12 août - Début de l'ascension
Le temps est clair, presque trop calme pour un mois d'août en montagne.
Je grimpe depuis l'aube. Les conditions sont bonnes, peut-être les meilleures que j'aurais pour cette face. Le froid de la nuit tient encore dans la pierre. C'est le bon moment.
Les sponsors attendent beaucoup de moi. Ils ont financé l'expédition, le matériel, les semaines de préparation. Ils veulent des photos, des données, un récit propre. Je comprends ça.
Mais ce n'est pas pour eux que je monte.
Je monte parce que certaines montagnes appellent. Pas toutes. Certaines seulement. Celle-ci plus que les autres, depuis longtemps. Depuis la première fois que je l'ai vue depuis la vallée, l'hiver dernier, par une journée sans nuage. Elle n'avait pas l'air haute. Elle avait l'air séparée. Comme si elle appartenait à un autre espace que les sommets autour d'elle.
Dans la vallée, on raconte des choses sur cette montagne. Certains disent qu'elle est hantée. D'autres disent simplement qu'elle ne mène nulle part. Qu'il n'y a rien en haut, rien que du vent et de la roche. Quelqu'un m'a dit, la veille du départ, que tous ceux qui l'avaient tentée étaient redescendus sans explication claire. Pas blessés. Pas perdus. Juste redescendus. Sans aller jusqu'au bout.
Je ne crois ni aux uns ni aux autres.
Mais je suis venu voir.

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