les trois côte à côte, et même si le soupirant semblait prêt à s’écrouler, il avait gagné quelque chose : leur respect.
Le téléphone de Sophie sonne et elle décroche, c'est Octave qui m'appelle on doit aller aux châteaux.
Le château se dressait devant eux, massif, silencieux.
Sur les marches, Octave les attendait.
Ils arrivent tout les trois avec leurs tenues de sport, cheveux.
Pas un mot de trop.
Juste un signe de tête professionnel.
On vous attendait, dit-il simplement.
Le Dr Varnier surgit alors de l’ombre du hall, nerveux, agité, parlant trop vite.
Le soupirant, lui, resta calme, presque immobile, observant tout, notant tout.
Il ne quittait pas Varnier des yeux, comme s’il essayait de comprendre ce qui clochait chez lui.
Suivez-moi, dit le docteur. C’est… c’est en bas.
Ils entrèrent tous les cinq. Le soupirant ferma la marche, main posée sur une lampe torche, prêt à intervenir si quelque chose bougeait.
Il ne parlait pas, mais sa présence rassurait : solide, jeune, mais pas naïf.
Dans l’escalier de pierre, il souffla discrètement, encore un peu marqué par la course, mais il ne ralentit pas.
Archie le remarqua.
Un gars qui tient la cadence, même fatigué, c’est un gars fiable.
Arrivés devant la petite porte entrouverte, le soupirant se plaça instinctivement devant, comme un réflexe de métier.
Je passe en premier, dit-il.
Pas de tremblement dans la voix.
Pas d’hésitation.
Juste un jeune gendarme qui fait son travail.
La scène semble y réel mais elle est là devant, les visages tendus fesant oublier qu'il sont en tenues de sport, le jeunes gendarme fait sont travail, les deux autres pose la question a Octave, que faite vous là, je voulais vérifier quelque chose dit il.
Sophie plus pausée lui dis de rentrée c'est lui et de passé a la gendarmerie demain est sans fautes, Octave dit oui et sens va.
Le jeune gendarme qui s’appelle Damien dit tout haut, Mr Octave n'aurait jamais pus savoir ça ou faire quelque chose, il est trop fragile. Que veux tu dire dit Archie, Damien décris Octave comme quelqu'un de calme,secret et sociale et il ne sort jamais ou obliger après quinze heure d’après se que je sais et qu'il est sous anti dépresseur pour une une histoire de famille mais rien avoir avec l’enquête.
Il regarda Archie droit dans les yeux, pour être sûr qu’il comprenait bien.
Je ne dis pas qu’il a fait quelque chose. Je dis juste qu’il faut le ménager.
Il est fragile, mais pas dangereux. Et surtout… il n’a pas l’air d’aller très bien en ce moment.
Sophie hocha la tête, plus douce.
On le verra demain, dit-elle. On fera ça proprement.
Damien acquiesça.
Il n’y avait ni jugement, ni suspicion dans son regard.
Juste une forme de respect silencieux pour un homme qui portait plus que ce qu’il montrait.
La porte du châteaux ferme que arrive les T.I.C avec leurs camions blanc et les voitures de police et puis nos trois héros rentre se doucher et se coucher.
Le lendemain, le soleil était déjà haut quand Archie et Sophie descendirent la rue.
À peine avaient ils tourné le coin qu’ils croisèrent Damien, debout devant la gendarmerie, les mains dans les poches.
Il les vit, hocha la tête, et dit simplement :
Venez. Suivez moi. Pas d’explication.
Pas de ton grave.
Juste cette manière directe qu’il avait quand quelque chose l’occupait.
Il sortit de la gendarmerie, tourna immédiatement à gauche, et prit un petit chemin entre deux bâtiments.
Ils marchèrent quelques minutes en silence, Damien un peu en avant, Archie et Sophie derrière, intrigués mais confiants.
Ils arrivèrent devant un petit immeuble ancien, façade claire, volets bleus.
Damien sonna.
La porte s’ouvrit sur une femme blonde, élégante, un sourire doux.
Elle reconnut Damien tout de suite, et son visage s’éclaira davantage.
Ah, bonjour… entrez, entrez.
Elle les fit passer dans un rez de chaussée en pierre brute, mais lumineux.
Une grande fenêtre au dessus de la porte baignait la pièce d’une lumière chaude.
L’endroit sentait le café et le bois ciré.
La femme leur fit signe de monter l’escalier en colimaçon.
Il est dans la cuisine, dit elle simplement.
Arrivés à l’étage, ils le virent.
Octave.
Debout dans la petite cuisine claire, une tasse de café entre les mains.
Il portait un pull simple, un peu trop large, et ses cheveux encore humides retombaient sur son front.
Il leva les yeux en les voyant entrer.
Pas surpris.
Pas effrayé.
Juste… présent.
Bonjour, dit-il doucement. Damien s’avança, plus humain que jamais, presque protecteur.
On voulait juste voir comment tu allais.
Octave hocha la tête, posa sa tasse, et un léger sourire passa sur son visage.
Je vais… mieux. Merci. Archie sentit quelque chose se détendre dans la pièce.
Une respiration.
Une pause.
Comme si, pour la première fois depuis longtemps, Octave n’était plus seul.
Octave leur fit signe de s’asseoir autour de la petite table en bois.
Il resta debout un instant, comme s’il cherchait ses mots, puis il se lança :
Je… je ne suis pas comme les autres, vous savez. Sa voix était douce, presque timide.
Il posa sa tasse, croisa les bras, puis reprit :
J’ai une mémoire visuelle. Très forte. Je retiens tout. Les lieux, les visages, les détails… tout reste.
Et je m’en souviens toujours.
Il eut un petit sourire triste.
Ça perturbe un peu les gens. Ma famille surtout. Ils ne savent pas trop quoi faire avec ça. Il jeta un regard vers la femme blonde, en bas, qui leur avait ouvert.
Elle lui répondit par un sourire complice, un sourire de voisine qui veille sans envahir.
Ici, continua Octave, c’est différent. Ici, je suis moi. Et dans ce métier… je suis tranquille. Personne ne vient me déranger. Il inspira doucement.
Enfin… presque personne. Les voisins sont attentifs. Ils me surveillent un peu, mais gentiment.
Archie et Sophie écoutaient sans l’interrompre.
Damien, lui, restait immobile, mais son regard était plus doux que d’habitude.
Octave se tourna vers eux.
Vous vous demandez comment Damien me connaît. Il sourit, un sourire plus franc.
Ça fait deux ans qu’il habite au village avec sa mère. Je les ai aidés à s’installer. Et… je l’ai aidé à entrer dans la gendarmerie. Il ne le dira jamais, mais c’est vrai. Damien baissa légèrement les yeux, gêné mais touché.
Octave reprit, plus sérieux :
Et pour l’enquête… je n’ai pas pu m’empêcher d’aller au château hier. Il se pencha, ouvrit un tiroir, et sortit un petit objet enveloppé dans un tissu.
Parce que j’ai trouvé ça. Il posa l’objet au centre de la table.
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Tout tourne autour du château, dit Archie.
Oui, répondit Octave. Il posa ses mains sur la table, réfléchit une seconde.
Et je dirais même… l’inverse de ce que raconte le docteur machin. Damien eut un petit sourire, amusé par la façon dont Octave parlait, mais sans se moquer.
Juste un sourire humain.
Octave continua, plus sérieux :
L’homme… ou la femme… est très intelligent. Et sûr de lui.
Il marqua une pause. Je pense que c’est un tueur rapide. Quelqu’un qui frappe, qui disparaît, et qui recommencera. Sophie se redressa légèrement.
Archie fronça les sourcils.
Octave, lui, parlait calmement, comme s’il décrivait une image qu’il voyait encore devant lui.
D’après ce qui est écrit… je pencherais pour un homme. Il regarda chacun d’eux, un par un.
Un homme qui a beaucoup à montrer. Qui veut être compris. Il inspira doucement.
Et qui ne veut surtout pas s’attacher.
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Même Damien, pourtant solide, sentit quelque chose se resserrer dans sa poitrine.
On n’entendait plus rien.
Juste le tic-tac de l’horloge, et la respiration d’Octave.
Puis, soudain, le téléphone sonna.
Un son sec, brutal, qui déchira le silence comme une lame.
Damien se leva d’un bond.
Je prends. Il décrocha.
Son visage changea immédiatement.
Oui… j’arrive. Il raccrocha, se tourna vers eux, le regard soudain grave.
C’est pour nous. Il marqua une courte pause.
Au château. Octave s’était approché du corps, lentement, comme s’il marchait dans une image qu’il connaissait déjà. Puis, sans prévenir, il parla à voix haute, presque pour lui même : — Le mari… deux corps retrouvés… et la vieille dame… Sa voix n’était pas froide. Juste posée, précise, comme quelqu’un qui assemble un puzzle qu’il voit déjà terminé.
On a fait le nettoyage dans cette famille, murmura t il, comme une évidence qui lui échappait.
Damien le regarda, surpris.
Archie aussi.
Sophie retint son souffle.
Octave continua, toujours à voix haute, comme s’il lisait une scène invisible :
Faites enlever le corps… et puis on verra ça à la gendarmerie…
Il fit un pas vers les voitures, sans même se rendre compte que personne ne bougeait derrière lui.
Le silence était total.
Un silence étrange, presque sacré.
Alors Octave se retourna, les yeux légèrement plissés, comme s’il revenait d’un endroit où eux n’avaient pas accès.
Alors…? dit-il simplement.
Pas un ordre.
Pas une colère.
Juste une invitation à le suivre, comme si tout était déjà écrit dans sa tête.
Damien se redressa d’un coup.
Archie sentit un frisson.
Sophie échangea un regard inquiet.
Et tous se mirent en mouvement.
Tout le monde le suivait comme des marionnettes.
Pas parce qu’il donnait des ordres.
Pas parce qu’il imposait quoi que ce soit.
Mais parce que, dans ce moment là, Octave semblait voir plus loin qu’eux.
Une fois arrivés à la gendarmerie, il ne dit rien.
Il alla directement s’asseoir devant le grand tableau où l’enquête était affichée : photos, noms, dates, flèches, post its.
Il resta immobile.
Silencieux.
Les yeux fixés sur l’ensemble comme s’il lisait un texte invisible.
Archie, Sophie et Damien se tenaient derrière lui, sans oser parler.
Octave tourna la tête à gauche.
Très lentement.
Puis il la redressa, comme s’il venait de repérer un détail que personne n’avait vu.
Il leva la main, hésita, puis désigna un point précis du tableau.
Je cherche… ça, dit-il.
Sa voix était basse, mais claire.
Je cherche ce qui manque. Pas ce qui est là.
Damien fronça les sourcils.
Octave continua, toujours concentré :
On a les corps. On a les lieux. On a les heures.
Il fit glisser son doigt d’une photo à une autre.
— Mais il manque… le mouvement. Le passage. Le lien entre eux. Il se pencha un peu plus, les yeux plissés.
Quelque chose… ou quelqu’un… a circulé entre ces points.
Il tapota doucement le tableau.
Et ce n’est pas dans le dossier.
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Archie sentit un frisson.
Sophie retint sa respiration. Damien, lui, observait Octave avec un mélange de respect et d’inquiétude. Octave se redressa enfin. — Je vais vous montrer, dit-il. Et il se leva.
Les preuves étaient à l’envers.
Il manquait des choses.
On avait regardé l’heure, mais le repas de midi était déjà passé depuis longtemps.
Et quand les cloches de l’église sonnèrent quinze heures, personne ne réagit… sauf Octave, qui ne sembla pas du tout dérangé.
Il se tourna vers Sophie, calmement.
Tu peux appeler la morgue, s’il te plaît ? J’ai besoin de tous les rapports. Tous.
Sophie hocha la tête et sortit son téléphone.
Puis Octave regarda Archie.
Il manque des photos. Il faut les faire… ou y retourner. À toi de voir.
Archie acquiesça, déjà prêt à repartir.
Damien, lui, attendait, les mains dans les poches, prêt à aider.
Octave se tourna vers lui.
Toi, tu vas m’aider à ranger tout ça.
Damien sourit.
Il aimait bien quand Octave prenait les choses en main.
Ils passèrent l’après midi à remettre les preuves dans l’ordre, à replacer les documents, à corriger les erreurs.
Cela dura jusqu’au soir, jusqu’à ce que la fatigue les oblige à s’arrêter.
Quand ils eurent enfin fini, Archie et Sophie s’approchèrent d’Octave.
Tu fais du sport, toi ? demanda Archie. De la marche, répondit Octave simplement et pas que. Damien leva les yeux au ciel, amusé.
Le champion, oui. Il te mettrait à l’amende sans transpirer.
Ils se retrouvèrent tous les quatre dans la salle de sport du village.
Archie et Sophie montèrent sur le ring pour s’échauffer.
Damien installa aida Octave a se mettre sur un appareil de marche, l’aida à régler la vitesse, puis alla soulever quelques haltères.
Une bonne heure passa ainsi, dans une ambiance étonnamment légère après la journée.
Puis Archie lança :
Damien ! Monte sur le ring !
Damien accepta sans hésiter et grimpa entre les cordes.
Octave, qui observait la scène depuis son tapis de marche, s’approcha lentement.
Il posa une main sur la corde, regarda Damien droit dans les yeux, et lui donna quelques conseils, précis, techniques, presque professionnels.
Sophie, en face, éclata de rire.
Hé ! Pas de favoritisme ! Moi aussi j’ai droit aux conseils !
Octave se tourna vers elle, sérieux comme toujours.
Très bien. Toi aussi.
Et il leur expliqua, à tous les deux, comment se placer, comment respirer, comment frapper sans se blesser.
Damien souriait.
Sophie aussi.
Archie observait la scène avec un mélange de surprise et d’admiration.
Octave, sans le vouloir, venait de devenir le centre de la pièce.
Damien et Archie montèrent sur le ring en même temps, chacun passant sous la corde avec une énergie différente.
Damien, torse nu, muscles tendus, frappait déjà dans le vide pour chauffer ses épaules.
Archie, plus calme, plus posé, ajustait ses gants en silence.
Ils se mirent face à face.
Un pas.
Un souffle.
Le sol du ring vibra légèrement sous leurs appuis.
Damien attaqua le premier : un jab rapide, sec, précis.
Archie esquiva d’un demi pas, pivota, et répondit par un crochet du gauche qui frôla la tempe de Damien.
Pas mal, lança Damien, un sourire au coin des lèvres.
