Raaah !!! 

2 minutes de lecture

Les premières fois s’enchaînèrent.
La bibliothécaire au gilet de laine alla à son premier concert punk. Un truc improbable. Une de ses nouvelles copines, Nath, beuglait dans le micro. Loreleï hurlait. Avec d’autres copines, elles délimitèrent une zone pour leur propre zone de pogo. Elles aussi avaient de la rage à déchainer. Mais pas de virilité à prouver. Alors merci de ne pas me défoncer la gueule, camarade !
« Ni dieu, ni mec, ni ordre moral ! »


Réunion non mixte.
Larmes. Beaucoup. Les histoires des autres. Loreleï avait eu de la chance. La chance de ne jamais avoir été violée. Voilà où elle en était. Un jour, elle déclara : « je suis une pute, une salope. » Des débats s'en suivirent, dans toutes les directions. Elle repensait encore à l'idée du lesbianisme comme acte politique. Comme résistance. Elle déposa également ses propres douleurs. Le prof de latin. L'autre, qui avait regardé sous sa jupe quand elle montait les escaliers. Le prof de fac, pendant son oral, qui avait sorti : « Si vous vous habillez comme ça, c’est pour plaire, pour qu’on vous regarde. »
Rires, quand même, aussi, malgré tout. Et des échanges, des conseils de survie : comment se déplacer, comment impliquer les témoins passifs lors d'une agression, où trouver en soi l'audace de se défendre ?

Rah !

Marche de nuit des femmes. Que des femmes. Des lesbiennes aux cheveux courts et bombers noirs. Des bibliothécaires à lunettes. Des jeunes, des vieilles. Jeune garde et résistance ancienne. Marcher ensemble, la nuit. Ne pas frôler les murs, mais redresser les épaules. Ne pas fixer ses pieds, mais regarder droit devant soi. Prendre conscience de cette PRESSION constante.
Arrêt à la Victoire. Un mec vient demander pourquoi elles sont là. Pas envie de répondre. « Va-t’en. » Il insiste. Elles l’entourent et scandent : « Sorcières ! Sorcières ! Sorcières ! » Il s’enfuit, victime de féministes extrémistes.

Raaah !

Atelier féministe (réparation de vélo, ce jour-là)
Parfois, les souvenirs remontaient. Comme des bulles grasses dans une sale mixture. La soupe du PATRIARCAT.
Elle avait… 8 ans ? Ses parents étaient dans l’appartement de leurs amis. Ils finissaient de déjeuner. Loreleï jouait avec une bande d’enfants entre les petits immeubles. Un enfant prévint : « Faites attention au vieux. Il met sa main dans la culotte des filles. » Ils firent passer le message à tous les enfants qui s’amusaient dehors. Personne ne pensa à en parler à un adulte. Personne. Jamais.

Raaaaaaah !!!

Loreleï posa son regard sur les titres des brochures. « Libre de se battre ! ». « Ton corps est un champ de bataille. »
Elle soupira. Ferma les yeux.


Il faut que je parle à Vivian. Il le faut.


Ses résolutions fondirent. Sous les yeux tristes de Vivian. Ses mains chaudes. Ses promesses et ses efforts.

Ha...

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire En attendant la pluie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0