Troisième Partie (remodelée)
Lorsque l'heure n'était plus aux cérémonies sacrificielles et aux rituels en tout genre, Aloïs adorait se vouer aux plaisirs – coupables, mais dont il ne se sentait en rien impur – de la chair. Ceux-là même que l'on considérait comme immondices aux yeux du culte sacré de la religion, ceux que Dieu proclamait comme interdits pour des raisons d'immoralité. Mais, dans toute sa concupiscence, le cultiste se vautrait dans la luxure et s'en repaissait jusqu'à plus soif, jusqu'à ce que l'hémoglobine répandue lui laisse la vision aussi obscure que ses sombres idées.
C'est à la lueur d'une dizaine de bougies qu'il admirait l'éclat scintillant des yeux de sa dame de compagnie, prostrée, à genoux sur un drap en velours noir. La délicatesse du tissu faisait frémir la belle alors que, la simple vue du fouet, déposé sur le sol, lui arrachait des gémissements à peine audibles. Elle était prête à s'offrir à son maître, à se démener, corps et âme, afin qu'il trouve satisfaction et cela même si ça devait lui coûter la vie. Car oui, ce n'était un secret pour aucun de ses disciples, plus d'une de ses conquêtes, homme ou femme, avait péri sous l'effusion de ses folies lubriques.
En parfait gourou, Aloïs prononçait les mots idéaux pour qu'on l'adule et le suive, tout cela avec une intonation si sûre et forte qu'il parvenait à se faire bander devant l'assemblée. L'égocentrisme avait atteint son paroxysme, et même s'il se vouait à des actes immondes, il déclarait, toujours, agir sous les ordres d'une puissance si pure qu'il endoctrinait son monde avec une aisance qui l'amusait en silence. C'est pourquoi la douce Diana n'avait pas hésité une seconde avant de le suivre dans cette chambre des horreurs. Les longs cheveux noirs de la jeune femme retombaient en cascade sur ses épaules nues. Aloïs ne put qu'admettre qu'elle était sublime, éclairée d'un halo de lumière orangé qui mettait en valeur l'onyx de son regard et le carmin de ses lèvres. Certes, Diana était une charmante compagne mais, sa beauté serait davantage mise en valeur lorsque le sang imprégnerait sa peau d'albâtre.
D'un pas traînant, le cultiste s'approcha d'une petite table en bois sombre sur laquelle était posée une bouteille en cristal d'un alcool ambré. Il remplit son verre, y fit tourner le breuvage afin que l'odeur âcre s'élève avant de le placer contre ses lèvres. C'est en admirant la dépouille de l'homme énucléé, qu'il avait finalement décidé d'exposer, telle une statue grecque, qu'il avala une longue gorgée. Puis, avec la grâce qu'il pensait posséder, s'approcha de Diana. Ses doigts se refermèrent sur le pommeau du fouet, et sans crier gare, il le laissa brutalement claquer sur le dos de sa compagne. La peau s'entaillait à chaque fois que le jouet fouettait l'air. Les lanières de cuir mordaient la chair et des perles de sang, épaisses et sombres, s'écoulaient avec délice sur le dos malmené de Diana. Une chaleur, étouffante et moite, se répandait dans la pièce, si bien qu'Aloïs avait la sensation que ses veines s'enflammaient. Les soupirs et plaintes de la jeune femme le galvanisèrent et, complètement désinhibé, il claqua plus fort le fouet.
Les dents serrées, Diana tentait de garder les paupières bien ouvertes afin de ne pas flancher. La douleur était telle qu'elle lui coupa le souffle à plusieurs reprises. Dès qu'elle le put, elle inspira si profondément que l'air dans ses poumons lui fit tourner la tête. Sa vision était floue et, bien que rester droite fût compliqué, elle lutta pour ne pas sombrer. Elle savait que la séance venait à peine de commencer et il était inenvisageable de baisser les bras, si tôt, si rapidement. Ce n'était pas quelques coups de fouet qui allaient la faire chavirer, enfin, c'est ce dont elle essaya de se persuader. Avant même d'entrer dans la chambre, elle savait à quoi s'attendre mais, le visualiser et le vivre étaient deux choses bien différentes.
Un cri strident lui écorcha les lèvres lorsque le cuir atteignit brutalement ses reins. Elle sentait sa peau se déchirer, tel un papier froissé, arraché en un tas de morceaux. L'odeur cuivré et entêtante du sang enveloppait la pièce et d'épaisses gouttes de sueur perlaient le long de sa colonne vertébrale. Les larmes salées de sa transpiration ne faisaient qu'accroître sa souffrance et, afin de s'ancrer, elle se concentra sur les deux orbites vidées du jeune homme qui se tenait, majestueux dans la mort – semblable à un ange déchu auquel on aurait brisé les ailes, empalé face à elle.

Annotations