Ils tournèrent l’un autour de l’autre, légers, concentrés. Les gants claquaient, les respirations se coupaient, les gestes devenaient plus nets. Archie tenta une combinaison. Damien la bloqua, glissa sur le côté, et plaça un direct dans les gants d’Archie qui recula d’un pas. — Tu tiens mieux que je pensais, dit Damien. — Toi aussi, répondit Archie, essoufflé mais déterminé. Sur le bord du ring, Octave observait. Il ne disait rien. Mais ses yeux suivaient chaque mouvement, chaque erreur, chaque ouverture. Et dans ce silence, on sentait qu’il comprenait tout.
Sophie, appuyée contre la corde du ring, observait les deux hommes sans rien dire. Damien frappait, esquivait, riait. Archie tenait bon, mais on voyait que Damien avait pris l’avantage. Et pourtant… ce n’était pas le combat qui retenait l’attention de Sophie. C’était Octave. Il ne disait presque rien, mais chaque fois que Damien jetait un regard vers lui, même rapide, même furtif, Octave hochait la tête. Un geste minuscule. Mais suffisant.
Sophie fronça les sourcils. Elle venait de comprendre. Il y avait une complicité entre eux. Pas bruyante. Pas affichée. Une complicité silencieuse, solide, presque instinctive. Octave ne coachait pas Damien. Il le rassurait. Un simple regard, et Damien se redressait. Un mot discret, et Damien retrouvait sa force. Une présence, et Damien devenait plus précis, plus calme, plus sûr de lui. Sophie murmura pour elle-même :
C’est fou… Il lui donne de la force, juste en étant là. Elle regarda Octave encore un instant. Il ne souriait pas. Il ne cherchait pas à briller. Mais il tenait Damien debout, comme une colonne invisible. Et Sophie comprit que dans cette équipe, Octave n’était pas seulement un observateur. Il était le point d’équilibre.
Sophie ne voulait pas en rester là. Elle monta sur le ring d’un pas décidé, gants levés, regard vif. — Allez, bougez-vous, lança-t-elle. Je veux voir ce que vous valez vraiment. Damien et Archie échangèrent un regard surpris… puis un sourire. Sophie se plaça entre eux, donna deux coups rapides dans les gants de Damien, puis un crochet sec dans ceux d’Archie. — Voilà, maintenant on joue sérieux. Le rythme monta d’un coup. Sophie tournait autour d’eux, légère, explosive, utilisant tout son poids pour casser leur équilibre. Damien riait, Archie grognait, mais tous deux se prenaient au jeu.
Les minutes passèrent. Les trois corps se heurtaient, glissaient, se repoussaient. La sueur coulait, les respirations devenaient plus lourdes. Peu à peu, la fatigue gagna tout le monde. Damien ralentit. Archie aussi. Même Sophie commençait à perdre un peu de précision. Ils échangèrent encore quelques coups, plus lents, plus lourds… puis s’arrêtèrent d’eux-mêmes, presque en même temps.
Un silence. Puis un éclat de rire général. — Match nul, dit Damien en levant les mains. — Match nul, confirma Archie, essoufflé. Sophie hocha la tête, un sourire fier sur les lèvres. — Match nul… mais vous avez intérêt à être prêts demain. Octave, depuis le bord du ring, observait la scène avec une douceur discrète. Il n’avait pas bougé, mais on sentait qu’il approuvait.
Après la douche partagée à la salle de sport, chacun rentra chez soi, fatigué mais apaisé. La nuit fut courte, mais le lendemain, toute l’équipe était de retour à la gendarmerie. Le colonel les observa en entrant. Il plissa les yeux, surpris. — Eh bien… on dirait qu’il s’est passé quelque chose entre vous. Il y a du lien, maintenant. De la cohésion. Damien sourit. Sophie haussa les épaules. Archie ne dit rien, mais son regard parlait pour lui. Octave, lui, restait silencieux, debout devant le tableau de l’enquête. Le colonel s’approcha.
Bon. Parlons de la vieille dame. On a reçu les premières photos de la morgue. Octave leva la main, doucement. — Justement. C’est là que ça ne va pas. Le colonel se tourna vers lui. — Comment ça, “ça ne va pas” ? Octave fixa les photos, puis les dossiers, puis les photos encore. Son regard était calme, mais précis, presque chirurgical. — La dépouille qu’on nous a envoyée… ne correspond pas aux photos trouvées chez elle. Un silence tomba.
Sophie fronça les sourcils. — Tu veux dire… qu’on s’est trompé de personne ? Octave secoua la tête. — Non. Pas une erreur. Une incohérence. Il posa deux photos côte à côte : la vieille dame vivante… et la vieille dame morte. — Regardez. La forme du visage. La taille des mains. La cicatrice sur le cou… absente sur la dépouille.
Damien se pencha, stupéfait. — Attends… tu es en train de dire qu’il y aurait… deux vieilles femmes ? Octave hocha la tête. — Oui. Deux femmes différentes. Et l’une d’elles n’a pas encore été retrouvée. Le colonel pâlit légèrement. — Alors… on n’a pas un meurtre. On en a peut-être deux.
Octave resta immobile, les yeux fixés sur les photos.
Et quelqu’un a voulu qu’on ne s’en rende pas compte.
Octave resta un long moment silencieux devant le tableau. Puis il inspira doucement, comme s’il rassemblait des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. — Ce que je vois…, dit-il enfin, c’est que tout ça ne commence pas aujourd’hui. Damien, Sophie et Archie se tournèrent vers lui. Octave posa son doigt sur une vieille photo du château.
À une époque, ici, vivaient deux jumelles. Elles étaient inséparables. On n’en a retrouvé qu’une. Il prit une autre photo, celle du couple enterré sous la maison. — Ce couple retrouvé dans le sous-sol… ça me dit que dans le passé du château, il y a eu un meurtre terrible. Un meurtre dont personne n’a parlé. Un secret étouffé. Sophie sentit un frisson lui parcourir la nuque. Octave continua, d’une voix calme mais ferme : — Et maintenant, on revient au présent. Un couple disparaît.
On retrouve un cadavre. Et tout le monde fait semblant que ce sont des affaires séparées. Il secoua la tête. — Non. Tout est lié. Le passé et le présent se répondent. Quelqu’un rejoue une histoire ancienne… ou essaie de la terminer. Damien s’approcha, inquiet. Alors… qu’est-ce qu’on doit faire ?
Octave leva les yeux vers eux, son regard plus tranchant que jamais. — Se poser la seule question qui compte. La vérité doit sortir en plein jour. Et celui qui a caché tout ça… ne veut surtout pas qu’on la trouve. Un silence lourd tomba dans la pièce. Archie murmura : — On a réveillé quelque chose, pas vrai ? Octave répondit simplement : — Oui. Et maintenant… il va falloir aller jusqu’au bout.
Octave regarda les autres, puis fit un signe de tête au colonel. — Je vous les prends, dit-il simplement. Le colonel ne posa pas de question. Il savait reconnaître le moment où Octave prenait les choses en main. Octave sortit du bâtiment, suivi de Damien, Sophie, Archie… et même le colonel, intrigué. Ils traversèrent la place du village, jusqu’à une bâtisse ancienne, parfaitement éclairée par le soleil du matin. Une façade simple, presque banale, que personne ne remarquait jamais vraiment. Octave sortit une clé de sa poche. Une clé lourde, ancienne. Il la fit tourner dans la serrure. La porte s’ouvrit dans un léger grincement.
Ils traversèrent un couloir étroit, puis débouchèrent à l’arrière du bâtiment. Là, un escalier de pierre descendait en colimaçon, tournant à gauche. — Suivez-moi, dit Octave. Ils descendirent. L’air devint plus frais, plus dense. Et en bas… la pièce s’ouvrit comme un monde caché. Damien s’arrêta net. — Bordel… souffla-t-il. Des rayonnages immenses, du sol au plafond. Des livres partout. Des archives.
Des dossiers. Des cartes. Des registres. Et cela sur quatre étages, visibles depuis la mezzanine circulaire. — Quatre étages comme ça…, répéta Damien à Archie et Sophie, bouche bée. Octave, lui, avançait déjà. Dans cet endroit, il semblait vivre. Comme un poisson dans son aquarium. Comme si cet espace était son élément naturel. Il les guida vers une salle éclairée par une grande verrière. La lumière du soleil y entrait, douce, filtrée, protégée par des stores anciens. Octave se plaça au centre. Il inspira profondément. Puis il déclara, d’une voix claire :
Deux jumelles. Un château. Deux cadavres. Et un couple en fuite… ou disparu. Il posa les mains sur une grande table de bois. — Recherchons. Le silence se fit. Un silence dense, chargé. Le genre de silence qui précède une vérité longtemps enfouie. Et tous comprirent que, dans cette salle, entourés de siècles de secrets, l’enquête venait de vraiment commencer.
Les documents départementaux furent lus un à un. Les rapports consultés, annotés, classés. Et, petit à petit, l’enquête commença à s’éclaircir. Pas complètement. Pas encore. Mais des zones d’ombre se réduisaient, des liens apparaissaient, des incohérences se résolvaient. Il restait des questions en suspens, bien sûr. Toujours ces pièces manquantes, ces silences dans les archives, ces détails qui résistaient. Mais l’équipe avançait. Dans la salle, on n’entendait presque que le bruit des pages qu’on tourne, des claviers qu’on effleure, des respirations concentrées.
Puis la faim se fit sentir. D’abord chez Damien, qui posa une main sur son ventre. Puis chez Sophie, qui soupira doucement. Archie ne dit rien, mais son regard vers la verrière trahissait sa fatigue. C’est à ce moment-là que la porte s’ouvrit. Le colonel entra, les bras chargés de sacs en papier. — Je me suis dit que vous n’alliez jamais penser à manger, dit-il. Il posa tout sur la grande table : sandwiches, salades, fruits, thermos de café, bouteilles d’eau. Rien de luxueux, mais tout ce qu’il fallait. On parla peu. Mais on échangea.
Des regards. Des sourires. Des remarques brèves, techniques, parfois drôles. Des petits gestes qui disaient plus que des mots. Damien passa un sandwich à Sophie. Archie ouvrit une bouteille pour Octave. Le colonel s’assit enfin, souffla, observa l’équipe. Octave, lui, mangeait lentement, les yeux encore sur les documents. Mais il était présent. Avec eux. Dans ce moment simple, presque intime. Et malgré la fatigue, malgré les mystères encore non résolus, on sentait que quelque chose tenait. Quelque chose de solide.
Une équipe. Une vraie.
Octave tournait les pages depuis des heures, méthodique, silencieux. Puis soudain… il s’arrêta. Son visage se figea. Ses yeux se durcirent. Quelque chose venait de le frapper. Il prit un autre rapport, le posa à côté. Puis un troisième. Son expression se décomposa, lentement, comme si chaque ligne qu’il lisait retirait une couche de certitude.
Damien le remarqua immédiatement. — Octave… ça va ? Mais Octave ne répondit pas. Il attrapa un acte de naissance. Un document jauni, fragile. Il le lut. Le relut. Et secoua la tête. C’est faux, murmura-t-il. Il prit un autre papier, plus ancien encore. Ses yeux parcoururent les lignes, et cette fois, il fit signe aux autres de venir. Sans un mot. Ils s’assirent autour de la grande table. Octave posa les documents devant eux. Et ils lurent. Le silence devint lourd. Les visages se figèrent. Se vidèrent. Se glacèrent. Sophie porta une main à sa bouche. Archie resta immobile, les yeux écarquillés. Damien serra les poings, comme pour retenir quelque chose. Le colonel entra à ce moment-là, un sac de nourriture encore à la main.
Il s’arrêta net. — Qu’est-ce qui se passe…? Tous lui firent signe de s’asseoir. Sans un mot. Il s’assit. On lui passa les documents. Il lut. Et lui aussi pâlit. Octave prit enfin la parole, d’une voix basse, posée, presque solennelle. — Les vieilles dames… étaient juives. Nées en 1939. Ici, dans ce village. Un silence. Personne ne respirait vraiment.
Octave continua : — Quand les Allemands sont arrivés, avec la Gestapo… le village a basculé. Certains ont dénoncé. D’autres ont fermé les yeux. Les familles ont été arrachées de chez elles. Sophie ferma les yeux, bouleversée. — Le père a essayé de faire fuir ses filles, dit Octave. Les enfants ont couru. Ils ont réussi. Mais les parents… non.
Il ne donna pas de détails. Il n’en avait pas besoin. — La mère a été déportée, ajouta-t-il doucement. Quant aux enfants… elles ont été recueillies par la femme du postier. Cachées dans sa cave. Pendant des mois. Archie murmura : — Donc… les jumelles… ce sont elles. Octave hocha la tête. — Oui. Et tout ce qui se passe aujourd’hui… commence là. Personne ne parla. Personne n’osa.
Parce qu’à cet instant, ils comprirent tous que l’enquête n’était plus seulement une affaire criminelle. C’était une histoire enfouie. Une blessure ancienne. Un secret que le village avait voulu oublier. Et maintenant… la vérité revenait.
Les heures passaient. Personne n’avait envie de dormir. La salle était silencieuse, seulement animée par le froissement des pages et le cliquetis des claviers. Octave avançait d’un dossier à l’autre, méthodique, infatigable. Les autres suivaient, chacun plongé dans les archives, les registres, les rapports départementaux. Mais les papiers de l’État ne suffisaient pas. Il manquait des pièces. Des témoignages. Des traces effacées.
Il faudra retourner au château, dit Octave. Creuser. Chercher. Mais pas encore. Pas tant qu’on n’aura pas tout lu ici. Alors ils continuèrent. Et c’est là qu’ils tombèrent sur une autre histoire. Une histoire qui ressemblait étrangement à celle des jumelles. Une histoire tout aussi monstrueuse, mais née d’une fausse dénonciation. Sophie lut le premier document. Archie le second. Damien le troisième.
Octave, lui, rassembla les pièces. — C’était un soir d’hiver, dit-il doucement. Un froid qui saisissait tout. Un couple et leurs deux filles avaient été arrachés à leur maison. Sortis dans la rue glacée. Alignés sur la place du village. Le père avait tenté de garder son calme. De protéger ses enfants. Mais la situation avait dégénéré. Un geste, un cri, un affrontement. Et tout avait basculé. Octave ne donna pas de détails. Il n’en avait pas besoin.
Les documents parlaient d’eux-mêmes. — Les fillettes ont réussi à s’enfuir, dit-il. Grâce à la fille du boulanger. Une gamine courageuse, qui les a entraînées dans une ruelle et cachées dans un cellier. Le colonel, qui venait de revenir, s’assit en silence. Il comprit immédiatement que cette histoire n’était pas un simple écho du passé. — Deux familles, dit-il. Deux drames. Deux fuites. Deux survivantes. Octave hocha la tête. — Et deux secrets que le village a voulu oublier. Un silence lourd tomba sur la pièce. Damien murmura :
Tu crois que ces deux histoires… sont liées à ce qui se passe aujourd’hui ? Octave répondit sans hésiter : — Oui. Et tant qu’on n’aura pas mis toute la vérité au jour… quelqu’un continuera de la manipuler.
