Doute 8 : Identité, l’arnaque du siècle ?
Notons, toutefois, que la survie de l’âme ne fait plus autant recette qu’avant.
Et c’est gênant : quand il s’agit de se sacrifier et surtout de massacrer les autres,
il faut une bonne raison.
Car tuer pour tuer, écraser pour écraser est lassant et vide : il faut une cause et surtout une bonne cause.
La religion a toujours été une bonne couverture, un moyen de détruire en toute bonne conscience.
En 1932, inquiet de la montée en puissance d’Hitler et du bellicisme, Einstein demandait à Freud :
Potsdam, le 30 juillet 1932
Monsieur et Cher Ami, (...)
Existe-t-il un moyen d'affranchir les hommes de la menace de la guerre ?
Freud dans sa longue (et passionnante) réponse revenait sur les ambiguïtés de l’idéalisme religieux avec l’exemple de l’Inquisition :
Parfois, lorsque nous entendons parler des cruautés de l'histoire, nous avons l'impression que les mobiles idéalistes n'ont servi que de paravent aux appétits destructeurs; en d'autres cas, s'il s'agit par exemple des cruautés de la Sainte Inquisition, nous pensons que les mobiles idéaux se sont placés au premier plan, dans le conscient, et que les mobiles destructeurs leur ont donné, dans l'inconscient, un supplément de force. Les deux possibilités sont plausibles.
Mais l’idéal s’use et les mobiles destructeurs piaffent.
Il faut se renouveler.
Je ne tue plus pour la religion, je tue pour ma religion.
Et je tue ceux qui tuent pour leur religion, au nom de mes valeurs républicaines, patriotiques, morales ?
Le sang coule : identité contre identité, le massacre ne fait que commencer.
Un doute me saisit : et si l’identité était l’arnaque du siècle ?

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