Ich weiß nicht was soll es bedeuten...
Dans la voiture, personne ne parlait. Paul conduisait, les mâchoires serrées. Anna était à côté de lui, Loreleï à l'arrière, entre Greta et Aleksander. Sa cousine lui tenait la main, tandis que les lumières de Fribourg défilaient. Elle était perdue. Honte ou soulagement... les deux émotions se disputaient la première place.
Quand ils arrivèrent chez oma Hannah, Paul coupa le moteur, mais ne bougea pas. Les autres descendirent en silence. Loreleï allait sortir quand Paul lui dit d’attendre. Anna se tourna alors vers elle, et lui envoya un baiser avant de s'éloigner.
Le visage de son cousin était moins dur. Juste... fatigué.
- Je suis désolé de ne pas avoir été assez vigilant.
Les excuses de Paul ajoutèrent à la confusion de sa jeune cousine. Elle bredouilla :
- C'est pas ta faute. J'aurais pas dû... J'aurais dû réfléchir.
- Tu sais ce qui aurait pu se passer ?
- Oui.
- Tu le voulais ?
Elle hésita.
- Je sais pas. Sur le moment, oui. Je crois. Mais après...
- Après, tu étais contente que j'arrive.
Ce n'était pas une question. Elle hocha la tête. Paul soupira, passa une main dans ses cheveux.
- Loreleï, tu as le droit de danser. D'embrasser, de faire ce que tu veux avec ton corps. Mais tu as quinze ans. Certains hommes... ils font pas attention. Ils voient juste une jolie fille. Ils se demandent pas si elle sait vraiment ce qu'elle fait.
- Je sais ce que je fais.
- Non. Tu apprends. C'est différent.
Ses protestations moururent. Elle repensa à ce moment, contre le mur, où elle s'était demandé si elle pouvait encore dire non. Si elle devait quelque chose à Heino. Si même il était capable de l'entendre. Quand il l’avait soulevée, elle avait eu peur. Parce qu'il ne la regardait plus, parce qu'elle avait l'impression d'avoir franchi une limite invisible.
- Je ferai plus attention, promit-elle.
- C'est tout ce que je demande.
- Paul... si je lui avais dit mon âge, il n'aurait pas...
Elle ne savait pas comment finir sa phrase. Paul le comprit.
- Je ne sais pas. Je ne connais pas bien Heino. Il a 23 ans... Il a eu l'air choqué, mais est-ce que ça l'aurait vraiment arrêté ? Certains s'en fichent de l'âge. Sois vraiment prudente.
Il sortit de la voiture. Elle le suivit. Avant d'entrer dans la maison, il posa une main sur son épaule. Grande, rassurante. Elle leva les yeux vers lui. Le sourire que son cousin avait pour elle n’avait pas changé.
- Allez, meine kleine Wölfin, va dormir.
Dans sa chambre, elle se refit le film de la soirée en se demandant à quel moment elle aurait dû stopper. Elle eut envie de pleurer quand elle repensa au moment où elle avait senti Heino ouvrir sa braguette.
Est-ce qu'il aurait au moins mis une capote, ou je n'existais plus ?
Les vers de la "Loreley" lui revinrent : Ich weiß nicht was soll es bedeuten das ich so traurig bin. Je ne sais quel est le sens de ma grande tristesse...

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