La salle était silencieuse. Trop silencieuse. Les deux histoires — celle des jumelles et celle de l’autre famille — flottaient encore dans l’air, lourdes, glacées, presque palpables. On sentait que quelque chose venait de basculer.
Octave resta debout, les mains posées sur la table, le regard perdu dans les documents étalés devant lui. — Deux familles, dit-il doucement. Deux drames. Deux fuites. Deux survivantes. Damien hocha la tête, encore secoué. — Et deux secrets que le village a enterrés, ajouta Sophie. Archie, lui, fixait les papiers sans cligner des yeux. — On ne peut pas s’arrêter là, murmura-t-il. Octave releva la tête. Son regard était calme, mais déterminé.
Non. Les archives ne suffisent pas. Les papiers de l’État ne disent pas tout. Il manque des pièces. Des traces. Des preuves que personne n’a voulu écrire. Il se tourna vers le colonel. — Il faut retourner au château. Le colonel inspira profondément. Creuser… fouiller… chercher ce qui a été caché.
Octave hocha la tête. — Oui. Mais pas tout de suite. Pas tant qu’on n’aura pas fini ici. Il désigna les piles de documents. — Continuez. Il y a encore quelque chose. Une troisième histoire. Un lien. Un fil que je sens… mais que je ne vois pas encore. Alors ils cherchèrent. Encore. Et encore.
Les heures passèrent. La nuit tomba. Personne ne parla de dormir. Personne ne quitta la table. Et c’est là, au milieu de cette fatigue lourde, que Sophie leva la tête. — Octave… regarde ça. Elle tendait un dossier mince, presque oublié, coincé entre deux registres. Octave s’approcha. Il prit le document. Il l’ouvrit. Son visage changea. Pas de peur. Pas de surprise.
Non. Quelque chose de plus profond. — Voilà, dit-il. La pièce manquante. Il leva les yeux vers les autres. Et maintenant… on peut retourner au château.
La salle devint soudain silencieuse. Un silence lourd, presque sacré. Personne n’osait parler. Damien finit par souffler : — Laquelle est la bonne histoire…? Elles sont tragiques toutes les deux. Il regarda sa montre. Ses yeux s’écarquillèrent. — Six heures du matin… On n’a pas vu le temps passer. Octave referma doucement un dossier. — Cette enquête doit rester silencieuse, dit-il. Les villageois ont oublié. Ou ils ont fait semblant d’oublier.
Faisons comme eux… pour l’instant. Il se redressa, fatigué mais lucide. — On se rafraîchit. On se repose. Chacun chez soi. On revient dans quatre heures. Personne ne discuta. Ils sortirent un à un, l’esprit chargé de drames anciens.
Quatre heures plus tard Ils se retrouvèrent dans la salle de la gendarmerie. Autour d’un repas simple, presque silencieux. Chacun mangeait en réfléchissant, en remettant de l’ordre dans ses pensées.
Les deux histoires tournaient dans leurs têtes. Deux familles. Deux drames. Deux fuites. Deux secrets. Et un village qui avait tout recouvert de silence.
Répartition des rôles Octave posa son verre et parla calmement : On se divise. Archie, Sophie : vous retournez au château. Il y a encore des choses à trouver là-bas. Des traces. Des pièces manquantes. Sophie hocha la tête. Archie attrapa son carnet. — Et nous ? demanda Damien. Octave le regarda, un léger sourire au coin des lèvres. — Toi et moi… on va parler aux villageois. Ou plutôt… écouter ce qu’ils ne disent pas. Le colonel approuva d’un signe de tête.
Sur la place du village Quelques minutes plus tard, Octave et Damien marchaient côte à côte vers la place centrale. Le marché venait de s’installer : des étals de légumes, des fromages, des fleurs, des voix qui se mêlaient. Mais sous cette apparence tranquille, Octave sentait quelque chose. Une tension. Un silence derrière les sourires. — Regarde bien, dit-il à Damien. Ici, chacun sait quelque chose. Mais personne ne veut être le premier à parler.
Damien observa autour de lui, intrigué. Pendant ce temps, à plusieurs kilomètres, Archie et Sophie franchissaient les grilles du château, prêts à fouiller ce que le passé avait laissé derrière lui. Deux lieux. Deux approches. Une seule vérité à retrouver.
La salle de la gendarmerie s’était vidée lentement. Chacun avait mangé en silence, les pensées encore lourdes des deux histoires tragiques découvertes dans les archives. Octave se leva le premier. — On reprend, dit-il simplement. Damien hocha la tête. Archie et Sophie se préparèrent. Octave distribua les rôles avec une précision calme : Archie, Sophie : le château. Il y a encore des choses là-bas. Des traces que les papiers ne montrent pas. Sophie attrapa sa veste. — On y va. — Damien, toi et moi, on va au marché. Les villageois savent des choses. Ils ne parlent pas facilement… mais ils parlent entre les lignes. Damien sourit. — J’aime bien quand tu dis ça. Octave répondit par un léger sourire, presque imperceptible.
Le marché battait son plein. Des étals colorés, des voix, des odeurs de pain chaud et de fromage. Une ambiance vivante… mais sous laquelle Octave sentait une tension sourde. — Regarde, dit-il à Damien. Observe les regards. Les silences. Les gestes trop rapides. Damien scruta la foule. — On dirait qu’ils nous ont vus arriver. — Ils nous ont vus, confirma Octave. Et certains n’aiment pas ça.
Ils avancèrent lentement entre les stands. Les conversations se coupaient à leur passage. Des sourires forcés apparaissaient. Des yeux se détournaient. Damien murmura : — On dirait qu’on marche sur un secret vivant. Octave répondit calmement : C’est exactement ça. Pendant ce temps, Archie et Sophie franchissaient les grilles du domaine. Le château se dressait devant eux, massif, silencieux, presque figé dans le temps. — On commence par où ? demanda Archie. Sophie regarda autour d’elle. — Par le sous-sol. C’est toujours là que les secrets se cachent. Ils avancèrent dans le couloir sombre, leurs pas résonnant sur la pierre. L’air était plus froid, plus dense, comme chargé de mémoire.
Archie s’arrêta soudain. — Sophie… regarde ça. Une porte. Une vieille porte de bois, presque invisible dans le mur. Sans poignée. Sans serrure apparente. Sophie posa sa main dessus. — On dirait qu’elle n’a pas été ouverte depuis des décennies. Archie recula d’un pas. — Tu crois que c’est là…? Sophie inspira profondément. Je crois que c’est ici que tout commence. Le marché était déjà bien installé. Les toiles colorées claquaient doucement dans le vent, les gens passaient et repassaient, échangeant des mots simples, des sourires rapides. Une matinée ordinaire… en apparence. Octave marchait à côté de Damien, observant les étals, les visages, les silences. — Ta mère n’a besoin de rien aujourd’hui ? demanda-t-il d’un ton neutre. Damien sourit. Il avait compris : Octave ne parlait jamais pour rien. Il voulait savoir si tout allait bien chez elle, si quelque chose clochait. — Non, je crois que… Son téléphone vibra.
Une vibration brève, insistante. Damien regarda l’écran. Son sourire disparut. — C’est ma mère. Il décrocha. — Maman…? Un silence. Puis un souffle. Puis une phrase qui le transperça. Damien pâlit d’un coup.
On… on vient d’enlever ma mère. Ses yeux s’agrandirent, remplis d’angoisse brute. Il ne réfléchit pas. Il se mit à courir, traversant le marché, bousculant presque les passants. — Damien ! appela Octave. Mais Damien ne s’arrêta pas. Il fonçait vers la maison de sa mère, comme si chaque seconde comptait. Octave sortit son téléphone. Sa voix devint tranchante, précise, sans une once d’hésitation. Archie. Sophie. Revenez immédiatement. À l’autre bout, Archie comprit au ton d’Octave que quelque chose de grave venait de se produire. — On arrive. Octave rangea son téléphone et se mit à courir à son tour, rattrapant Damien à moitié, son esprit déjà en train d’assembler les pièces. Quelqu’un venait de frapper. Quelqu’un qui savait qu’ils enquêtaient. Quelqu’un qui voulait les atteindre là où ça fait le plus mal. Et Octave, en courant, murmura pour lui-même : — Ce n’est plus seulement une enquête. C’est un avertissement.
Le groupe des quatre enquêteurs avançait sur le marché. Les toiles étaient tirées, les étals installés, les villageois allaient et venaient, échangeant des mots rapides, des sourires prudents. Une matinée ordinaire… en apparence. Octave marchait à côté de Damien, observant les visages, les gestes, les silences. — Ta mère n’a besoin de rien aujourd’hui ? demanda-t-il d’un ton calme. Damien sourit. Il avait compris : Octave posait cette question pour sentir l’air du village, pas pour parler de courses. Ils continuèrent à marcher quand, soudain, le téléphone de Damien vibra dans sa poche. Il regarda l’écran. — C’est ma mère… Il décrocha. Maman…? Un silence. Un souffle. Une phrase. Damien pâlit d’un coup. — On… on vient d’enlever ma mère. Ses yeux s’emplirent d’angoisse. Il se mit à courir, traversant le marché sans réfléchir, bousculant presque les passants. — Damien ! appela Octave. Mais Damien ne s’arrêta pas. Il fonçait vers la maison de sa mère, comme si chaque seconde comptait. Octave sortit son téléphone, sa voix soudain tranchante, précise. Archie. Sophie. Revenez immédiatement. C’est urgent. — On arrive, répondit Archie sans poser de questions. Octave rangea son téléphone et se mit à courir à son tour, rattrapant Damien à moitié. Son esprit tournait déjà à toute vitesse. Quelqu’un venait de frapper. Quelqu’un qui savait qu’ils enquêtaient. Quelqu’un qui voulait les atteindre là où ça fait le plus mal. Et en courant, Octave murmura pour lui-même : — Ce n’est plus seulement une enquête. C’est un message.
Octave et Damien arrivèrent devant la maison. La porte était entrouverte. Un silence étrange flottait dans l’air. Damien tremblait, mais pas de peur : de colère. — On essaye de nous intimider… mais qui ? grogna-t-il. Il ne semblait plus entendre Octave, ni personne. Il répétait, comme pour se convaincre : — Ma mère a besoin de ses médicaments… elle ne peut pas rester sans… Octave posa une main ferme sur son épaule. — Damien. Regarde-moi. Damien leva les yeux, encore brouillés d’angoisse. — Tu ne dors pas, dit Octave calmement. C’est moi qui veille. Et on va retrouver ta mère.
Je te le promets. Il ajouta, plus bas : — Mais je ne comprends pas encore ce qu’elle vient faire dans cette histoire. C’est ça qui m’inquiète. À ce moment-là, Archie et Sophie arrivèrent en courant, essoufflés. — Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sophie. Damien se tourna vers eux, les yeux brûlants. — On va régler cette enquête. Et celui qui a fait ça… je vous jure qu’il va répondre de tout. Octave le regarda longuement. Il voyait la rage, la peur, l’urgence.
Il voyait aussi le danger : Damien n’était plus un enquêteur, mais un fils blessé. — Damien, dit-il doucement. On va agir. Mais pas n’importe comment. Si on se précipite, on fait exactement ce que celui qui a enlevé ta mère veut. Damien serra les poings. Il respirait vite. Trop vite. Archie posa une main sur son autre épaule. — On est quatre, dit-il. Et on ne lâchera rien.
Sophie ajouta : On va la retrouver.
Mais il faut rester lucides.
Damien ferma les yeux un instant. Puis hocha la tête. — D’accord. Mais on commence maintenant. Octave regarda la maison, la porte entrouverte, les traces presque invisibles sur le sol. — Oui, dit-il. Maintenant.
Après l’enlèvement, Damien est hébergé chez Octave. La soirée est lourde, presque irrespirable. Pour évacuer la tension, Damien fait des pompes et des exercices jusqu’à l’épuisement. Octave lui tend une serviette, calme, présent. Après une douche, Octave l’emmène dans son jardin japonais, un endroit silencieux où l’eau et le vent apaisent.
Assis côte à côte, ils parlent enfin. Octave dit doucement : — Deux humains qui se parlent vraiment… ça devrait être normal. Tu n’as pas à porter tout ça seul. Demain, on la retrouvera. Damien hoche la tête. Le poids n’a pas disparu, mais il est moins lourd. Parce qu’il est partagé.
Le lendemain matin, la gendarmerie était silencieuse, tendue. Octave venait de sortir du bureau du procureur. Damien l’attendait, les bras croisés, le visage fermé. Octave s’approcha. — J’ai parlé au procureur, dit-il. On a analysé les traces retrouvées chez ta mère. Damien releva la tête, inquiet. Octave continua, plus doucement : — Les indices laissent penser que ta mère… pourrait être la jeune femme dont on a parlé dans les archives. Celle qui, à l’époque, aurait protégé les deux vieilles femmes juives. Elles seraient devenues amies. Très proches.
Damien resta figé, comme si le sol se dérobait sous lui. — Ma mère… liée à cette histoire… depuis tout ce temps ? Octave hocha la tête. — Oui. Et si quelqu’un l’a enlevée, c’est peut-être parce qu’elle savait quelque chose. Ou parce qu’elle a protégé quelqu’un autrefois. Damien inspira profondément, la gorge serrée. — Alors… tout ça… ce n’est pas un hasard. — Non, répondit Octave. Et c’est pour ça qu’on va la retrouver. Parce que maintenant, on comprend enfin pourquoi elle est au centre de tout.
Dans le bureau de la gendarmerie, l’atmosphère était électrique. Damien faisait les cent pas, Octave restait debout près du tableau d’enquête, les bras croisés. Un adjudant entra précipitamment. — On a trouvé quelque chose, dit-il. Une erreur que l’assassin n’aurait jamais dû commettre. Damien s’arrêta net. Octave fronça les sourcils. — Quelle erreur ? L’adjudant posa un dossier sur la table. — Une trace. Un détail laissé sur les lieux. Minuscule, mais suffisant pour activer toutes les gendarmeries de la région. On lance des barrages sur les routes, dans les gares, aux aéroports. Personne ne sortira d’ici sans être contrôlé.
Damien sentit son cœur accélérer. — Alors on le tient… on le tient enfin… Octave posa une main ferme sur son épaule. — Damien. Tu dois rester professionnel. Damien serra les dents, mais hocha la tête. — Je sais… mais s’il a fait une erreur, c’est qu’il commence à paniquer. Octave répondit calmement : — Et c’est là qu’on le prendra. Il ouvrit le dossier, ses yeux glissant sur les photos, les analyses, les relevés. Cette fois, dit-il, il ne pourra plus disparaître. Damien inspira profondément. La peur était toujours là, mais quelque chose d’autre naissait : une détermination froide, précise. — Alors on y va, dit-il. On le retrouve. Et on ramène ma mère.
