13 août - Descente
Je crois que j'ai dormi.
Je suis en train de descendre.
La corde est là. Le matériel est là. Tout est comme avant.
Mais pas pareil.
Je descends. Le corps sait. Il connaît les gestes, la pression sur les crampons, l'angle des épaules dans la pente. Les mains savent où se poser. C'est le corps qui descend.
Les mots, eux, sont moins sûrs.
Je regarde la vallée.
Le mot revient. Vallée. Je l'écris pour être sûr.
Je dois écrire. Ça part. Pas tout. Pas les images, les images sont encore là, très claires, trop claires peut-être. Mais les mots pour les images partent.
Je pense au plateau. Je vois les lignes. Elles sont encore là, dans ma tête, précises. Mais si j'essaie de les décrire, si j'essaie de trouver le mot qui dit ce qu'elles sont… le mot n'arrive pas.
Je descends.
Le vent fait un bruit normal. Un bruit que je reconnais. Je m'arrête pour l'écouter.
Normal.
Je note le mot.
La glace craque sous mes crampons. Je connais ce son. Je souris.
Je suis presque en bas.
Je relis ce que j'ai écrit depuis ce matin.
Certaines phrases ne veulent plus rien dire. Pas toutes. Mais certaines - des phrases que j'ai écrites là-haut, sur le plateau - je ne comprends plus ce qu'elles désignent. Comme des panneaux dont l'indication aurait été effacée.
Mais je sais.
Je sais encore.
Je dois laisser quelque chose dans ce carnet qui soit lisible. Je dois trouver les mots avant qu'ils partent tous.
Je suis monté.
J'ai atteint le plateau.
Il y a quelque chose là-haut.
Ce n'est pas une ville.
Ce n'est pas des ruines.
Ce n'est pas…
Je ne peux pas.
Les mots ne vont pas jusque-là.
Je ferme le carnet.
Je regarde la montagne une dernière fois avant que la pente me la cache.
Calme.
Silencieuse.
Je comprends maintenant pourquoi tous ceux qui l'avaient tentée étaient redescendus sans rien dire. Ce n'est pas qu'ils n'avaient rien à dire.
C'est simplement…
Je ne trouve pas.
Alors j'écris :
Les mots ne sont pas faits pour ça.

Annotations