Dans la salle d’enquête, Archie arriva d’un pas rapide, un dossier sous le bras. Damien et Octave se tournèrent vers lui. — L’enquête avance à grands pas… grâce à ta mère, dit Archie en regardant Damien. Ce qu’elle a laissé derrière elle, volontairement ou non, nous ouvre des pistes. Sophie entra à son tour, une photo à la main. Elle la posa sur la table, le visage grave. — Regardez ça. Damien se pencha. Sur la photo, un visage de femme, familier, presque banal… mais immédiatement reconnaissable. C’est… murmura Damien. Oui, confirma Sophie. Une personne du village. Madame Bond Point. Octave fronça les sourcils. — Celle qui tient le petit restaurant, hors du village… aux pieds de l’olivier. Sophie hocha la tête. — Exactement. Et selon les recoupements, elle était proche des deux vieilles femmes dont ta mère aurait été l’amie. Elle apparaît dans plusieurs archives… et elle a menti sur certains détails. Archie referma le dossier d’un geste sec.
Nous allons l’arrêter. Damien sentit un frisson lui traverser la colonne. Pour la première fois, un nom, un visage, une personne réelle se dressait devant eux. Pas un fantôme du passé. Pas une ombre. Quelqu’un de vivant. Quelqu’un qui savait. Octave posa calmement sa main sur la table. — On y va. Mais on reste professionnels. Si elle est impliquée… elle nous dira où est ta mère. Damien inspira profondément.
Le moment était venu.
Toute la gendarmerie était en action. Seuls Damien et Octave restaient au poste, devant l’écran de supervision vidéo, casques sur les oreilles, regard fixé sur les images en direct. L’intervention se déroulait dans une ferme isolée, à quelques kilomètres du village. Le terrain était compliqué : des rangées d’arbres entouraient la maison, rendant l’approche difficile. Mais un détail jouait en leur faveur : Madame Bond Point se tenait dehors, avec un enfant.
Équipe Alpha, passez par l’arrière. — Équipe Bravo, contournez par la gauche. — Pas de bruit. Pas d’erreur. Les ordres claquaient dans les oreillettes. Octave suivait chaque mouvement, précis, concentré. Damien, lui, serrait les poings, le cœur battant trop vite. En cinq minutes, tout fut joué. Les gendarmes surgirent simultanément. L’enfant fut séparé de sa grand-mère et immédiatement pris en charge, calmé, rassuré. Madame Bond Point, surprise, n’eut pas le temps de résister. Elle fut menottée et conduite vers une voiture de gendarmerie. Damien et Octave restèrent suspendus à l’écran, silencieux. Les secondes devinrent longues.
Trop longues. Puis, enfin, deux gendarmes réapparurent dans le champ de la caméra. Entre eux… la mère de Damien. Vivante. Fatiguée. Mais debout. Damien sentit un sourire lui échapper, fragile, tremblant. Et malgré tous ses efforts, deux larmes roulèrent sur ses joues. — Elle est là… murmura-t-il. Elle est vivante… Octave posa une main sur son épaule, sans un mot. Il n’y avait rien à ajouter.
La joie parlait toute seule.
La gendarmerie était en agitation contenue. On avait fait venir le médecin du village pour examiner Madame Cléron, la mère de Damien. Elle se reposait maintenant dans la salle commune, allongée sur un lit de camp, une couverture sur les épaules. Damien restait près d’elle, assis sur une chaise, sans la quitter des yeux. Il lui tenait la main, comme pour s’assurer qu’elle était vraiment là, vivante. Elle ouvrait parfois les yeux, souriait faiblement, puis se rendormait.
À l’autre bout du bâtiment, Madame Bond Point était assise face à Archie et Sophie. La lumière blanche tombait sur son visage, où se mêlaient fatigue et incompréhension. — Nous voulons comprendre, dit Sophie calmement. Vous étiez proche des deux vieilles dames. Vous connaissiez leur histoire. Madame Bond Point secoua la tête, nerveuse. — Je… je ne sais pas grand-chose… ou alors… je ne suis plus sûre… tout ça remonte à si loin… Archie la fixa, attentif. — Vous faites semblant de ne pas savoir, ou vous êtes vraiment perdue ? Elle leva les mains, presque en défense.
Je suis étonnée, voilà tout. Tout ce qui arrive… ce que j’ai vécu ces dernières heures… je ne comprends plus rien. Sophie posa une photo devant elle. Le visage de la mère de Damien, plus jeune, y apparaissait. — Cette femme, vous la connaissez. Et vous savez pourquoi elle a été enlevée. Madame Bond Point resta silencieuse. Ses yeux se remplirent d’un trouble étrange, comme si un souvenir enfoui remontait enfin. Archie reprit, plus doux : — On ne vous accuse pas. On vous demande de nous aider. Expliquez-nous ce que vous savez… ou ce que vous avez vu. La femme inspira profondément.
Pour la première fois, elle semblait prête à parler.
Madame Bond Point inspira profondément, les mains serrées l’une contre l’autre. Sa voix tremblait, mais elle parla enfin. — Cette histoire… elle remonte à plus de quatre-vingt ans. Je dirais… quatre-vingt-trois ans, oui. J’étais une enfant. Mais je me souviens. Elle fixa un point invisible devant elle. — Mon père était jaloux de notre voisin. Lui, il avait réussi. Nous, on vivait avec presque rien.
Et quand les Allemands sont arrivés avec la Gestapo, ils ont rassemblé tout le village sur la place centrale. Elle déglutit, les yeux brillants. — Là… mon père s’est mis à dénoncer son voisin. Il l’a traité de juif… ou de résistant… je ne sais plus. Il voulait se venger de sa réussite, je crois. Personne dans le village n’a osé dire un mot. Alors la Gestapo leur est tombée dessus. Sophie échangea un regard sombre avec Archie. Madame Bond Point continua, la voix plus basse : Les deux jeunes filles… elles ont pu s’échapper grâce à une autre jeune fille du village. Elle leur a ouvert sa porte. Elle les a cachées. Elles ont grandi ensemble, comme des sœurs. Elle ferma les yeux un instant. — Mon père, lui… a été tué quelques années plus tard. Par quelqu’un du village. Une vengeance, sûrement. L’enquête a été bâclée. On n’a jamais su qui l’avait fait. Elle inspira, trembla légèrement. — Ma mère et moi, nous avons quitté le village. On ne pouvait plus rester. La honte… les regards…
Puis, des années plus tard, je suis revenue. Je me suis installée dans la vieille maison. J’ai élevé mon fils ici. Il n’a jamais su cette histoire. Jamais. Elle releva enfin les yeux vers Archie et Sophie.
Je n’ai rien dit pendant toutes ces années.
Par peur.
Par honte.
Et parce que je pensais que tout ça… était enterré pour toujours.
Un silence lourd tomba dans la salle d’interrogatoire.
Pour la première fois, on sentait que le passé, longtemps enfoui, venait de remonter d’un seul bloc.
La salle commune était animée d’un brouhaha discret : des assiettes qu’on pose, des chaises qui raclent, des voix basses encore chargées de la tension de la journée.
L’équipe s’était installée autour de la grande table, profitant enfin d’un moment pour souffler.
Octave venait de s’asseoir quand Sophie, en face de lui, le fixa avec un petit sourire en coin.
Tu sais, dit-elle en piquant dans son assiette, il y a quelque chose que je remarque depuis le début.
Octave leva les yeux, intrigué.
Ah oui ? Quoi donc ?
Sophie prit un instant, comme pour choisir ses mots.
Entre toi et Damien… il y a une forme de fraternité.
Pas juste du travail d’équipe. Quelque chose de plus profond. Comme si vous étiez… liés. Octave resta silencieux une seconde, surpris par la justesse de son observation. On a traversé beaucoup de choses ensemble, répondit-il simplement.
Et aujourd’hui… ce qu’il vit… je ne pouvais pas le laisser seul.
Sophie hocha la tête, satisfaite.
C’est exactement ça.
On dirait deux frères qui ne se le disent jamais, mais qui se tiennent debout l’un pour l’autre.
Archie, qui avait entendu la fin de la phrase, intervint en souriant :
Et heureusement que vous êtes comme ça. Sans vous deux, cette affaire n’aurait pas avancé aussi vite.
Octave baissa légèrement les yeux, humble, presque gêné par les compliments.
On fait juste notre travail, dit-il.
Sophie secoua la tête.
Non.
Vous faites plus que ça.

Et Damien le sait.
Un silence doux s’installa, pas lourd, pas tendu.
Juste un moment où chacun reprenait son souffle, conscient que la journée n’était pas finie, mais que quelque chose de solide tenait l’équipe ensemble.
Je ne vais pas tourner autour du pot, dit-il enfin.
J’ai quinze ans de plus que Damien.
Et oui… il y a un lien entre nous.
Sophie resta immobile, attentive.
Nous sommes frères.
Ou plutôt… demi-frères.
La même mère.
Pas le même père.
Il inspira profondément, comme si chaque mot lui coûtait.
— Mon enfance n’a pas été simple. Je t’épargne les détails. J’ai beaucoup voyagé, beaucoup fui aussi.
Et puis, un jour, en revenant à Lyon, j’ai appris que mon père s’était remarié.
Qu’il avait eu un autre fils.
Un petit frère.
Damien.
Sophie sentit son cœur se serrer, mais elle ne dit rien.
Je suis allé les chercher à Cannes.
Je les ai vus, tous les trois.
Mon père est mort peu après.
Ils ont continué leur vie là-bas.
Damien a grandi, il est entré dans la gendarmerie… et moi, je me suis rapproché.
Sans jamais lui dire qui j’étais. Il regarda la mer, comme pour se protéger. — On a quitté Cannes ensemble pour venir ici. Et depuis… on fait comme si. Comme si on était juste collègues. Juste amis. Mais pour moi… c’est plus que ça.
Il se tourna enfin vers Sophie.
Voilà pourquoi je suis comme ça avec lui.
Voilà pourquoi je ne le laisserai jamais tomber.
Sophie resta silencieuse quelques secondes, touchée par la profondeur de ce qu’elle venait d’entendre.
Puis elle posa doucement sa main sur le bras d’Octave.
Tu n’as pas à avoir honte de ça.
C’est beau, ce que tu fais pour lui.
Et un jour… il faudra lui dire.
Octave baissa les yeux, incapable de répondre.
La mer continuait de briller devant eux, comme un secret encore plus vaste que le leur.
La nuit commençait à tomber quand tout le monde quitta la gendarmerie. L’air était encore tiède, mais plus respirable qu’en plein après midi.
Octave proposa calmement :
— Venez tous manger à la maison. Damien, ta mère, Archie, Sophie… ce soir, on reste ensemble. Personne ne discuta.
Après une journée pareille, l’idée d’un repas simple, entre eux, avait quelque chose de rassurant.
Mais avant de rentrer, il y eut ce petit moment spontané, presque enfantin : la course dans le village.
Pas une vraie course.
Juste une manière de se dégourdir les jambes, de relâcher la tension, de sentir que la vie continuait. Archie partit en premier, en riant.
Sophie le suivit, légère, presque joyeuse.
Damien, encore fatigué mais soulagé, trottina derrière eux.
Octave fermait la marche, un sourire discret au coin des lèvres.
Ils traversèrent les ruelles étroites, passèrent devant la fontaine, longèrent les maisons aux volets bleus.
Les habitants les saluaient d’un signe de tête, surpris mais amusés de voir l’équipe courir comme des gamins.
Quand ils arrivèrent devant la maison d’Octave, essoufflés mais apaisés, la nuit était installée.
Octave ouvrit la porte.
Allez, entrez. Ce soir, on souffle un peu.
La maison sentait le plat chaud, les herbes, le pain.
Madame Cléron, encore faible mais souriante, était installée confortablement dans un fauteuil.
Damien s’assit près d’elle, naturellement.
Archie et Sophie prirent place à table.
Octave servit le repas, sans cérémonie, comme on le fait entre proches.
Et pour la première fois depuis longtemps, ils mangèrent en paix.
La table était pleine, les assiettes encore chaudes, et les rires commençaient enfin à remplacer la tension de la journée. Archie racontait une vieille anecdote de formation, Sophie exagérait un exploit de Damien, et même Madame Cléron souriait doucement, heureuse de voir son fils entouré. Les échanges fusaient, légers, presque joyeux. — Et moi, j’te jure, j’ai sauté ce mur d’un seul coup ! — Oui, oui, bien sûr, répondit Sophie en éclatant de rire. — Je confirme, dit Damien, mais il a oublié de dire qu’il est retombé de l’autre côté. La table éclata de rire. C’est à ce moment-là que la porte s’ouvrit doucement. Une femme entra, sans frapper, avec l’assurance de quelqu’un qui connaît bien la maison.
Une voisine, une amie d’Octave, peut-être… Elle s’installa naturellement à table, attrapa une assiette et se servit comme si elle avait toujours été là. — Bonsoir tout le monde, dit-elle simplement. Octave devint rouge instantanément. Rouge comme une tomate mûre. Rouge comme un gamin surpris en plein secret. Anne, ravie, lança :
Oh, mais il faut le ménager un peu, notre Octave. Il va fondre. Archie étouffa un rire. Damien leva un sourcil, amusé. Madame Cléron sourit avec douceur, comme si elle comprenait tout. Octave, gêné, chercha une échappatoire. Il se passa la main dans les cheveux, regarda son assiette, puis, pour masquer son trouble, se mit à chantonner d’une petite voix faussement détendue : — Le travail, c’est la santé… rien faire, c’est la conserver… La table éclata de rire une seconde fois.
L’invitée surprise lui donna une petite tape amicale sur l’épaule. — Toujours aussi timide, Octave. Il rougit encore plus, mais un sourire finit par lui échapper. Et pendant quelques minutes, dans cette maison simple, autour de cette table pleine, ils oublièrent l’enquête, les peurs, les secrets. Ils étaient juste ensemble. Vivants. Unis.
La fin du repas approchait. Les assiettes étaient presque vides, les conversations s’étaient apaisées, et une douce chaleur flottait encore dans la pièce. Octave s’était levé pour ranger quelques verres quand trois coups secs frappèrent à la porte. Tout le monde se figea. Octave alla ouvrir. Un jeune gendarme se tenait sur le seuil, essoufflé, la veste encore ouverte comme s’il avait couru depuis la caserne. — Bonsoir… désolé de vous déranger, dit-il d’une voix pressée. Le colonel vous demande. Tous les quatre.
Damien se redressa immédiatement. Sophie échangea un regard avec Archie. Octave fronça les sourcils. — Tous les quatre ? répéta-t-il. Le gendarme hocha la tête. — Oui. C’est urgent. D’après ce que j’ai entendu… un neveu vient d’apparaître. Un neveu de Madame Bond Point. Un silence lourd tomba dans la pièce.
Madame Cléron porta une main à sa bouche. Damien sentit son cœur accélérer. Sophie se leva déjà, prête à partir. Archie attrapa sa veste sans un mot. Octave inspira profondément. — Très bien. On arrive. Le gendarme s’écarta pour les laisser sortir. La soirée venait de basculer d’un coup. L’enquête reprenait, plus sombre, plus vaste.

Tout le monde se leva presque en même temps. Les chaises raclèrent le sol, les vestes furent attrapées à la hâte, et le groupe suivit le gendarme dehors, dans la fraîcheur de la nuit. Le trajet jusqu’à la gendarmerie se fit en silence. Damien marchait d’un pas tendu. Octave, lui, gardait les mains dans les poches, l’air concentré. Sophie observait les rues désertes, attentive au moindre détail. Archie fermait la marche, comme toujours. Une fois arrivés, le gendarme les fit entrer par la porte latérale. Ils traversèrent le couloir jusqu’à la salle commune, encore éclairée malgré l’heure tardive. Sophie fut la première à remarquer le tableau des preuves. Elle s’en approcha, plissa les yeux, et d’un geste rapide, elle tira un voile de tissu dessus.
Pas question qu’il voie ça avant l’heure, murmura-t-elle. Archie hocha la tête, puis fit signe au gendarme. — Amenez-le. Quelques secondes plus tard, un homme entra. La trentaine, peut-être un peu plus. Les épaules raides, le regard nerveux, les mains serrées l’une contre l’autre. Il semblait à la fois sûr de lui et terriblement mal à l’aise. Archie l’accompagna jusqu’à la salle d’audition, une petite pièce nue avec une table, deux chaises et une lumière trop blanche.
Il referma la porte derrière eux, s’assit en face de l’homme, et posa calmement ses mains sur la table. Un silence. Puis Archie demanda, d’une voix neutre mais ferme : — Alors… vous êtes ? L’homme déglutit.
Son regard passa d'Archie à la vitre sans tain, puis revint sur lui.
Il inspira profondément.
Je suis… le neveu de Madame Bond Point.
La phrase tomba comme un poids.
De l’autre côté de la vitre, Sophie, Octave et Damien échangèrent un regard.
Quelque chose venait de commencer.
Archie s’installa face au neveu, les bras croisés, le regard calme mais perçant.
De l’autre côté de la vitre sans tain, Damien, Sophie et Octave observaient en silence.
Archie posa la première question, d’une voix neutre :
Pourquoi n’êtes vous pas venu plus tôt ?
Le neveu sursauta légèrement.
Il bafouilla, cherchant ses mots, les mains moites sur la table.
Je… je suis désolé… Mon téléphone… il était en panne. Je n’ai pas vu les messages, ni les appels.
Je… je ne savais pas…
Archie ne broncha pas.
Il laissa le silence s’installer, volontairement.
Le neveu déglutit.
Puis Archie reprit, plus direct :
Très bien. Parlons de votre tante.
Dites moi en plus sur sa vie.
Le neveu inspira profondément, comme s’il se préparait à un effort.
Ma tante… elle vivait seule depuis longtemps. Elle ne parlait pas beaucoup de sa jeunesse.
Elle disait toujours que certaines choses… valaient mieux être oubliées.
Il hésita, puis ajouta :
Elle avait peur, parfois. Je ne comprenais pas pourquoi.
Sophie, derrière la vitre, fronça les sourcils. Octave se pencha légèrement, intrigué. Damien sentit un frisson lui parcourir la nuque. Archie, lui, resta parfaitement immobile. — Peur de quoi ? demanda t il, toujours aussi calme. Le neveu baissa les yeux. — De gens du passé… je crois. Elle disait que “tout finit toujours par revenir”. Un silence lourd tomba dans la salle. Quelque chose venait de s’ouvrir. Une porte sur un passé que personne n’avait encore osé regarder.
Le groupe sortit de la gendarmerie sous bonne escorte. Deux voitures, gyrophares éteints, roulèrent dans la nuit en direction du château Bond Point. Le neveu, lui, fut placé à l’arrière d’un véhicule, encadré par deux gendarmes qui ne le lâchaient pas d’une semelle. Damien, Octave, Sophie et Archie prirent place dans la seconde voiture. Personne ne parlait. L’air était lourd, chargé d’une tension nouvelle. Quand ils arrivèrent devant le château, les projecteurs des gendarmes éclairèrent la façade ancienne, massive, presque menaçante dans l’obscurité. On y va, dit Sophie en descendant.
Les gendarmes ouvrirent les grilles, et tout le monde entra dans la cour. Le neveu fut gardé à distance, sous surveillance, pendant que le colonel donnait ses ordres. — On fouille tout. Le moindre recoin. Le coffre doit être ici… quelque part. Les équipes se dispersèrent dans les couloirs, les escaliers, les pièces poussiéreuses. Les lampes torches balayaient les murs, les meubles, les tapisseries anciennes. Mais rien. Pas de coffre. Pas même une trace. Dans le grand hall, nos quatre héros se retrouvèrent un instant seuls, à l’écart du bruit des recherches. Sophie croisa les bras.
S’il y avait un coffre ici… il a disparu. Damien regarda autour de lui, nerveux. — Ou alors… il n’a jamais été dans le château. Octave, silencieux, observait les murs, les moulures, les ombres. Quelque chose l’intriguait, mais il n’arrivait pas encore à mettre le doigt dessus. Archie, lui, fixait le plafond, puis le sol, puis les portes. Le neveu a dit que sa tante parlait du passé qui revient, murmura-t-il.
Oui, répondit Sophie. Et cette clé… elle ouvre forcément quelque chose.
Ils se regardèrent tous les quatre.
Un même sentiment les traversa :
le coffre existe.
Mais il n’est pas là.
Ou pas là où tout le monde pense.
Et dans la cour, sous la surveillance des deux gendarmes, le neveu observait le château avec une expression étrange… comme s’il savait quelque chose qu’il n’avait pas encore dit.
En plein dans la nuit…, murmura Octave en regardant le ciel noir au dessus du château. Il se tourna vers le colonel. — Laissez des gendarmes en faction autour du domaine. On ne sait jamais. — C’est déjà fait, répondit le colonel. On sécurise tout le périmètre. Les projecteurs éclairaient les murs anciens, projetant des ombres immenses sur les pierres. Deux gendarmes restaient près du portail, d’autres patrouillaient lentement autour du bâtiment, lampes torches en main. À l’intérieur, l’équipe était épuisée. Les recherches n’avaient rien donné. Pas de coffre. Pas même une trace.
Sophie s’étira, les yeux lourds.
On ne tiendra pas toute la nuit.
Non, confirma Archie. On fait une pause. On reprend demain matin, à froid.
Damien hocha la tête, soulagé.
Octave, lui, observait encore les murs du château, comme si quelque chose lui échappait.
Une équipe se repose, dit-il doucement.
Et demain, on recommence, conclut Sophie.
Ils quittèrent la grande salle, laissant derrière eux le silence du château et les pas réguliers des gendarmes en ronde.
Dans la cour, le neveu était toujours gardé par deux hommes.
Il ne disait rien.
Il regardait le château comme s’il y voyait un fantôme.
La nuit s’installa complètement.
Le froid tomba.
Et chacun sentit, sans se l’avouer, que le lendemain ne serait pas un jour comme les autres.
Le soleil venait à peine de se lever lorsque Sophie, Archie, Octave et Damien revinrent à la gendarmerie.
La nuit au château n’avait rien donné.
Le coffre restait introuvable.
Dans le couloir, deux gendarmes montaient la garde devant une petite salle.
À l’intérieur, le neveu attendait, les mains jointes, les yeux cernés.
Quand ils entrèrent, il releva la tête d’un air coupable.
Archie s’assit en face de lui.
Bon. Maintenant, vous allez parler clairement.
Le neveu inspira profondément, comme s’il retenait ça depuis trop longtemps.
Je… je dois vous dire la vérité.
Je suis ici depuis plusieurs jours.
Dans les traits du Docteur.
Damien écarquilla les yeux.
Sophie se pencha en avant, les bras croisés.
Vous vous êtes fait passer pour lui ?
Oui… Je devais vérifier si le coffre était encore là.
Sophie ne lâcha pas.
Et vous en avez fait quoi, de ce fameux coffre ?
Le neveu secoua la tête, paniqué.
Je ne l’ai pas trouvé.
Je comptais sur vous.
Je pensais que… que vous sauriez où chercher.
Que la clé vous aiderait.
Octave, silencieux jusque là, se redressa légèrement.
Votre tante vous a dit quelque chose d’autre, n’est ce pas ?
Le neveu hocha la tête.
Elle disait toujours :
“Le coffre se cache à ceux qui le cherchent trop.”
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Sophie échangea un regard avec Archie.
Damien sentit un frisson lui parcourir la nuque.
Octave, lui, fixait le vide, comme si une idée venait de naître dans son esprit.
Quelque chose venait de s’éclairer.
Une piste.
Un détail oublié.
Et l’histoire pouvait reprendre.
Le groupe retourna au château dès la fin de l’entretien avec le neveu.
Cette fois, ils savaient ce qu’ils cherchaient :
une porte qui ne se montre pas à ceux qui la cherchent trop.
Sophie, Archie, Octave et Damien descendirent dans la cave, guidés par les lampes torches des gendarmes.
L’air y était plus froid, plus humide, chargé d’une odeur de pierre ancienne.
Si une porte secrète existe, dit Sophie, c’est ici qu’elle doit être.
Ils avancèrent lentement entre les vieux tonneaux, les murs épais, les poutres sombres.
Octave s’arrêta soudain, fixant un pan de mur.
Là…
Quoi ? demanda Damien.
Octave posa sa main sur la pierre.
Elle vibrait légèrement, comme si quelque chose résonnait derrière.
— Ce mur n’est pas comme les autres. Écoutez. Archie approcha son oreille. Un son sourd, presque imperceptible, venait de l’autre côté. — Une cavité, murmura-t-il. — Une pièce cachée, confirma Sophie. Ils commencèrent à inspecter les pierres une à une. Et soudain, Damien poussa un petit cri. — Ici ! Regardez ! Une pierre, légèrement plus claire que les autres, formait un rectangle discret. Archie appu ya dessus. Un clic sec résonna dans la cave.
Puis un second. Le mur trembla légèrement… et une ligne verticale apparut, comme une cicatrice qui s’ouvrait lentement. — La porte secrète…, souffla Octave. Ils se regardèrent, le cœur battant. Archie glissa ses doigts dans l’interstice et tira doucement. La porte résista d’abord, puis céda dans un grincement profond. Un souffle d’air froid s’échappa de l’ouverture. Sophie alluma sa lampe et la pointa à l’intérieur. — On dirait… un couloir. Damien déglutit. On y va ? Archie hocha la tête. — Oui. Mais doucement. Ils franchirent la porte, un par un, laissant derrière eux la cave silencieuse. La chasse au coffre venait de prendre une toute nouvelle dimension.
Le couloir semblait ne jamais finir. Il s’étirait dans la pénombre, étroit, humide, creusé à même la roche. Les lampes torches dessinaient des ombres mouvantes sur les murs. Ils avancèrent en silence. Le passage tourna brusquement à gauche, puis à droite, comme un serpent qui se faufile. Puis il commença à monter légèrement, signe qu’ils approchaient peut être d’un espace plus vaste. Sophie murmura : — On dirait que ça mène quelque part… quelque chose d’important. Et soudain, le couloir s’ouvrit. Une pièce souterraine, large, voûtée, se dévoila devant eux.
Ils s’arrêtèrent net. Au centre, une table de pierre, massive, usée par le temps. À côté, une chaise de pierre, sculptée dans un seul bloc, comme un trône oublié. Autour, des bougies consumées, figées dans la cire, témoins d’une présence ancienne. Et contre le mur du fond… — Le coffre…, souffla Octave. Un coffre ancien, en bois sombre cerclé de métal, posé comme une relique sacrée. Damien s’avança, les mains tremblantes. Il posa ses doigts sur le loquet. Un clic sec résonna dans la pièce.
Attention…, dit Archie, mais trop tard : Damien avait déjà soulevé le couvercle. À l’intérieur, pas d’or. Pas de bijoux. Pas de trésor. Mais des documents. Des liasses entières. Des feuilles jaunies, des lettres, des registres, des plans, des notes écrites à la main. Sophie s’approcha, stupéfaite. — C’est… c’est énorme. — Ce sont des archives, murmura Octave, la voix presque brisée. — Des archives cachées, précisa Archie. — Et très anciennes, ajouta Damien. Ils se regardèrent tous les quatre.
Le coffre n’était pas un trésor. C’était une vérité. Une vérité que quelqu’un avait voulu enfouir très profondément. Et maintenant… elle venait de remonter à la surface.
Le colonel descendit dans la salle souterraine quelques minutes après eux. Il s’arrêta net sur le seuil, les yeux écarquillés. — Nom de… murmura-t-il. Devant lui, la table de pierre, la chaise sculptée, les bougies figées… Et surtout, le coffre ouvert, débordant de documents anciens. Il s’approcha lentement, comme s’il avait peur de toucher quelque chose de sacré. — C’est… incroyable. Il passa la main au-dessus des liasses sans les toucher. Il va falloir du monde pour classer tout ça. Des archivistes, des analystes, des experts… C’est un travail colossal. Octave esquissa un sourire discret : il savait que le colonel n’exagérait pas. Sophie, Archie et Damien se tenaient près du coffre, encore sous le choc de la découverte. Le colonel se tourna vers eux. — Mais pour vous… journée de repos. Vous avez fait votre part. Vous êtes épuisés. Les quatre répondirent presque en même temps : — Non. Le colonel haussa un sourcil. — Comment ça, non ? Sophie croisa les bras. On ne va pas partir maintenant. Pas après avoir trouvé ça. Damien hocha la tête. — On veut savoir ce qu’il y a dans ces documents. Archie ajouta calmement : — Et on veut comprendre pourquoi ce coffre était caché. Octave, lui, posa une main sur le coffre. — Et pourquoi la tante a laissé cette clé à son neveu. Le colonel soupira, agacé mais impressionné. — Je comprends votre enthousiasme, mais je suis votre supérieur. Et je vous dis : repos. Vous reviendrez demain, l’esprit clair.
Ils échangèrent un regard. Ils savaient qu’il avait raison… mais ils n’aimaient pas ça. Le colonel conclut, d’un ton ferme mais pas hostile : — C’est un ordre. Allez dormir. Demain, on attaque ça ensemble. Il referma doucement le coffre, comme on referme un secret.
Dans la petite salle d’archives où ils s’étaient réfugiés, Octave posa enfin son crayon. Devant lui, sur la grande feuille blanche, s’étalait un tableau impressionnant, organisé, précis, presque scientifique. Sophie resta bouche bée. — Mais… tu as fait ça quand ? Octave haussa les épaules, comme si ce n’était rien. — Cette nuit. Et un peu ce matin. Je vous l’ai dit : j’ai une mémoire visuelle. Je retiens tout ce que je vois… et tout ce que j’entends. Damien sourit, fier de son ami. Il a tout mis. Absolument tout. Archie s’approcha, les mains dans les poches, et observa le tableau. Sur la feuille, Octave avait tracé : • Les dates de chaque événement • Les lieux : château, gendarmerie, maison de la tante • Les personnes impliquées : le Docteur, le neveu, Madame Bond Point • Les objets clés : la clé ancienne, le coffre, les documents • Les phrases importantes : • « Le passé finit toujours par revenir » • « Le coffre se cache à ceux qui le cherchent trop » Et surtout… Tu as relié les enquêtes entre elles, murmura Sophie.
Octave hocha la tête. — Oui. Parce que ce n’est pas une seule enquête. C’en est trois, en réalité. Trois affaires séparées… qui n’en forment qu’une seule. Damien montra une ligne au centre du tableau. — Et ça, c’est quoi ? Octave répondit d’une voix calme, presque grave : — Le point commun. Le lien que personne n’avait vu. Le fil rouge qui relie tout depuis le début. Archie se pencha, plissant les yeux. — Et ce fil rouge… c’est quoi ? Octave posa son doigt sur un nom écrit en lettres nettes, au centre du tableau.
Un nom que personne n’avait encore osé prononcer. — Le Docteur. Un silence lourd tomba dans la pièce. Sophie inspira profondément. — Alors… tout tourne autour de lui. Octave acquiesça. — Oui. Et maintenant qu’on a trouvé le coffre… on va enfin comprendre pourquoi.
Octave venait de proposer son “jeu intellectuel sportif” avec le dé. Damien et Sophie avaient accepté, Archie avait fait sa remarque sur les sportifs et les intellectuels… et un silence s’était installé. Octave cligna des yeux, puis répondit avec un calme parfait : — Je ne vois absolument pas de qui vous parlez, jeune homme. Mais au lieu de lancer le dé tout de suite, il fit quelque chose qui surprit tout le monde. Il recula de deux pas, inspira profondément… puis fit un petit échauffement rapide : rotation des épaules, étirement du cou, flexions des genoux. Damien éclata de rire. Mais qu’est ce que tu fais ?
Octave répondit très sérieusement : — Vous avez dit “sport”. Alors je m’oxygène. C’est prouvé : l’effort physique stimule la mémoire. Sophie leva les yeux au ciel, amusée malgré elle. Archie croisa les bras, faussement impressionné. — Eh bien… je retire ce que j’ai dit. Certains sont peut être les deux. Octave termina son échauffement par un petit saut sur place, léger mais parfaitement exécuté. — Voilà. Maintenant, je suis prêt. Il lança le dé d’un geste souple, précis, presque athlétique.
Le cube roula, rebondit… et s’arrêta sur un six. Damien ouvrit grand la bouche. — Mais c’est pas possible ! Octave haussa les épaules, faussement modeste. — Le sport aide. Je vous l’avais dit. Sophie sourit. — Bon… tu as gagné. À toi de commencer. Octave s’approcha du tableau qu’il avait dessiné, posa son doigt sur un symbole, et dit calmement : — Très bien. Maintenant que j’ai prouvé que je suis sportif et intellectuel… on peut passer aux choses sérieuses.
Octave venait de terminer ses pompes avec une facilité agaçante. Damien et Sophie n’en revenaient toujours pas. Archie, lui, prit le dé d’un air faussement confiant. — Très bien, dit-il. Puisque monsieur l’athlète a montré l’exemple… à moi de jouer. Il lança le dé d’un geste sec. Le cube roula sur la table, rebondit… puis s’immobilisa. Un deux. Damien éclata de rire. Oh non… Archie, t’es foutu. Sophie sourit, les bras croisés. — Règle du jeu : le plus bas chiffre fait des pompes. Tu le savais. Archie leva les yeux au ciel. — Je déteste ce jeu. Octave, très sérieux, hocha la tête. — C’est excellent pour l’oxygénation du cerveau. Je recommande. — Toi, tais toi, répondit Archie en s’agenouillant. Il se mit en position, les mains au sol, le dos droit. Damien comptait déjà à voix haute. Une… deux… trois… Archie grogna, mais continua. Sophie, amusée, ajouta : — Allez, encore un petit effort. C’est pour la science. Octave, bras croisés, observait la scène avec un calme parfait. — Vous voyez, dit-il, ce jeu est très équilibré. Il stimule le corps et l’esprit. Archie termina sa série, essoufflé, et se releva en secouant les bras. — Très bien, dit-il. Maintenant que j’ai prouvé que je suis sportif malgré moi… il est temps de passer aux choses sérieuses. Il s’approcha du tableau, posa son doigt sur le symbole, et reprit son souffle. Ce signe… je l’ai déjà vu. Et ça change tout.
Damien venait de terminer ses pompes en soufflant comme un bœuf.
Archie avait déjà payé son tribut.
Octave, lui, avait brillé comme un athlète olympique.
Il ne restait plus que Sophie.
Elle prit le dé, le fit rouler entre ses doigts, puis le lança.

Le cube rebondit… et s’arrêta sur un cinq.
Damien protesta aussitôt :
Non mais c’est pas juste ! Pourquoi elle fait un bon score, elle ? Sophie haussa les épaules, un sourire en coin.
Parce que je suis meilleure que toi, tout simplement.
Damien ouvrit la bouche pour répondre, mais Octave leva la main.
Règle du jeu : seul le plus bas chiffre fait des pompes.
Sophie est largement au dessus. Donc… pas de pompes pour elle. Archie renchérit, moqueur : — Et puis, soyons honnêtes : si Sophie faisait des pompes, on serait tous humiliés. Sophie croisa les bras, faussement modeste. — Je confirme. Et puis, quelqu’un doit garder un peu de dignité dans cette équipe. Damien grogna. Octave esquissa un sourire discret. Archie secoua la tête, amusé. Sophie s’approcha alors du tableau, posa son doigt sur une ligne reliant deux enquêtes, et dit : — Très bien. Maintenant que vous avez tous transpiré… on peut enfin passer aux choses sérieuses.
Le tableau d’Octave était maintenant couvert de flèches, de dates, de symboles et de notes. Les cerveaux tournaient à plein régime, oxygénés par les pompes, les réflexions et l’excitation de l’enquête. L’heure avançait. Midi approchait. Soudain, la porte de la petite salle d’archives s’ouvrit sans prévenir. Damien ! lança une voix familière.
Tous se retournèrent.
La mère de Damien entra, énergique, sûre d’elle, comme si elle avait toujours eu sa place au milieu d’une enquête policière.
Elle s’approcha de son fils, posa sa main sur sa tête, et ébouriffa ses cheveux.
Tu as les cheveux beaucoup trop longs, mon garçon.
Damien grogna, rougit aussitôt, et tenta de reculer.
Maman… j’ai pris rendez vous chez le coiffeur, d’accord ? Elle sourit, un sourire qui ne laissait aucune chance à la rébellion.
Très bien. Alors tu y vas maintenant. Damien tenta un dernier geste de résistance, les bras croisés.
Mais on travaille, là. On est en plein dans…
Damien, dit-elle doucement, mais avec cette autorité maternelle impossible à contrer.
Il soupira, vaincu.
D’accord… j’y vais.
Sophie étouffa un rire.
Archie leva un pouce en signe de soutien.
Octave, très sérieux, déclara :
Une bonne coupe peut améliorer l’aérodynamisme. C’est utile pour réfléchir. Damien leva les yeux au ciel.
Toi, tais toi.
Il quitta la pièce en traînant les pieds.
La porte s’ouvrit à nouveau.
Damien réapparut…
avec les cheveux courts, impeccables, presque trop sages.
Sophie éclata de rire.
Oh ! Mais ça te va super bien !
Archie hocha la tête.
On dirait un agent secret maintenant.
Octave observa longuement, puis dit très sérieusement :
Je confirme. Le coefficient intellectuel perçu augmente de 12 %.
Damien rougit encore plus qu’avant.
Vous êtes insupportables.
Mais il souriait.
Et l’enquête pouvait reprendre.
Octave et Damien pénètrent dans la salle communale par derrière et descendent les escaliers de service.
La salle n’a pas changé depuis la dernière fois.
Octave rassemble les nouveautés de l’enquête sur la grande table, étale les papiers, replace les notes.
Pendant ce temps, Archie et Sophie se mettent en tenue de sport pour aller courir et les rejoindre par la suite.
Leur course leur donne du plaisir ensemble. Ils courent pour se détendre.
Octave et Damien arrivent après vingt minutes passées.
Eux aussi sont en tenue, et ils les rattrapent rapidement.
À la grande surprise de tous, Octave les suit sans peine.
Les villageois les saluent au passage, habitués à les voir passer en groupe.
La chaleur les ralentit, mais rien ne les arrête vraiment.
Le visage rougi, les cheveux mouillés, ils continuent encore à faire des tours autour du village.
Leurs pas résonnent sur les petites rues pavées.
Par moments, un souffle de vent leur donne un peu de fraîcheur, juste assez pour repartir plus vite.
Archie rigole, Sophie le pousse légèrement de l’épaule, Damien accélère pour les dépasser.
Octave, lui, garde son rythme.
Il ne parle pas, mais il suit sans peine, concentré, régulier, presque étonnant pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude de courir avec eux.
Les villageois les saluent au passage, certains avec un sourire, d’autres avec un petit signe de la main.
On les connaît bien ici : un groupe soudé, toujours ensemble, même pour courir sous la chaleur.
Après quelques minutes, Damien souffle :
On dirait que tu t’en sors mieux que nous, Octave.
Octave répond simplement :
Je m’adapte.
Ils continuent encore un tour, puis un autre, sans vraiment compter.
La chaleur tape, mais l’envie d’être ensemble est plus forte.
Encore vingt minutes passent, puis ils rentrent.
C’est Octave qui file le premier pour une bonne douche.
Chacun prend son tour pour se laver ensuite.
Pour Sophie, c’est différent : la voisine lui prête sa salle de bain, comme d’habitude.
Elles s’entendent bien, et ça ne dérange personne dans la maison.
Ils sortent de la douche, encore chauds de la course. Sophie remet son tee shirt, les cheveux attachés rapidement. Malgré la chaleur, ils retranspirent un peu, mais moins qu’avant. Les tee shirts commencent déjà à coller au torse. Octave regarde les autres, puis demande à Sophie : — Tu crois qu’on peut enlever nos hauts, nous ? Sophie rougit légèrement, puis éclate de rire. — Mais bien sûr, faites comme vous voulez. Les tee shirts tombent, simplement, sans gêne. Les hommes restent torse nu, juste pour être plus à l’aise avec la chaleur. C’est à ce moment-là que la voisine entre sans prévenir.
Elle voit Octave, s’arrête net, et devient toute rouge. — Oh là là… je… je ne me sens pas très bien, dit-elle en portant une main à sa joue. Damien retient un rire, Archie ne sait pas où se mettre, et Sophie secoue la tête en souriant. — Vous l’avez impressionnée, murmure-t-elle. Octave, lui, reste calme, un peu surpris mais poli.
La voisine reste plantée là, toute rouge, la main sur la joue. Sophie essaie de ne pas rire, Damien détourne le regard, Archie ne sait plus quoi faire de ses bras. Octave, lui, reste calme. Il regarde Sophie et dit simplement : — Pourtant, elle m’a déjà vu torse nu. Sophie éclate de rire, surprise par la remarque. — Oui, mais pas comme ça, répond-elle en secouant la tête. La voisine bafouille quelque chose, recule d’un pas, puis dit :
Je… je dois y aller… pardon… Elle disparaît presque en courant, toujours rouge comme une tomate. Damien souffle : On dirait qu’on a fait une victime.
Archie rigole doucement.
Sophie lève les yeux au ciel.
Vous êtes impossibles.
Octave hausse les épaules, comme si tout ça n’était qu’un détail.
Damien regarde Octave, un sourire en coin.
La voisine te voyait pas comme ça, avec nous, dit-il.
Sophie éclate de rire.
Archie secoue la tête, amusé.
Octave reste calme, un peu surpris par la remarque.
Pourtant, elle m’a déjà vu torse nu, répond-il simplement.
Damien hausse les épaules.
Oui, mais pas en mode “équipe sportive”, pas avec nous autour.
Ça change tout.
Sophie approuve d’un signe de tête.
C’est vrai. Là, vous étiez tous ensemble, en sueur, en train de rigoler… ça impressionne.
Octave ne dit rien, mais un petit sourire lui échappe.
La journée se termine devant un baby foot, les rires qui claquent encore dans la salle.
Ils jouent une dernière partie, sans pression, juste pour le plaisir.
Puis vient un bon repas, simple mais généreux, partagé autour de la grande table.
Quand les assiettes sont vides et que la fatigue retombe, chacun baille presque en même temps.
Ils rangent un peu, se souhaitent une bonne nuit, et montent se coucher, un à un.
Le village s’apaise.
La maison aussi.
La journée s’éteint doucement.
Le lendemain arrive. Tout le monde s’habille tôt et ils partent ensemble à la gendarmerie. Le colonel les accueille avec un sourire. — Vous avez bien avancé, dit elle. Il en reste encore, mais l’essentiel est déjà classé. Elle leur tend un dossier.
Et pour la deuxième histoire, celle des vieilles dames… c’est plus concluant. Regardez ce que nous avons trouvé.
Sur la feuille, on peut lire un résumé des événements du village pendant la Deuxième Guerre mondiale.
À cette époque, le village vivait dans la peur de ce qui pouvait arriver. Deux clans s’étaient formés, créant une vraie haine entre certains habitants.
Et au milieu de tout ça, les deux familles dont ils enquêtent aujourd’hui.
Le voisin s’appelait Monsieur Piérro.
L’autre famille, celle où tout semblait bien marcher, était celle de Monsieur Luchant.
Les Luchant formaient un couple solide, respecté, avec deux jumelles brillantes à l’école.
De l’autre côté, chez les Piérro, c’était plus compliqué : un fils qui ne faisait presque rien en classe, un père qui cherchait du travail, et une mère battue par son mari.
Quand la tension est montée dans le village, quand la peur a pris le dessus, Monsieur Luchant a fini par se venger.
Personne ne sait exactement comment tout s’est passé, mais le résultat a été terrible.
Après les événements, les enfants des deux familles ont été recueillis par l’institutrice de l’époque.
Elle les a protégés, cachés, nourris, et aidés comme elle a pu.
Puis, quand la situation s’est calmée, les enfants ont été envoyés à Lyon pour recommencer une vie.
Le colonel referme le dossier.
Voilà ce que nous avons retrouvé. C’est sombre, mais ça explique beaucoup de choses.
Le temps a passé, et les deux filles ont grandi à Lyon.
L’une d’elles est restée là bas, a construit sa vie en ville.
L’autre, sa sœur, est revenue au village plus tard, sous le nom de son mari.
Personne ne savait vraiment qui elle était au début.
Le colonel referme une partie du dossier et dit :
Maintenant, il faut questionner le fils de Monsieur Piérro.
Il est devenu agriculteur… et il n’a pas eu une vie facile non plus.
Octave hoche la tête.
Damien et Archie échangent un regard.
Sophie prend une note rapide dans son carnet.
Il vit toujours ici ? demande Damien.
Oui, répond le colonel. À la sortie du village, vers les champs.
Il n’est pas très bavard, mais il sait des choses.
Et surtout… il a grandi dans l’ombre de cette histoire.
Ils comprennent que la suite de l’enquête passe par lui.
Par ce fils qui a hérité d’un passé lourd, sans jamais l’avoir choisi.
Le fils de Piérro habitait un peu plus loin, à l’écart du village.
Une maison basse, typique du sud de la France, avec des volets clairs et un grand figuier devant.
Ils arrivent en voiture de gendarmerie.
La poussière retombe doucement derrière eux.
La porte s’ouvre avant même qu’ils aient frappé.
La femme du fils Piérro apparaît, timide, presque gênée.
À ses côtés, deux filles jumelles, identiques jusqu’au sourire, les observent en silence.
Tout le monde se regarde un instant, sans savoir qui doit parler en premier.
Octave s’avance d’un pas.
Bonjour, madame. Nous voudrions voir votre mari, s’il vous plaît.
La femme hoche la tête, un peu nerveuse.
Oui… bien sûr. Il est dans le jardin. Je vais le chercher.
Les jumelles restent plantées là, curieuses, leurs yeux passant d’un gendarme à l’autre.
Damien leur adresse un petit signe de la main.
Elles rougissent et disparaissent derrière leur mère.
L’arrivée du fils Piérro ne se fait pas en silence. On l’entend avant de le voir : des pas lourds sur les graviers, un souffle court, un outil qu’il pose un peu trop fort sur une table. Les jumelles, surprises, filent aussitôt se cacher dans la maison. La porte claque derrière elles. L’homme apparaît enfin, grand, solide, les mains encore pleines de terre. Il s’arrête en voyant la voiture de gendarmerie, puis le groupe devant sa maison. Archie s’avance légèrement.
Monsieur Piérro ? L’homme essuie ses mains sur son pantalon, méfiant. — Oui, c’est moi. Qu’est ce qui se passe ? Son regard passe d’Octave à Damien, puis à Sophie, comme s’il essayait de deviner ce qu’ils venaient chercher chez lui.
Il ne semble pas agressif, juste sur la défensive, comme quelqu’un qui a trop souvent été dérangé pour de mauvaises raisons.
Octave prend la parole, calmement.
On aurait besoin de vous poser quelques questions. C’est au sujet de votre famille… et de ce qui s’est passé autrefois au village.
Un silence tombe.
Le vent fait bouger les feuilles du figuier.
Le fils Piérro serre la mâchoire, comme si ces mots réveillaient quelque chose de lourd.
Je m’en doutais, dit il enfin.
Bon… entrez. On va parler.
Il s’assoit dans son fauteuil et invite les autres à prendre place autour de lui.
Un soupir lui échappe, comme si quelque chose de lourd remontait à la surface.
Je le savais bien… que cette histoire devait revenir un jour, dit il.
Sa voix n’est ni agressive ni résignée.
Juste fatiguée.
Comme quelqu’un qui a trop longtemps attendu ce moment.
Octave le regarde calmement.
Damien croise les bras, attentif.
Sophie sort son carnet.
Archie observe les murs, les photos de famille, les traces d’une vie simple mais chargée.
Le fils Piérro continue, les yeux fixés sur un point invisible devant lui.
On peut pas fuir le passé. Pas ici. Pas dans ce village.
Il inspire profondément, prêt à parler.
À l’époque, c’était la guerre, dit-il en baissant les yeux.
Mon père… il n’allait déjà pas très bien. Un peu fou, même.
Et moi, je l’ai payé cher.
Il passe une main sur son visage, comme pour chasser un vieux souvenir.
Je tremblais chaque fois que je le voyais.
Quand tout est arrivé dans le village, ça ne l’a pas arrangé.
Il est devenu encore plus dur, plus imprévisible.
Un silence lourd tombe dans la pièce.
Et puis un soir… il a mis fin à ses jours.
Comme ça. Dans la remise. Il ne pleure pas, mais sa voix se brise légèrement. On sent que ce souvenir ne l’a jamais quitté.
Sophie feuillette le dossier, puis relève la tête. — Vous savez qu’une des jumelles était revenue au village ? demande t elle. Le fils Piérro hoche lentement la tête, sans surprise. — Oh oui… je le savais. Et elle ne m’avait pas oublié, elle non plus. Il laisse échapper un petit rire sans joie. — Elle m’évitait à chaque fois. Dès qu’elle me voyait, elle changeait de trottoir, ou elle faisait semblant de parler à quelqu’un. Comme si… comme si j’étais un rappel de tout ce qu’elle voulait fuir.
Il regarde par la fenêtre, vers les champs. — Je peux pas lui en vouloir. On a grandi dans la même histoire, mais pas du même côté. Un silence s’installe. On sent que ce n’est pas de la colère, juste une vieille blessure qui n’a jamais vraiment guéri.
Octave se penche légèrement en avant, la voix calme. — Vous savez que nous enquêtons sur la mort de la vieille dame. Le fils Piérro relève la tête. Son regard change, devient plus sombre, plus attentif. — Oui… j’ai entendu, dit il. Et je me suis douté que ça finirait par me concerner. Il croise les bras, comme pour se protéger d’un souvenir. Cette dame… elle faisait partie de l’histoire. De notre histoire. Même si personne n’en parlait plus. Sophie note quelque chose dans son carnet. Damien observe l’homme sans le juger. Archie reste silencieux, mais son regard est doux, presque compréhensif.
Le fils Piérro soupire.
Si vous êtes là, c’est que vous pensez que ce passé a un lien avec sa mort.
Et… vous n’avez peut être pas tort. Il baisse les yeux, comme s’il hésitait à dire la suite.
Le fils Piérro hésite un instant, puis relève les yeux vers eux. — Quand vous dites que cette histoire revient… vous savez pas tout, murmure t il. Y a quelque chose que mes parents ont toujours caché. Octave se redresse légèrement. L’homme inspire profondément. — Il y avait… un autre garçon. Un enfant que mes parents ont eu avant moi. Personne n’en parlait. Jamais.
Sophie fronce les sourcils.
Un autre garçon ?
Oui, confirme t il.
Un frère.
Disparu avant même que j’aie l’âge de comprendre.
On m’a toujours dit de ne pas poser de questions.
Et chaque fois que j’essayais… mon père devenait fou de rage.
Il serre les poings, comme si le souvenir lui brûlait encore la peau.
Je sais pas ce qu’il est devenu.
Je sais juste qu’il existait.
Et que tout le monde faisait semblant que non.
Un silence lourd tombe dans la pièce.
On sent que ce détail change tout.
Le fils Piérro hésite encore un instant, puis se penche légèrement en avant, comme s’il allait confier quelque chose qu’il n’a jamais dit à personne.
Et… je lui ai écrit, vous savez, dit il d’une voix plus basse.
À la jumelle qui était revenue.
Sophie relève la tête.
Vous lui avez écrit ?
Oui.
Pour qu’on se revoie.
Pour parler un peu… de nos vies, de ce qu’on était devenus.
Je lui ai même parlé de mes voisins, de mon travail, de mes filles… de tout ça.
Il passe une main sur sa nuque, gêné.
Elle m’a répondu une fois.
Une lettre courte.
Polie.
Mais froide.
Comme si elle voulait garder ses distances.
Octave l’écoute attentivement.
Et après ? demande-t-il doucement.
L’homme secoue la tête.
Après… plus rien.
Silence total.
Elle ne voulait pas rouvrir le passé.
Ou alors… elle avait peur de ce qu’elle pourrait y trouver.
Il regarde la table, les doigts serrés.
Et maintenant qu’elle est morte… je me demande si j’ai pas réveillé quelque chose que j’aurais dû laisser dormir.
Un silence lourd tombe dans la pièce.
Le fils Piérro se lève lentement et ouvre un tiroir d’un vieux buffet en bois.
On entend le froissement de papiers, des objets déplacés, puis il revient avec une petite enveloppe jaunie.
Voilà… les preuves, dit il en la posant sur la table.
C’est la lettre que je lui avais envoyée.
Et sa réponse.
Sophie met des gants et ouvre délicatement l’enveloppe.
À l’intérieur, une feuille pliée plusieurs fois, l’écriture fine et serrée de la jumelle.
Elle avait gardé ça, murmure Damien.
Le fils Piérro hoche la tête.
Oui.
Et moi aussi.
Je sais pas pourquoi… peut être parce que c’était la seule fois où elle m’avait parlé
depuis notre enfance.
Octave regarde l’homme, puis demande doucement :
Et votre frère… vous connaissez son nom ?
L’homme inspire profondément, comme si prononcer ce nom réveillait quelque chose de très ancien.
Oui.
Il s’appelait Adrien.
Un silence tombe.
Le nom flotte dans la pièce, lourd, chargé d’histoire.
Adrien Piérro, répète Sophie en l’écrivant.
C’est la première fois qu’on l’entend.
Le fils Piérro acquiesce.
Normal.
Mon père ne voulait jamais en parler.
Il disait que ce garçon n’existait pas. Mais ma mère… elle m’a dit la vérité un jour. Adrien était né avant moi. Et il a disparu quand les deux familles se sont déchirées. Il baisse les yeux. Personne ne l’a jamais revu.
Sophie relève la tête, son stylo suspendu au dessus du carnet. Adrien… comment ?
Le fils Piérro ferme les yeux une seconde, comme si ce nom lui coûtait encore.
Adrien Luchant, dit il enfin.
Ils remercient le fils Piérro et reprennent la route vers la gendarmerie.
Le trajet se fait en silence, chacun perdu dans ce qu’il vient d’apprendre.
De retour dans le bureau, ils se mettent à chercher.
Pendant une bonne demi heure, ils fouillent les archives, les sites officiels, les bases de données.
Rien de clair au début.
Juste des pistes, des noms, des dates qui ne collent pas.
Puis soudain, Sophie s’arrête net.
Attendez… regardez ça.
Sur son écran, une vidéo attire leur regard.
Une interview, filmée lors d’une conférence judiciaire à Nice.
Le titre s’affiche en grand :
« Adrien Leout — Procureur de Nice »
Octave se penche.
Leout… ça ressemble à Luchant, dit-il doucement.
Damien fronce les sourcils.
Et Adrien… comme le frère disparu.
Archie sent un frisson lui parcourir le dos.
Sophie agrandit la vidéo.
Le visage apparaît : un homme d’une cinquantaine d’années, regard dur, posture impeccable, voix posée.
Si c’est lui… murmure Sophie.
Alors il n’a jamais disparu.
Il a juste changé de nom.
Un silence lourd tombe dans la pièce.
La vieille dame, la lettre, la jumelle revenue, le fils Piérro…
Tout commence à s’assembler.
Octave ferme l’ordinateur et pousse un long soupir.
L’enquête peut attendre demain, dit il en se levant.
Venez chez moi.
Une bonne soirée, ça détend tout.
Damien sourit, soulagé.
Sophie range son carnet dans son sac.
Archie hoche la tête, content de souffler un peu.
Ils quittent la gendarmerie ensemble, la nuit tombant doucement sur le village.
Après toutes ces révélations, après le nom d’Adrien, après la vidéo…
ils ont besoin de se poser, de respirer, de redevenir juste des humains un instant.
Octave ajoute, en ouvrant la porte :
On fera le point demain matin.
Ce soir, on se change les idées.
Et pour la première fois depuis longtemps, ils se permettent un petit sourire.
Il fait chaud dans la maison d’Octave.
Une chaleur lourde, presque collante, qui oblige chacun à bouger lentement, à respirer plus fort.
Mais ça ne les arrête pas.
Octave ouvre toutes les fenêtres.
Laissez passer l’air… même s’il est chaud, ça fera du bien.
Damien enlève sa veste, déjà en sueur.
On dirait qu’on fait du sport dans un four, sérieux.
Sophie rit, essuie son front du revers de la main.
C’est parfait. Comme ça, on se défoule vraiment.
Et ils reprennent.
Des pompes, des montées de genoux, un peu de cardio improvisé.
La chaleur rend chaque mouvement plus intense, plus lourd, mais aussi plus libérateur.
Archie sent son t shirt lui coller au dos.
Il respire fort, mais il tient bon.
Il se surprend même à dépasser Damien sur un exercice.
Eh ben, souffle Damien, t’es en train de me mettre la misère.
Octave, lui, transpire comme tout le monde, mais il garde son sourire.
C’est ça qu’il faut.
On vide la tête.
On laisse la journée derrière nous.
La musique tourne, un rythme entraînant qui donne envie de continuer malgré la chaleur.
Sophie mène la cadence, légère malgré la sueur qui perle sur ses tempes.
Encore dix secondes ! Allez !
Ils rient, ils soufflent, ils s’encouragent.
La chaleur devient presque agréable, comme un bain d’effort partagé.
Quand ils s’arrêtent enfin, ils sont tous rouges, essoufflés, trempés.
Octave apporte une carafe d’eau.
Buvez. Vous l’avez mérité.
Ils s’installent, encore chauds, encore vibrants de l’effort.
La fatigue est bonne, saine, presque joyeuse.
Archie se laisse tomber dans un fauteuil, le souffle court mais le cœur léger.
Ça… ça fait du bien, dit-il simplement.
Et les autres acquiescent.
Une douche fraiche, Octave mais les ventilations aux plafond.
Dans cette chaleur d’été, dans cette maison ouverte à la nuit, ils se sentent vivants, soudés, prêts pour ce qui les attend demain.
Est le lendemain dans le bureaux du colonel.
Le colonel referme le dossier d’un geste sec.
Comment un procureur vient faire dans cette histoire, enfin…?
Vous réalisez ce que vous êtes en train de dire ?
Octave garde son calme.
Colonel, nous pensons que le procureur de Nice pourrait être… le fils caché.
Celui dont la famille Piérro n’a jamais parlé.
Adrien.
Damien ajoute, plus grave :
Avec un père comme le sien… un homme instable, violent, traumatisé…
Il aurait pu mal tourner.
Ou vouloir effacer son passé.
Ou protéger un secret.
Le colonel les fixe, les bras croisés.
Ce sont des suppositions. Rien de plus.
Et on ne va pas accuser un procureur sur des rumeurs de village.
Sophie pose la lettre sur la table.
On a déjà ça.
La lettre.
La réponse de la jumelle.
Et la vidéo où il apparaît sous un nom presque identique.
Leout… Luchant… c’est trop proche pour être un hasard.
Le colonel soupire, mais son regard change.
Il n’est plus dans le refus, mais dans la prudence.
Il va falloir des preuves. Des vraies.
Des solides.
Parce que si vous vous trompez… on se met tout le monde à dos.
Et si vous avez raison… alors cette affaire est bien plus grosse que ce qu’on croyait.
Un silence tombe.
Lourd.
Chargé.
Archie murmure :
On trouvera.
On n’a plus le choix.
Le colonel hoche la tête.
Très bien.
Alors demain, on creuse.
Mais faites attention.
Un procureur… ça ne se touche pas sans gants
Vers midi, alors que l’équipe termine un café tiède dans le bureau, le téléphone de Sophie vibre. Elle jette un œil à l’écran… et son visage change immédiatement. — C’est… c’est un message de Nice, dit elle en relevant la tête. Octave s’approche. — De qui ? Sophie déglutit. De la femme du procureur Leout. Un silence tombe. Damien se redresse, Archie arrête d’écrire. — Qu’est ce qu’elle dit ? demande Octave, la voix plus basse. Sophie lit à voix haute, lentement, comme si chaque mot pesait lourd : — « Monsieur le procureur a plusieurs maîtresses. Elles ne sont pas contentes. Elles sont prêtes à témoigner. » Damien laisse échapper un sifflement. — Eh ben… si ça, c’est pas une bombe. Octave croise les bras, pensif. Si plusieurs femmes sont prêtes à parler… ça veut dire qu’il y a un vrai problème derrière. Et si elles se manifestent maintenant… c’est qu’elles ont peur de quelque chose. Ou qu’elles savent quelque chose. Archie murmure : — Ou qu’il a fait pression sur elles. Comme il a peut être fait pression sur la vieille dame. Le colonel, qui vient d’entrer, les regarde tour à tour. — Alors comme ça, le procureur de Nice collectionne les maîtresses… et elles veulent témoigner contre lui. Ça commence à sentir mauvais pour lui. Il marque une pause.
Mais attention.
Des histoires de maîtresses, ça ne suffit pas.
Il nous faut du solide.
Du concret.
Du vérifiable.
Sophie range son téléphone.
Colonel… si ces femmes parlent, on aura peut être enfin la vérité sur qui il est vraiment.
Et sur ce qu’il a fait.
Octave hoche la tête.
On tient peut être notre première vraie faille dans son armure.
Damien ajoute, sombre :
Et si ce procureur est bien Adrien Luchant… alors tout ça n’est peut être que le début.
Le colonel se lève lentement, les mains appuyées sur son bureau. Son regard passe de Sophie à Octave, puis à Damien et Archie. — Je vais le faire, dit il d’une voix grave. Si ça tourne mal, c’est sur moi que ça retombera. Pas sur vous. Un silence respectueux suit. Ils savent tous ce que ça signifie : s’attaquer à un procureur, même indirectement, c’est marcher sur un fil. Le colonel inspire profondément. — Mais pour ça… il nous faut un autre procureur. Quelqu’un de propre. Quelqu’un qui ne soit pas dans sa poche.
Il marque une pause. Puis un sourire discret, presque malicieux, étire le coin de sa bouche. — Et ça tombe bien. J’en connais une. Sophie relève la tête. — Une… procureure ? — Oui, confirme le colonel. Une femme droite, incorruptible, qui n’a jamais supporté les magouilles de Nice. Elle a déjà eu des accrochages avec Leout. Elle ne le porte pas dans son cœur. Damien se penche en avant. Vous pensez qu’elle acceptera de nous aider ?
Le colonel sourit franchement cette fois.
Si elle apprend qu’il a des maîtresses prêtes à témoigner…
Qu’il a peut être changé d’identité…
Et qu’il pourrait être lié à une mort suspecte…
Il hausse les épaules.
Elle va sauter sur l’occasion.
Archie murmure :
Comment s’appelle t elle ?
Le colonel répond sans hésiter :
Procureure Élise Marvaux.
Et croyez moi… si quelqu’un peut faire tomber Adrien Leout, c’est bien elle.
Le colonel n’a même pas le temps de raccrocher que son téléphone vibre déjà. Un message. Court. Sec. Efficace. Il lit, puis lève les yeux vers l’équipe. — Eh bien… la réaction d’Élise Marvaux ne s’est pas fait attendre. Sophie s’approche. Elle dit quoi ? Sophie s’approche. — Elle dit quoi ? Le colonel sourit, un sourire rare, presque fier. — « Feu vert. Fouillez tout ce que vous pouvez. Je couvre. » Damien cligne des yeux. — Elle a vraiment écrit ça ? — Mot pour mot, confirme le colonel. Et quand elle dit “je couvre”, ça veut dire qu’on peut aller loin. Très loin. Octave se redresse, l’air plus grave. — Alors on a carte blanche. Oui, répond le colonel. Mais attention. Elle nous donne le feu vert… pas l’immunité. Archie murmure : — Ça veut dire qu’on peut chercher dans sa vie privée, ses comptes, ses déplacements… tout ? Le colonel hoche la tête. — Tout. Elle veut qu’on trouve. Elle veut qu’on le démasque. Et si Adrien Leout est bien Adrien Luchant… alors elle veut qu’il tombe. Sophie range son téléphone, déjà concentrée.
Très bien. On commence par quoi ? Le colonel inspire profondément. — Par tout ce qu’il a essayé de cacher. Un silence lourd, presque solennel, s’installe. Ils savent tous que ce qui commence là… ce n’est plus une simple enquête de village. C’est une descente dans la vie d’un homme puissant, dangereux, et peut être prêt à tout pour protéger son secret.
La salle de gendarmerie est silencieuse. Les dossiers s’empilent, les écrans affichent des noms, des dates, des photos. L’affaire du procureur pèse sur tout le monde. Octave, lui, tourne autour de la table avec une énergie inhabituelle. Archie le remarque immédiatement. — T’es plus rapide que d’habitude, dit-il en souriant. Au début, t’étais plus lent. Octave s’arrête, le regarde, un éclat amusé dans les yeux. — Oui. Et je peux faire encore mieux. Damien lève la tête de son ordinateur.
Oh non… il va encore nous faire une démonstration. Sophie soupire, mais elle sourit déjà. Octave s’approche d’Archie. — Tu veux que je te montre un truc ? Un mouvement de self défense. Rien de violent. Juste pour détendre un peu l’ambiance. Archie hésite une seconde, puis se lève. — D’accord. Montre. Octave se place face à lui, pieds bien ancrés, mains ouvertes. — Regarde. Si quelqu’un t’attrape le poignet comme ça…
Il mime le geste, doucement, sans serrer. — …tu pivotes, tu bloques ici, et tu repousses là. Archie essaie. Il rate. Damien éclate de rire. — On dirait un chat qui essaie d’attraper une mouche. Sophie lève les yeux au ciel. — Laisse le faire, Damien. Archie recommence. Cette fois, il réussit. Octave sourit, fier. — Voilà. Tu vois ?
T’es pas si lent.
La salle se détend d’un coup.
Les rires reviennent, les épaules se relâchent.
Même le colonel, qui passait par là, s’arrête une seconde.
Si vous pouviez mettre autant d’énergie dans vos rapports que dans vos démonstrations…
Il sourit malgré lui.
Continuez. Ça fait du bien de vous voir comme ça.
Et pendant quelques minutes, au milieu des dossiers, des écrans et de l’enquête qui les attend, la gendarmerie retrouve un peu de chaleur humaine.
L’après midi est calme à la gendarmerie. Trop calme. Chacun travaille en silence, concentré, jusqu’à ce que Sophie pousse un petit cri étouffé. — Attendez… regardez ça. Elle agrandit un document sur son écran. Un fichier administratif, venu de Nice, transmis par la procureure Marvaux elle même. Octave s’approche. — C’est quoi ? Sophie lit, la voix un peu tremblante. Un acte de changement d’identité.
Daté d’il y a trente ans. Un certain Adrien Luchant… devenu Adrien Leout. Damien se fige. — C’est… c’est officiel ? — Oui, répond Sophie. Cachet du tribunal. Signature du juge. Et… tenez vous bien… Elle fait défiler la page. Archie se penche, le cœur battant. — Le motif du changement d’identité : « Protection d’un mineur suite à violences familiales graves. » Un silence lourd tombe. Octave murmure :
Donc… il n’a jamais disparu. Il a été caché. Protégé. Et son père… était bien violent. Sophie continue, la gorge serrée. — Et regardez la signature du magistrat qui a validé la procédure… Elle tourne l’écran vers eux. Le nom apparaît, net, implacable : « Juge : Élise Marvaux » Damien écarquille les yeux.
La procureure elle même… Elle l’a connu. Elle l’a protégé. Elle sait tout depuis le début. Archie souffle, abasourdi. — Et maintenant… elle veut qu’on le fasse tomber. Octave se redresse, le regard dur. — On tient notre preuve. Le lien entre Luchant et Leout. Le passé violent. Le changement d’identité. Tout. Sophie ferme doucement le dossier. Et si la vieille dame connaissait cette vérité…
Alors elle n’est pas morte par hasard. Le colonel entre à ce moment là. Ils lui montrent le document. Il lit, lentement, puis relève la tête. — Très bien. L’enquête vient de changer de dimension.
La salle d’enquête est plongée dans une lumière pâle. Les écrans affichent des documents, des dates, des noms. L’équipe travaille depuis des heures quand Sophie pousse un souffle court. — Attendez… j’ai quelque chose. Octave se rapproche. Damien aussi. Archie reste debout, les bras croisés, comme s’il sentait déjà que ça allait faire mal. Sophie ouvre deux fichiers côte à côte. — Voilà. C’est là que tout se rejoint.
Sur le premier écran : le rapport médical de la vieille dame, transmis par l’hôpital. Sur le second : les relevés téléphoniques, obtenus grâce au feu vert de la procureure Marvaux. Octave lit à voix haute, lentement. — « Arrêt cardiaque provoqué par un choc émotionnel violent. » Il relève la tête. — Donc… elle n’a pas été agressée physiquement. Sophie hoche la tête. — Non. Mais elle a eu très peur. Une peur brutale. Soudaine. Damien pointe le second écran.
Et regardez ça. Un appel reçu par la vieille dame… la veille de sa mort. Numéro masqué. Mais l’antenne relais indique… Nice. Un silence tombe. Archie murmure : — Le procureur. Octave ferme les yeux une seconde. — Il l’a appelée. Il l’a menacée. Ou elle a reconnu sa voix. Et ça l’a tuée. Sophie inspire profondément.
Ce n’est pas tout. Elle ouvre un troisième document. Un message vocal, jamais écouté, retrouvé dans le téléphone de la vieille dame. Elle appuie sur lecture. Une voix tremblante, presque inaudible : « Élise… j’ai peur… il est revenu… aide moi… » Puis un silence. Puis un souffle. Puis plus rien. Damien se fige. — Elle a appelé… la procureure Marvaux. Octave serre la mâchoire. Et elle n’a pas répondu.
Sophie montre un dernier fichier : les logs du téléphone d’Élise Marvaux. — Elle a vu l’appel. Elle a lu le message. Elle n’a rien fait. Archie murmure, la voix basse, presque triste : — Alors c’est ça… Les deux l’ont tuée. L’un par la peur. L’autre par le silence. Le colonel entre à ce moment là. Il voit leurs visages.
Il comprend sans qu’on lui explique. — Vous avez trouvé. Octave répond, la voix lourde : — Oui, mon colonel. Le procureur l’a terrorisée. Et la procureure… l’a laissée mourir. Le colonel ferme les yeux. Quand il les rouvre, ils sont durs comme la pierre. — Alors maintenant… on va devoir affronter deux monstres.
Le notaire arrive à la gendarmerie, dossier scellé en main. — Je viens exécuter une clause du testament de Madame L. Elle m’a demandé de remettre ceci à la police si elle décédait dans les 48 heures. Le colonel fronce les sourcils. — Elle a prévu sa mort. Le notaire secoue la tête.
Non. Elle a prévu… qu’il lui arrive quelque chose. Ils ouvrent le dossier. À l’intérieur : • la lettre d’Adrien Luchant • une photo d’un enfant qui ressemble au procureur • un vieux document administratif portant le nom “Luchant” • un carnet où elle a écrit : « Il m’a appelée. Je reconnais sa voix. Élise ne répond pas. »
et une feuille signée du notaire, datée de la veille Octave murmure : — Elle n’a pas parlé. Elle n’a accusé personne. Elle a juste… laissé la vérité derrière elle. Sophie ajoute : — Et elle l’a fait légalement. Sans violer aucun secret. Sans témoin. Sans message. Archie conclut, la voix basse : — Elle savait qu’ils la laisseraient mourir. Alors elle a laissé de quoi les faire tomber.
Le colonel referme le dossier.
C’est fini.
On a tout.
Le colonel revient dans la salle, un dossier mince à la main.
Il ne tourne pas autour du pot.
C’est bon, dit il.
Le parquet a validé.
On arrête le procureur.
Octave relève la tête.
Sophie souffle, soulagée.
Damien hoche simplement la tête.
Le colonel ajoute, plus calme :
Et la procureure Marvaux est suspendue.
Elle sera entendue aussi.
Un silence bref.
Pas de triomphe.
Juste la sensation que les choses avancent enfin.
On y va, conclut le colonel.
On fait ça proprement.
L’équipe se lève.
Pas de grands mots.
Pas de tension inutile.
Juste le travail à faire.
Nos quatre enquêteurs souffle en cette fin de journée, eh biens ses finis dis Octave, le colonel dessens déjà avec un papier en mains, c'est pas fini ça fais que commencer.



























































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